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Beaucoup de traditions, particulièrement celles relevant des métaphysiques non-duelles, trouvent aujourd’hui dans la physique quantique des échos, des convergences, des accords, des confirmations d’éléments traditionnels. Des spécialistes de physique quantique comme Carlo Rovelli favorisent ce dialogue.

Vincent Keisen Vuillemin incarne cette rencontre. Il est lui-même moine zen et physicien. Il travailla longtemps au CERN de Genève et participa entre autres recherches à la découverte du boson de Higgs. Comme moine, il dirige le Dojo Zen de Genève.

Du point de vue traditionnel, Le rapport que nous entretenons avec le temps est significatif de notre rapport au Réel. Or, le temps, tel que nous l’appréhendons est l’un des aspects les plus bousculés par la physique quantique :

« Selon la découverte de Planck qui est le fondement de la physique quantique, nous rappelle l’auteur, l’énergie possède une structure discrète, discontinue. La base en est le quantum. Ceci correspond à une véritable révolution. Nous sommes habitués à un monde continu, fait de relations de causes à effets, d’interactions transmises d’un endroit à l’autre et d’un temps linéaire. Comment comprendre alors un monde fait d’entités discontinues, les quanta d’énergie ? Comment comprendre la vraie discontinuité, c’est-à-dire imaginer qu’entre deux points il n’y a rien, ni objets, ni atomes, ni particules, tout simplement rien ? Comment, bien que la physique n’ait pas abordé ce sujet réellement et que le temps soit toujours considéré comme une variable continue, comment comprendre la relation entre le temps qui s’écoule et l’instant ? Combien y-a-t-il de temps entre deux instants ? Le temps est-il une suite d’instants ? Comment embrasser à la fois le temps qui s’écoule et la discontinuité des instants ? En physique, une situation bancale s’est instaurée, on a gardé l’espace-temps de la physique classique et de la relativité générale, continu, et les lois de la physique quantique, discontinues. C’est vraiment une situation insatisfaisante créant beaucoup de problèmes de compréhension. »

Vincent Keisen Vuillemin met à notre portée une part des explorations de la physique contemporaine en lien avec les sutras bouddhistes et nous conduit aux limites du savoir actuel, là où d’autres modèles incertains deviennent nécessaires.

Il démontre que loin de s’opposer, l’approche scientifique et l’approche traditionnelle du Zen peuvent être complémentaires. C’est surtout autour de la question de la vacuité que la rencontre est féconde : « le paradigme du Zen, suggère-t-il, sa vision du monde, de la vacuité, des formes et des phénomènes, paradigme intuitif, se retrouve dans les dernières découvertes de la physique. »

Le chemin proposé dans le livre débute par la nature du Dharma, la spécificité du bouddhisme, « une science de l’esprit », avant de nous plonger dans le dialogue entre Zen et science quantique particulièrement autour de Sunyata. L’un des chapitres les plus intéressants (tout le livre est passionnant) est consacré au Hannya Shingyo, le Sutra du Cœur, central dans la pratique du Zen mais aussi du Shingon, et d’autres forme du bouddhisme. Le regard scientifique permet de comprendre. La pratique du Hannya Shingyo permet de connaître.

En attendant le développement d’une théorie globale de la physique capable de résoudre les énigmes et contradictions actuelles, la rencontre entre physique et zen, plus largement sciences et traditions, clarifie les notions de vacuité, de temps, de discontinuité, d’impermanence, d’intégration, d’intrication…

« En développant le sentiment, par la connaissance des sciences modernes, que nous provenons d’une immensité dont l’origine n’est spatialement nulle part ou partout, et temporellement inatteignable, nous empêche de nous croire spéciaux, nous aide à ne pas nous attacher à notre existence propre. Elle fait partie du Tao, du Dharma, avec tous les êtres. Nous ne sommes pas séparés de quoi que ce soit, nous ne sommes pas seuls. »

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