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Carlo Suarès est l’un des grands penseurs de la kabbale qu’il a explorée tant de manière classique, presque académique que par des chemins de traverse peu empruntés.

Avec la Bible restituée, il étudie les livres de la Genèse et certains passages des Evangiles à travers les possibilités offertes par l’inépuisable alphabet hébreu, ses vingt-deux signes, ses vingt-huit idéogrammes.

« Il faut, dit-il, entrer profondément dans cette sémantique pour voir comment la langue hébraïque s’est constituée en n’utilisant que les premiers phonèmes de chacun de ses idéogrammes (B pour Beith, etc.) Il est évident qu’une telle lecture invente au fur et à mesure son récit, sans se douter de la signification que peuvent avoir des schèmes où chaque idéogramme est maintenu avec sa signification propre. »

Ce code nécessite la compréhension de certaines clés qui ouvrent un champ infini de sens. Carlo Suarès a pensé ce livre comme une introduction, « un coup d’envoi » à un voyage spirituel, un voyage vers l’Esprit. Il ne s’agit pas d’un jeu intellectuel mais bien d’une démarche de connaissance.

« La graphie biblique, poursuit-il, propose à cette pensée une gymnastique susceptible de la désarticuler. En cours d’entraînement, la psyché, atteinte dans le tréfonds de sa structure, peut accepter de mourir et de ressusciter à un rythme suffisamment rapide pour permettre à la Révélation de l’atteindre. »

Le grand intérêt de ce code sacré est qu’il peut être sans cesse redécouvert par une attention soutenue à ce qui est là, sous nos yeux. La lecture du texte biblique ou de grands classiques de la kabbale exige simultanément plusieurs niveaux d’appréhension, forme, énergie, essence au sein d’un non-temps et d’un non-espace. Cette lecture est rendue possible par le silence, la présence à soi-même.

« Il n’est pas possible de croire à une « Révélation » et, en même temps, d’être cette Révélation. La croyance est une évasion ; poussée à son extrême, elle incite à se retirer du monde, c’est-à-dire à se figer dans un rêve.

S’il existe une Révélation, elle a lieu en ce moment même et les ténèbres qui l’appréhendent en sont fécondées.

Mais cela exige une profondeur de perception et un silence de la pensée qui n’ont rien de commun avec les « revivals » névrosés et leur bruyant débordement émotionnel.

La Révélation ne peut « nous prendre en charge » que dans le silence d’un état d’esprit profondément sérieux. »

Ce livre est ainsi davantage qu’un livre que l’on parcourt avec plus ou moins d’attention. Il s’agit d’un exigeant enseignement initiatique qui vise à modifier le rapport au Réel, à l’actualiser par une libération des conditionnements inscrits dans la langue. C’est par l’établissement d’un autre rapport au son, à l’alphabet, à la langue que s’ouvre l’infini. Carlo Suarès redonne toute sa puissance transformatrice aux mythes et aux mouvements toujours vivants des mythèmes. Pour initier le retour aux sources, et à la Source originelle, objet de toute queste, il convient d’abord de déranger l’ordre établi, factice, pour laisser venir, derrière l’apparaître, trop bavard, l’ordre naturel et divin. Véritable défi qui justifie et rectifie le processus initiatique.

Source: La Lettre du Crocodile

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