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L’ouvrage de Henri Leboutte et Catherine Vankerkhove traverse 250 années d’histoire maçonnique locale. Les auteurs cherchent à nous faire découvrir l’action et le rayonnement de la Franc-maçonnerie dans la Vallée de Liège.

L’histoire de la Belgique est particulièrement complexe, à la croisée de multiples influences. La Franc-maçonnerie liégeoise fut un vecteur de transformation sociétale dans un contexte souvent très aigu.

Avec brio, Henri Leboutte et Catherine Vankerkhove ont analysé et traité les nombreuses sources et études historiques, universitaires ou maçonniques, sur la Franc-maçonnerie liégeoise pour réaliser cette fresque vivante, démonstration de l’action de l’ordre maçonnique dans la cité mais aussi des difficultés rencontrées, internes comme externes.

L’anglomanie du siècle des lumières a favorisé l’entrée d’idées nouvelles en Belgique par le biais des échanges commerciaux et des présences militaires sur le sol belge. Des loges saisonnières apparaissent dans les stations thermales à la mode, Chaudfontaine et Spa, très appréciées des riches Anglais en villégiature. En 1760, une loge est fondée à Verviers, qui suscite très tôt des réactions hostiles de l’Episcopat.  Cette tension entre Eglise et Franc-maçonnerie sera largement constitutive de la Franc-maçonnerie belge et notamment liégeoise avec des périodes de lutte paroxystique. 

En 1770, la première loge de Liège, La Parfaite Intelligence est fondée, ou peut-être refondée, les incertitudes subsistent. Ses membres, favorables aux idées progressistes de leur temps, font partie de l’élite intellectuelle et politique de Liège et sa région et s’inscrivent dans l’idéologie des Lumières, ce qui les conduit à se rattacher au Grand Orient de France. Les auteurs mettent en évidence cette marque progressiste au sein de la Franc-maçonnerie liégeoise tout au long de son histoire.

  L’ouvrage, nécessairement respectueux d’une certaine chronologie, nous permet de mieux saisir les interactions entre l’action maçonnique locale et les contextes politiques et religieux pendant la période révolutionnaire, sous Napoléon (1799-1814), sous Guillaume d’Orange (1815-1830), sous l’Unionisme (1831-1847), sous la fin du règne de Léopold 1er (1848-1865), sous Léopold II (1866-1884), sous les gouvernements catholiques (1884-1914), pendant le premier conflit mondial (1914-1918), l’entre-deux-guerres, le deuxième conflit mondial (1939-1945), l’après-guerre jusqu’en 1969 et la période contemporaine.

Des grands thèmes, qui furent aussi de grands combats, traversent l’ouvrage : luttes contre les discriminations, combats pour les libertés, guerre scolaire, laïcité… Les problèmes civiques, politiques, sociaux, culturels ont largement pénétré dans les ateliers de la Vallée de Liège pour y être élaborés et orienter vers des solutions favorables au plus grand nombre.

« En effet, nous disent Henri Leboutte et Catherine Vankerkhove, l’action des maçons de la Vallée a toujours été animée de la volonté de s’inscrire dans les trois composantes identifiées dans le projet des Lumières : la volonté d’autonomie de l’individu, la finalité humaine de ses actes et l’universalité des principes sur lesquels doivent reposer les lois régissant la vie en société. »

La lecture, passionnante, de ce livre n’est pas seulement une invitation à découvrir l’action localisée de la Franc-maçonnerie dans son temps, elle met en évidence les vecteurs de transformation d’une société par la pénétration souvent lente, parfois fulgurante, des idées nouvelles et humanistes. Davantage peut-être qu’ailleurs, la Franc-maçonnerie liégeoise fut un laboratoire d’idées, dans un Etat belge lui-même laboratoire.

Source: La lettre du crocodile

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