La Loge Thébah et le « Mouvement Cosmique »

Ce petit livre, très bien construit, comme toujours avec cet auteur, présente une synthèse de l’enseignement, des particularités et des influences du Mouvement Cosmique tout à fait intéressante.

La Loge Thébah est le point de départ de ce travail. Cette Loge-laboratoire est surtout connue pour avoir accueilli René Guénon mais elle rassembla beaucoup d’autres personnalités et compétences d’exception comme le surréaliste Jean Palou, René Alleau, Guy-René Doumayrou, et plusieurs sympathisants du Mouvement Cosmique, entre autres.

« L’un des fondateurs, indique Patrick Négrier, et premier vénérable de la loge parisienne Thébah en 1901 était le martiniste Pierre Deullin (1873 – 1912), beau-frère du martiniste Papus et secrétaire de la Revue Cosmique (1901 – 1937) dirigée par F.-Charles Barlet (1838 – 1921). Cette revue était l’organe d’expression du Mouvement Cosmique créé par Max Théon (Varsovie, 1848 – Tlemcen, Algérie, 1927), pseudonyme d’Eliezer Mordechai Bimstein, lequel avait été lié en 1884 à la Fraternité Hermétique de Louxor. »

Il remarque encore que la Loge Thébah apparaît comme « un creuset d’influences étrangères à l’identité maçonnique » et repère des emprunts et des influences qui diluent son identité maçonnique. En fait, le fonctionnement de cette loge, si singulière au sein de la Grande Loge de France, rappelle plutôt celui de collèges internes ou de classes secrètes traditionnels.

Si le Mouvement Cosmique véhicule une culture juive, il s’en affranchit également en plusieurs points, à la recherche d’une Tradition primitive. Patrick Négrier donne une synthèse très pertinente de la Philosophie Cosmique en s’appuyant notamment sur des écrits de Louis Thémanlys (1874 – 1943), qui dès 1920 s’occupera du mouvement. Il présente et commente les dix-huit axiomes de la pensée cosmique. Il en note certaines caractéristiques. Ainsi, dit-il, « C’est une pensée qui relève expressément de la voie des maîtres et non de la voie des rites. ». Les auteurs de ces axiomes avaient une faible connaissance biblique mais une bonne connaissance judaïque qui les conduit à « s’inscrire en faux contre le paulinisme ». Par ailleurs, ils savaient s’appuyer sur l’anthropologie. Leur approche naturaliste n’est pas sans rappeler parfois la pensée de Spinoza.

Les sources de cet enseignement sont difficiles à établir. Patrick Négrier écarte d’emblée une influence de la Fraternité Hermétique de Louxor. Il y a très peu d’emprunts au Corpus Hermeticum. Max Théon puise dans la kabbale, mais à sa manière, il se réfère au scientisme, au positivisme et surtout au darwinisme. Le Mouvement Cosmique fera la promotion des droits des femmes, en analysant à la fois l’histoire et certains écrits bibliques.

Si, conclut Patrick Négrier, la pensée du Mouvement Cosmique a un caractère daté, inscrit dans les contextes où elle émerge, elle présente encore des éléments très actuels qu’il identifie avec clarté.

« Ces différents aspects de la Philosophie Cosmique, poursuit-il, demeurent aujourd’hui d’un intérêt brûlant en raison de leur valeur théorique et pratique, ce qui justifie que cette pensée ésotérique soit encore aujourd’hui étudiée par ceux des chercheurs qui auront assez de sens critique pour en tirer tout le parti nécessaire à leur propre évolution en vérité. »

Il ne faut pas de priver de cette étude excellente, et de son appareil de notes très important. Si René Guénon n’a pas su tirer grand-chose de son approche du mouvement Cosmique, nous ne sommes pas obligés d’en faire autant.

VOUS AIMEREZ AUSSI

Haut