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Le Chan chinois, ou Tchan, et sa version japonaise, le Zen, est le courant bouddhiste le plus proche de l’enseignement très dépouillé du Bouddha historique.

Que l’approche soit subitiste ou gradualiste, ces deux approches donnèrent lieu à d’âpres et célèbres débats, le Chan a su se garder des périphéries culturelles qui furent absorbées par les autres courants bouddhistes, pour ne conserver que l’essentiel.

Le Chan s’adressait autrefois non à des érudits (il y en eut cependant) mais souvent à des illettrés qui œuvraient les deux tiers de leur temps dans les champs. La pragmatique s’imposa naturellement et c’est le quotidien même qui devint le support de la pratique. Une tradition d’histoires, souvent brèves, se développa soit pour orienter l’esprit, soit pour le libérer.

Les histoires rassemblées par Serge Leclercq sont issues du Chan, du Zen ou encore des traditions d’arts martiaux qui s’imprégnèrent de ces courants. Il a puisé dans différentes sources écrites anciennes mais a repris également quelques histoires entendues dans les monastères ou les dojos. Certaines sont connues, d’autres non. Elles sont souvent construites sur une rupture qui ouvre un intervalle dans le continuum artificiel de la personne. Mais, elles peuvent être aussi comme une vague douce qui vient finalement attaquer le rocher du moi pour l’user. De temps en temps, mais vraiment de temps en temps, Serge Leclercq commente les histoires, brièvement également.

L’ensemble de ses histoires que Serge Leclercq appelle avec justesse « clavicules », petites clefs, est plein de profondeur, de jaillissement, d’humour, une source inépuisable de méditation et d’ajustement.

Exemple :

Ni eau ni lune.

La Nonne Qian Dai Neng étudia le Chan avec Maître Yuan Jue Fo Guang sans atteindre l’éveil.

Par une nuit sans lune, elle prit un seau et alla le remplir à la rivière. Malheureusement, le cercle de métal qui enserrait le récipient se brisa. Le fond s’écrasa sur le sol et toute l’eau fut renversée.

Alors Qian Dai ressentit un grand bien être.

Elle écrivit un court poème :

« Saisissant le vieux seau. Le fond n’a pas résisté.

L’eau est dispersée. La lune ne peut se refléter. »

« Le récit, nous dit Serge Leclercq, comme vecteur d’un enseignement initiatique est une matière passionnante pour l’étude. On découvre un tronc commun et des variantes. On reprend l’essentiel ou bien on approfondit. C’est selon. L’interprétation, quand elle diffère d’une tradition à l’autre, est plus délicate. Le Chan laisse bien souvent le pratiquant réfléchir par lui-même et trancher. Chaque récit peut correspondre à une étape du cheminement spirituel ainsi, selon l’individu et le moment, la signification peut s’éclairer d’une lumière nouvelle. »

Serge Leclercq est professeur de Littérature et de Linguistique à l’Université du Yunnan, en Chine. Il a vécu une vingtaine d’années en Chine et huit au Japon. Il a longuement pratiqué et étudié le bouddhisme Chan.

 

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