Vie et Œuvre d’Eugène Canseliet
Ceux qui pratiquent l’alchimie spirituelle se qualifient de philosophes, et les alchimistes opératifs de philosophes par le feu. Pour Fulcanelli et Eugène Canseliet, on ne peut être l’un sans l’autre: l’alchimie passe par le labeur et la prière, labor et ora donc par le lab-o ratoire !
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Selon Jean Artero, Eugène Canseliet (1899-1982) fut le plus grand alchimiste du XXème siècle. Aucune biographie n’existe sur lui, nous avons donc demandé à cet auteur de tenter de combler cette lacune.
Eugène Canseliet fut l’ami et le disciple d’une autre grande figure de l’alchimie : Fulcanelli (1839- ?). Auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’alchimie dont Canseliet fut le préfacier, Fulcanelli aurait, dit-on, réalisé la Pierre Philosophale. Réaliser la Pierre philosophale, c’est parvenir à séparer ce qui est pur de ce qui est impur, par strates successives de purification (définition de Martin Ruland). Réaliser cette transmutation confère à l’alchimiste le statut d’Adepte: il quitte sa sphère sociale, s’entoure d’anonymat et acquiert santé, richesse et Connaissance.
La première partie de cet exposé relate la vie d’Eugène Canseliet et ses relations avec Fulcanelli, la seconde tente de donner un aperçu de l’alchimie : une métaphysique expérimentale qui vise à réaliser l’union entre la science et la religion, c'est-à-dire de percevoir à travers les ténèbres de la substance matérielle la lumière du Créateur….
La Lumière a-t-elle le pouvoir de permuter les formes ?
Quel est le rôle de l’étain, de l’antimoine, de la prière dans la réalisation du Grand Œuvre ?
Un adeptat obtient-il la vie éternelle?
A vous de vous faire une idée dans cet exposé de 60 minutes et de méditer le credo de tous les alchimistes : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour accomplir les miracles d’une seule chose » (la Table d’Emeraude).
Extrait de la vidéo
Bonjour et merci à Baviste TV de m'inviter à cette occasion qui nous réunit aujourd'hui de l'étude de l'œuvre des grands alchimistes du XXe siècle, c'est-à-dire Eugène Conselier. Je me réjouis donc de contribuer à combler une lacune puisque aucune biographie n'a été consacrée jusqu'à présent à Eugène Conselier, je le considère comme d'ailleurs Judith Henry qui était une de ses amies, comme le plus grand alchimiste du XXe siècle.
Il m'appartient de commencer peut-être par me présenter rapidement, donc je voudrais dire simplement que j'ai 42 ans puisque je m'intéresse à l'alchimie depuis maintenant tant d'années. J'ai commencé avec Archer à éditer à partir de 2006 un blog qui est consacré à Julien Champagne que certains d'entre vous connaissent peut-être, et en 2008 donc j'ai eu la chance de pouvoir faire paraître grâce aux éditions Archer un petit essai biographique intitulé « Présence de Fulcanelli ».
Je continuerai donc dans cette voie tant que Dieu me prêtera vie. Alors c'est effectivement une mascotte, certains diraient alchimiquement que c'est une marotte mais elle représente bien ma petite marotte à moi qui est celle de l'alchimie, c'est un alchimiste médiéval, elle m'a été présentée comme datant du XIXe siècle, je pense qu'en fait elle est beaucoup plus ancienne et vous voyez cet alchimiste donc nous présente une fiasque qui est pleine d'une liqueur rouge, je pense cette liqueur rouge c'est celle de la pierre philosophale, ce qui est assez amusant de constater quand on regarde cette mascotte de près c'est qu'elle a été percée de certains trous et je pense que certains se sont demandé si par hasard il n'y avait pas vraiment dans cette statuette un peu de pierre philosophale.
Alors le jeune Cancellier a une enfance disons catholique, très très choyée, il a été, il est né avec le siècle, avec le XXe siècle, entendons-nous, son père était comme vous le savez peut-être un ouvrier maçon et c'est ce monsieur qui était d'origine modeste finalement mais qui était un artisan remarquable, probablement d'ailleurs à mon avis un compagnon qui a initié le jeune Cancellier à l'intérêt, si vous voulez, que peuvent présenter les beaux-arts pour un jeune homme, il a commencé à s'intéresser très tôt à l'ésotérisme en général puisque dès le moment de sa communion solennelle vers 1910-1911, il a commencé à lire un certain nombre de classiques de l'époque comme Eliphas Lévy, comme Gaïta, comme Papus et très rapidement nous avons un jeune Cancellier qui, si j'ose dire, tombe en arrêt devant un traité alchimique du XIXe siècle qui est un classique, qui est l'Hermès dévoilé de Siliani, qui est un alchimiste semble-t-il devenu adepte, c'est-à-dire ayant obtenu la pierre philosophale et que nous connaissons d'ailleurs comme Fulcanelli que par son pseudonyme.
