Chamanisme et Tantra Yoga : comprendre ce corps énergie
Malgré des origines géographiques et ethnologiques fort distantes, chamanisme et Tantra Yoga ont développé - est-ce un hasard ? - de nombreuses caractéristiques communes. C’est cet axe commun, cette union (Yoga signifie union) qui a poussé Eric Marchal à entamer une pratique régulière et conjointe de ces deux voies, il y a trente ans. A une époque où ni l’une ni l’autre n’était à la mode. Il nous livre ici le fruit de son expérience personnelle.
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Pour lui, chamanes et sadhous sont des chercheurs-témoins, des expérimentateurs de ce « lieu entre deux espaces », nommé « liminal », qui sépare le passé du devenir : et ils nous rapportent, dans ce monde commun que l’on nomme notre réalité, le fruit de leurs voyages.


Deux voies non-duelles qui ont aussi en commun de considérer le monde comme composé de trois parties : monde du Bas, du Milieu, du Haut pour les chamanes et enfer (pâtâla), terre (bhûmi) ciel (svarga) pour la triloka sanskrite.
Eric Marchal nous plonge ainsi dans ce monde d’énergie, de vibrations, où intériorité et extériorité s’entrelacent tels les deux serpents du caducée. Une vision du monde où l’homme est envigé comme intercesseur entre le Ciel et la Terre, et dans laquelle son corps énergie représente un athanor en perpétuels mouvements …
Extrait de la vidéo
C'est donc à Franck, Franck Agier et à Baglis TV de proposer de venir faire ce témoignage. Un témoignage qui est le fruit de 30 ans d'expérience personnelle entre deux voies, une voie plutôt chamanique ou complètement chamanique et une voie autour de l'Inde qui prend la forme du yoga, du tantra. D'où je parle pour présenter ces deux voies, c'est d'une expérience personnelle. Je ne suis pas un érudit ni un universitaire, mais merci à ceux qui ont fait ce travail parce qu'on peut épuiser.
Et puis c'est vraiment une expérience personnelle. J'aime bien reprendre peut-être ce que j'ai pu trouver dans certaines voies bouddhiques où on parle de trois piliers possibles pour un travail comme celui-ci, qui est la pratique, donc voilà, 30 ans de pratique. La pratique en relation avec la tradition, les textes, peut-être que ce n'est pas la même chose en chamanisme et en yoga ou en tantra, et sous la direction d'un maître ou en tout cas sous la direction de personnes qui ont fait un petit peu plus de chemin que moi sur ces différentes voies.
Donc là, sur ces deux thèmes, peut-être la première idée pour moi, c'est de dire que ce qui est important, c'est de suivre une voie. Et j'ai même envie de dire exprès, une seule voie. La question se posait peut-être moins il y a quelques années, il n'y a pas besoin de remonter bien loin. Et je pense par exemple en chamanisme, tous les chamanes que j'ai rencontrés, c'est facile.
Eux, ils étaient nés dans une tradition, ils étaient nés dans une culture et ils faisaient cette tradition, ils continuaient. Quand dans un endroit, on avait repéré un jeune un petit peu particulier qui tombait dans les pommes facilement, qui était un peu rêveur et qui parlait aux animaux comme tous les enfants, on lui disait, va voir le vieux là-bas. Et du coup, il suivait son enseignement et c'était sûrement plus facile de suivre l'enseignement de cette façon-là parce qu'il n'avait pas le choix.
Quand on en trouvait un comme ça, qui avait des dispositions, il n'avait pas le choix. Et puis, maintenant, on a la chance d'avoir le choix. Donc, c'est une chance, c'est pour ça que j'ai eu la chance moi de suivre deux voies. C'est intéressant de marcher sur deux pieds parce que ça permet de relativiser.
Quand à un endroit, je ne comprends plus ou quand à un endroit, je me mets en doute ou j'ai besoin de questionner, souvent, c'est l'autre endroit qui a pu me donner une réponse. Donc, j'ai trouvé ça intéressant et de toute façon, ça se fait comme ça. Pour moi, je n'ai pas trop le choix. Le premier maître que j'ai suivi, je vais exprès de le nommer, Jean-Claude Sujet, La Voix d'Urnard, il avait déjà chamanisme et tantras.
Donc, je ne sais pas, lui, comment il avait pu rencontrer ces deux choses différentes. Mais moi, j'ai été obligé de marcher rapidement sur ces deux pattes. Donc, l'avantage de travailler avec deux voies, c'est vrai aussi, même maintenant dans le chamanisme, parce que de toute façon, il y en a tellement, tellement, tellement de formes différentes qu'on a pu retrouver partout. Il n'y en a pas un qui s'appelle chaman, il y en a un qui va s'appeler médecineman, il y en a un qui va s'appeler ayahuasqueros, il y en a un qui va s'appeler ganga.
Mais dès qu'on a commencé à travailler dans des rencontres entre chaman, par exemple, ça fait 15 ans en France qu'on organise des festivals, des rencontres, qu'il y a des gens du monde entier et de pratiques différentes qui se rencontrent. Ce qu'on peut voir, c'est que les pratiques sont complètement différentes. Donc, moi, longtemps, j'ai essayé de faire croire à tout le monde que c'est moi qui avais raison et que c'était les autres qui avaient tort.
