Quel pont entre médecine occidentale et chinoise ?

Le caducée d’Hermès nous montre deux serpents entourés sur une baguette. Ces deux serpents formeraient-ils les deux faces d’un même miroir, symbolisant le reflet et le modèle…. ou encore l’interconnexion entre le monde visible et invisible ? C’est bien sur cette voie médiane que Manola Souvanlasy propose de nous emmener. En effet, pour ce médecin qui allie, chose rare, une double expérience professionnelle : médecin généraliste "occidental" et médecin chinois "traditionnel", ces deux médecines ne se regarde pas "en chien de faïence" mais au contraire, elles se nourrissent mutuellement…. 

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Si l’une se préoccupe essentiellement du monde visible, par exemple les lésions, l’autre se préoccupe surtout de l’invisible : les émotions, l’équilibre énergétique, le Chi.

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Il y a un siècle et demi, en France, alors que nous étions à l’aune de la découverte de l’influence de la psyché sur l’équilibre du corps humain, certains médecins (avec l’arrogance qui caractérise souvent les positivistes ou les ignorants) raillaient ces recherches : " je n’ai pas trouvé sous mon scalpel la fine pointe de l’âme du malade ! " disaient-ils... Pourtant, plus de deux millénaires auparavant, déjà, les médecins orientaux avaient mis à jour l’influence des émotions sur notre organisme et même leur corrélation entre nos cinq organes Yin et nos six entrailles Yang…..

Souhaitaient découvrir cette formidable complémentarité entre médecine chinoise et occidentale et l’inépuisable grille de lecture analogique entre éléments, anatomie, saisons, cosmos….

Ainsi comprendrez-vous la pertinence de la citation d’Hermès "tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour l’accomplissement d’une seule chose"… Phrase qui se révèle donc en tout lieu et de toute époque éternelle…!

Extrait de la vidéo

Bonjour, Docteur Manola Souvan-Nassi, vous êtes Laotienne, vous avez commencé vos études au Laos et ensuite vous avez un parcours tout à fait original et singulier, est-ce que vous pouvez le présenter ? Bonjour Florence, bonjour à tous les téléspectateurs de BagdisteV, en effet je suis Laotienne, j'ai commencé mes études de médecine en 1973 dans mon pays de Laos, qui fut d'abord en fin de compte découverte par Auguste Parivi, un grand navigateur breton, original de Dinant, et le Laos était un protectorat français, qui a resté protectorat français jusqu'en 2 décembre 1975, date des événements politiques assez graves dans mon pays, la prise au pouvoir par les communistes va-t-être là-haut.

Et vous êtes partie à ce moment-là ? Je suis partie à ce moment-là, mon pays a connu l'exode le plus massif et le plus dramatique de son histoire, des millions et des millions de réfugiés laotiens ont traversé le Mekong pour aller en Thaïlande, et ensuite pour être accueillis dans le troisième pays d'accueil. Et la France fut notre terre d'asile, qui est devenue notre terre nourricière pendant 40 ans, et arrivé en France j'ai dû recommencer mes études de médecine pour la simple raison qu'il fallait passer par le numerus clausus, qui est la loi française pour obtenir le diplôme d'état français, que j'ai obtenu en 1984.

Et vous vous êtes installée comme médecin généraliste en France ? Je me suis installée depuis 1984 comme médecin généraliste à bord, allopathe, et ensuite je me suis spécialisée en acupuncture et en médecine chinoise, parce qu'il y a eu un événement très grave dans ma vie qui m'a ouvert le destin d'une autre manière si vous voulez. Et ce destin, c'était la mort de votre mère qui était elle-même médecin ?

Voilà, c'est ça. En 1986, ma mère qui était le premier médecin-femme diplômée de l'Université de Rennes, première médecin-femme laotienne, elle est décédée d'un cancer du pancréas à l'âge de 56 ans en l'espace de 6 mois. Et pour moi ce fut un tsunami émotionnel énorme, ce fut un chagrin sans fond, et surtout une grande remise en cause de mes certitudes scientifiques, des certitudes qui sont devenues du jour le moment des doutes.

Et pendant 20 ans, j'ai cherché des réponses à un questionnement obsessionnel, pourquoi la médecine occidentale n'a pas pu sauver ma mère ? Et pendant 20 ans, j'ai cherché la solution, et ce fut en plus des recherches médicales concernant la médecine chinoise et la médecine occidentale, ce fut un chemin initiatique. Ce sont des années d'interrogations concernant le malade, la maladie, la place des émotions dans la genèse des maladies, et au bout de 20 ans de deuil, un chemin de deuil de 20 ans, j'ai enfin compris la place des émotions était primordiale dans la genèse de toutes les maladies en général, et du cancer en particulier.