Et peu après, nous sommes déjà au début de la Deuxième Guerre mondiale, Fulcanelli rencontre Cancellier comme par hasard semble-t-il à Marseille et très vite Cancellier fait la connaissance auprès de Fulcanelli de Julien Champagne qui deviendra à la fois un ami aîné puisque Champagne était lui un de 1877, c'est-à-dire qu'il avait une bonne vingtaine d'années de plus que Jeanne Cancellier et l'illustrateur de Fulcanelli dont Cancellier deviendra le rédacteur après la Première Guerre mondiale.
Effectivement, Jeanne Cancellier a été tout à fait prédisposée à cette rencontre et je pense que ce n'est pas un hasard si Fulcanelli l'a choisi comme rédacteur. D'abord, comme on l'a dit, c'était un grand dévoreur de livres, ensuite c'était un latiniste disons distingué même pour l'époque et enfin, comme il l'a dit lui-même d'ailleurs, il avait une patte à lui et c'était un gros travailleur, je reprends ici ses propres termes.
Donc c'est à cause de ses qualités de Cancellier, dont Fulcanelli a également perçu toute l'honnêteté foncière très rapidement, qu'il a été choisi par l'alchimiste pour faire quelque chose que ce dernier ne souhaitait pas forcément faire, c'est-à-dire rédiger ses ouvrages qu'il avait en fait conçus, mais qu'il ne souhaitait pas mettre en forme lui-même, il s'est adressé pour cela à Cancellier, après d'ailleurs s'être adressé à Champagne pour les illustrer.
Cancellier a commencé à travailler pour Fulcanelli à partir de 1917, après avoir passé son baccalauréat à Aix-en-Provence, alors que Champagne lui était déjà au service de Fulcanelli depuis environ 1910, ce qui fait que c'est Cancellier en fait qui a embrayé sur la conception et la rédaction des ouvrages après Champagne pour les illustrations. On ne sait pas qui était Fulcanelli et d'ailleurs lui-même souhaitait, semble-t-il, d'après Eugène Cancellier notamment, qu'on ne le sache pas, il s'inscrit de ce point de vue dans une longue tradition d'alchimiste.
J'ai cité déjà Siliani tout à l'heure, mais qui remonte notamment à Philalète et encore plus loin à Basile-Valentin, qui une fois parvenu à la depta, c'est-à-dire avoir réussi finalement le grand oeuvre, disparaissait de la scène sociale et s'effaçait jusqu'à s'abriter derrière le pseudonyme en question. Donc il y a un certain nombre d'études qui ont été publiées sur l'identité de Fulcanelli, que j'ai essayé de critiquer dans le bon sens du terme dans mon présence de Fulcanelli, mais qui ne sont pas convaincantes quant à l'établissement de l'identité de cet alchimiste, qui est par ailleurs le plus grand adepte contemporain, puisque tout à l'heure j'ai qualifié Jeanne Conselier de plus grand alchimiste du XXe siècle, qui est traduit actuellement dans la plupart des langues occidentales et jusqu'en japonais.
C'est une notoriété qui est sans équivalence, et ce n'est pas toujours très bien su en France, dans le petit monde alchimique. Quand on prend par exemple des alchimistes reconnus en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis comme Cochrane ou comme Junius, quand on prend un von Bernus en Allemagne, on s'aperçoit que leur notoriété n'a rien à voir et est largement inférieure à celle de Fulcanelli. Je dirais d'ailleurs qu'en ce qui concerne Conselier, on a à peu près maintenant le même phénomène, puisque l'oeuvre de Jeanne Conselier est désormais traduite, elle aussi, dans beaucoup de langues européennes.
Le paradoxe, si vous voulez, de la biographie impossible ou de l'antibiographie de Fulcanelli, c'est qu'il ne s'est pas pour autant caché de tout le monde et qu'autour de lui, un certain nombre de personnes, de personnalités même, comme Viviani, comme Grévy, comme Pierre Curie, comme Ferdinand de Lesseps et sa famille, comme Anatole France, non seulement le connaissaient pour ce qu'il était, si vous voulez, c'est-à-dire probablement un scientifique sinon renommé du moins reconnu, mais également comme un alchimiste.
Et donc, Anatole France, par exemple, a eu accès au laboratoire de Fulcanelli en présence de Jeanne Conselier, en présence de Champagne. C'est tout le paradoxe, si vous voulez, c'est que ces gens-là savaient, eux, qui était Fulcanelli, mais comme l'écrit Jeanne Conselier, eh bien, la conspiration du silence, qui au cas particulier n'était pas une conjuration des imbéciles, a prévalu et aucune de ces personnes n'a cru bon de dévoiler l'identité de Fulcanelli.
A partir de là, on comprend très bien pourquoi Jeanne Consuelier d'abord, pourquoi d'autres ensuite se sont crues dans l'obligation de continuer à voiler cette identité. C'était la volonté de l'adepte. C'est,