Ça n'a pas marché longtemps. Et donc, on a été obligés de relativiser. Et c'est ce que je trouve intéressant dans ce qui se passe actuellement, dans les rencontres de différentes voies, que ce soit dans une seule voie, j'ai évoqué les différents chamanismes, mais les yogas, les yogas sont tous différents aussi, ou entre ce que dit le yoga et le tantra et le jnanisme, c'est aussi tellement différent. Donc, quelle chance, il ne peut plus y avoir un détenteur unique de la vérité.
Donc, grande chance. Cette introduction pourrait être une sorte d'aude, une sorte d'invitation à aller pratiquer différentes voies, puisque là, je vais pouvoir parler un petit peu des deux que j'ai croisés. Et en même temps, immédiatement, je mets une mise en garde. Je pourrais le dire comme ça.
Bon, deux voies, c'est bien, mais trois, c'est trop. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas un nombre précis, mais c'est l'idée de papillonner. Et je vois beaucoup de gens en ce moment qui sont un petit peu perdus avec ça, qui viennent me voir après avoir fait d'autres expériences. C'est bon, j'ai cinq ans de reiki, puis je viens de faire du yoga, puis je viens d'aller faire une danse de guirlande, puis je viens d'aller faire.
Super. Que des choses super. Et même si ces choses sont super, ces rencontres sont super, ces voies sont super, on voit des gens qui butinent. Et là, il y a un danger de notre époque qui n'est pas le même danger que quand il y avait une seule voie, c'était celle du chaman de mon village ou celle du yogi de mon village.
Le danger, c'est papillonner. Et le danger de papillonner, il est peut-être de deux ordres. Il est de l'ordre d'un syncrétisme qui va conduire au plus petit dénominateur commun. Ça, ce n'est pas peut-être le plus grave, mais le plus grave pour moi, puisque ces voies sont des voies d'initiation et des voies de transformation, c'est de voir beaucoup de personnes qui font ce chemin tant que c'est agréable, tant qu'ils ne sont pas confrontés à quelque chose qui va les mettre devant une difficulté.
Et là, normalement, que ce soit le chaman, que ce soit le gourou, au bon sens du terme, qui lui dit qu'il ne laisse pas partir, qu'il oblige la personne à traverser ce passage, alors que tout résiste, alors que tout a envie de partir en courant. Je ne sais pas, j'ai entendu, c'est vrai que chez certaines traditions zen, le maître avait droit de vie et de mort sur ses disciples. Ce n'est pas tout à fait ce que je préconise, mais ça montre quelque chose d'intéressant.
Ça montre qu'il y a un moment, la personne va vouloir partir en courant. Je fais exprès d'utiliser le mot « la personne » dans ce cas-là, parce qu'il y a eu quelque part un appel, et puis il y a une résistance qui veut partir en courant. Alors, je vais me limiter, et ça a été une grande frustration. Je me limite à deux voies, alors qu'il y en a plein d'autres qui peuvent être intéressantes.
Dès que j'ai commencé à chercher ces voies, pour moi il y a trente ans, j'étais encore tout jeune, j'avais une vingtaine d'années, s'est posé la question dans quelle direction chercher. Alors, les premières personnes que j'ai rencontrées, à l'époque par exemple, il y avait une pratique qui était à la mode, je ne sais pas s'il existe encore, c'était la méditation transcendantale, et donc c'était une porte importante.
C'était eux qui m'ont appris à méditer, et donc ils m'ont amené très rapidement, aussi en parallèle avec le yoga, à une question qui est dans quel sens je dirige. C'est facile, le yoga va nous dire Pratyahara, dans les Angas, dans les membres du yoga, cinquième membre du yoga, Pratyahara, le regard tourné vers l'intérieur. Donc, très belle direction, je ferme les yeux, je rentre dans l'état de méditatif, très belle direction, je tourne mon regard vers l'intérieur, et avec les yeux clos, je découvre un univers immense, et belle direction à explorer, j'avais cette information.
Cette information pour l'Inde, elle existe aussi ailleurs, j'ai pas envie de faire comme si l'Inde était seulement dans le regard intérieur. De ce que j'ai compris des rituels védiques, et de ce qu'on trouve justement dans les Vedas, il y avait aussi des grands rituels immenses, qui duraient des jours, avec des sacrifices immenses, et peut-être le moment dont je me suis senti proche, ce n'est pas du tout celui-ci, c'est ce qui vient après, quand j'ai découvert ces personnes qui ont dit, il y a 2500 ans, qui ont dit, ces grands rituels, mais quel est le sens de tout ça, pourquoi on fait tout ça, c'est devenu des enjeux sociétaux, c'est devenu autre chose, j'ai perdu le sens du sacré, j'ai perdu le sens de la démarche personnelle, je ne sais plus pourquoi je fais ça, et ces gens-là se sont retirés dans la forêt, et ils sont revenus avec des textes qu'on peut voir actuellement, qui sont les Aranyaka, ces textes de ceux qui étaient dans la forêt, qui sont aussi les bases de Veda Vedanta, de voies comme ça, où j'ai pu trouver, avec plein d'autres, une richesse, qui disait, plutôt que d'être dans la société, dans la foule,