Est-ce que la médecine occidentale passe un peu sous silence ? Je ne dirais pas qu'elle passe sous silence, je pense que la médecine occidentale ne tient pas compte de l'interaction qu'il y a entre les deux, on ne peut pas expliquer l'interaction énergétique qu'explique la médecine chinoise sur l'influence énergétique des émotions sur le fonctionnement des organes internes. A partir du moment où j'ai perdu ma maman, j'ai pris conscience que la puissance de la médecine occidentale, la puissance de la science, n'avait pas tous les pouvoirs de guérison, et c'est pour ça que j'ai fait ce chemin de recherche pendant 20 ans de ma vie.

Pour autant, vous n'avez pas donc écarté la médecine occidentale, et vous êtes plutôt comme vous le définissez, un pont entre ces deux médecines. Alors si vous deviez présenter les deux médecines, qu'en diriez-vous ? Comment les définiriez-vous chacune d'entre elles ? Alors, en fin de compte, après ce chemin de deuil de 20 ans, j'ai fait à la fois des recherches et j'ai parcouru en même temps un chemin initiatique très personnel qui m'a amenée vers une troisième médecine, la médecine qui fait l'intégration entre le monde de l'Orient et le monde de l'Occident.

Comment je définirais la médecine occidentale d'abord ? La médecine occidentale d'abord c'est une médecine scientifique, c'est une pensée carrée. Vous opposez souvent, enfin vous parlez de pensée carrée, c'est très intéressant, et pensée ronde alors ? Pensée ronde, voilà.

Pensée ronde. Donc la pensée carrée pour moi, d'abord toute science a une logique, une logique carrée qui est basée sur des preuves scientifiques, qui est basée sur des protocoles expérimentaux. Les scientifiques quand ils veulent prouver une hypothèse font d'abord l'hypothèse, élaborent un protocole d'expérimentation pour prouver si l'hypothèse est juste ou pas. C'est dans ce sens-là que je dis que la médecine est carrée, mais la médecine chinoise elle est ronde, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas logique, elle a une logique à elle, voyez ?

Différente. Et une logique différente. Est-ce qu'on peut rapprocher ça d'une conception on va dire linéaire du temps et une conception cyclique du temps ? Bien sûr.

Parce que dans la médecine occidentale, dans l'esprit occidental, la pensée est linéaire dans le sens où il y a une preuve, il y a, comment dire, une hypothèse, et il y a un résultat. Donc la pensée est linéaire dans ce sens-là, et la médecine occidentale tient plus compte de la maladie, plus que du malade, tandis que la médecine chinoise c'est une médecine plutôt contrairement énergétique, c'est une pensée ronde dans le sens où elle est cyclique, on tient compte du malade, c'est-à-dire le terrain énergétique qui a favorisé l'éclosion d'un certain profil de maladie.

Et la médecine chinoise a un support plutôt philosophique que scientifique, et les concepts philosophiques de la médecine chinoise reposent sur les 3-4 points clés qui sont d'abord la théorie du yin et du yang, dérivés, hérités de la philosophie du Tao, qui est un texte, un poème de 81 strophes écrit par le célèbre philosophe Lao Tzu, de la théorie du yin et du yang dérivent le livre du changement, le Yikin, et ensuite de tout ça, de cette philosophie taoïste, on a élaboré une théorie des 5 éléments qui est la base du diagnostic de la médecine chinoise, qui a aussi engendré ultérieurement la théorie des organes énergétiques internes.

Donc, penserons, une pensée globale, c'est ce que vous disiez. Penserons, c'est une pensée globale dans le sens où il y a une interaction entre deux antagonistes, le yin et le yang. Vous voyez, c'est cet antagonisme complémentaire qui fait l'équilibre de la vie, et c'est la rupture de l'équilibre qui fait la maladie. Nous, en médecine chinoise, le but d'un médecin chinois, c'est de rétablir l'équilibre énergétique, l'harmonie entre les organes internes pour rétablir la bonne santé.

La bonne santé, pour nous, ce n'est pas l'absence de maladie, c'est l'art de nourrir la vie. Nous avons un concept très différent. En médecine occidentale, on tient compte de la maladie comme des clichés, un cliché, une prise de sang biologique, un examen de laboratoire, un scanner, une lésion, mais on ne tient pas tellement compte du malade. Tandis qu'en médecine chinoise, pour une même maladie occidentale, il y a plusieurs syndromes énergétiques qui correspondent aux malades.

Nous soignons le syndrome énergétique qui correspond au terrain qui a fait l'éclosion de la maladie, beaucoup plus que de la maladie elle-même. Est-ce qu'on peut dire qu'elle est préventive ? Bien sûr, dans ce sens-là, elle est préventive. En plus d'être préventive, je pense que la médecine chinoise a aussi un aspect éducatif très important, parce que le rôle d'un médecin chinois, c'est non seulement apporter la solution aux malades, mais c'est aussi l'éduquer pour qu'il prenne des responsabilités vis-à-vis de sa guérison, vis-à-vis de son mode de vie, vis-à-vis de ses émotions, et vis-à-vis de l'air d'entretenir la vie.

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