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La découverte du Livre Rouge bouleversa la vision que nombre d’étudiants de l’œuvre jungienne avait développé au sein du carcan psychanalytique. L’université française ignorait volontiers toute une part des travaux de Jung.

Ce n’était plus possible désormais ou au moins plus difficile.

Luca Governatori, docteur en philosophie, est familier des traditions orientales. Il a consacré sa thèse à l’étude du Livre Rouge. Ce livre bénéficie de ses recherches approfondies sur cet héritage étonnant.

Dès les premiers mots, il annonce l’axe de son travail :

« Il y eut littéralement, ici et là, deux Jung. Jung fit de sa propre chair double compte, décidant – en effet – d’exister deux fois. Une fois pour le monde autour (sa famille, la psychiatrie, la civilisation moderne) et une fois pour lui-même (secrètement, hors du temps). Deux vies délimitées, l’une de l’autre, par un fil rouge : d’un côté, l’orientation scientifique, le souci d’enrichir la rationalité de son temps, la décision ferme et patiente, nourrie jour après jour, d’édifier une géologie de l’inconscient ; de l’autre, l’expérience intérieure, immédiate et magmatique, au nom d’une brûlure, ou d’un appel – ce qui demeura inexpliqué, peut-être inexplicable. »

Si le Livre rouge fut préservé du regard autre par Jung et si sa mise au jour fit l’effet d’une bombe, c’est aussi par manque d’attention des lecteurs ou étudiants de l’œuvre, par un biais perceptuel par trop orienté ou trop restreint. En effet, les rencontres d’Eranos, ou certains textes comme Les sept sermons aux morts ou Aïon auraient dû alerter.

Le Livre Rouge est, littéralement, extraordinaire. Il rend compte, nous dit Luca Governatori, « d’une extravagante déambulation intérieure exaltée par des incantations et des enluminures, une généalogie vivante des métamorphoses de l’âme, une véritable odyssée des morts – et même, remarquablement précise et affûtée, une cosmologie : une histoire de la Création. »

La première partie de cet essai passionnant et érudit est intitulée Le chemin de l’ombre, quand Jung explore ses propres visions, souvent terribles, afind e « mettre de l’effroi dans l’ordre », un mode de connaissance périlleux. Jung « s’engouffre » dans les replis sombres de la psyché. Ce procès conduisit Jung à établir une « généalogie de l’ombre : d’une histoire du mal à une théorie du karma ».

La seconde partie de l’ouvrage explore les « constellations secrètes » de Jung : l’ordre sans cause, les synchronicités, les dieux du temps : Chronos, Kaïros, Aïon, l’éternel retour, le « Mysterium Conjunctionis », l’instant primitif, l’ange de la mort, l’aurore sauvage d el’âme : non-commencement et immortalité… Voici quelques-uns des thèmes que Luca Governatori dégage des méandres du Livre Rouge.

Le Livre Rouge fait passer de l’ombre à la lumière. Il cherche, dans les décombres de l’inconscient, lunaire et mercuriel, ce chemin direct entre Saturne et le Soleil évoqué par les hermétistes. Luca Governatori parle d’une « psychologie du feu cosmique » :

« Car la grammaire du Livre Rouge, noyau sauvage d’une théorie de l’inconscient, cette extravagante grammaire qui s’invita par inadvertance, dantesque et algébrique à la fois, cette grammaire-là fut effectivement marquée par les flammes. Marquée par le feu. Par « l’incandescence »… »

Luca Governatori avance en conclusion cette hypothèse, fortement traditionnelle, selon laquelle « la psychologie de Jung s’adresserait en ce sens non plus à l’homme, mais à des dieux. A des dieux qui se transforment, à des dieux qui doivent « passer » par l’homme – l’homme passant, passeur, « passage » - pour se frayer un chemin jusqu’à « Dieu ». ».

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