Entretiens sur l'expérience visionnaire

Dans le cadre du festival des Arts visionnaires Chimeria (2009) à Sedan, Jan Kounen, Romuald Leterrier et Laurence Caruana se sont entretenus sur leurs sessions d'ayahuasca, une plante hallucinogène utilisée dans la médecine traditionnelle shipibo, en Amazonie. Ils ont évoqué leurs motivations et expériences, leurs états de conscience modifiées, tout en insistant sur le risque de ces pratiques.

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Extrait de la vidéo

Donc on a décidé, nous, pour pouvoir apporter des éléments sur ce sujet qui est assez innovateur et qui n'a pas encore été, je pense, vraiment traité, on a décidé de faire un petit exposé d'une demi-heure, donc moi, Romuald Le Terrier, Yann Kounen, cinéaste, et puis Lorenz Caruana qui est un spécialiste de l'art visionnaire et aussi un peintre visionnaire.

Donc je vais commencer par parler de mon expérience et de ma relation avec Jefferson Ossevani-Valera qui est un ami de longue date que j'ai rencontré à Pucallpa en Amazonie, c'est un jeune peintre ayahuasquéros, à savoir que la peinture chez les ayahuasquéros, c'est une forme, à mon avis, du chamanisme, un peu secrète, qui a ses propres codes, sa propre mythologie, son propre langage.

Alors c'est intéressant parce que moi, en étudiant, j'ai découvert toute une mythologie, on va dire, et toute une relation aux plantes assez extraordinaire, notamment quelque chose que je ne connaissais pas du tout qui est la notion de plantes qui apprennent véritablement la peinture visionnaire.

Alors ces plantes, elles sont prises en annexe de l'ayahuasca, elles sont diétées, dans le processus de diète, et ces plantes ont des particularités assez étonnantes, notamment celles d'apprendre, certaines plantes apprennent effectivement à marier les couleurs, à bien combiner les couleurs, et une combinatoire de couleurs, c'est ce que l'ayahuasca fait, mais j'ai découvert une autre plante qui s'appelle Lipobecene, en Shipibo, et qui est diétée pour apprendre à se concentrer véritablement sur un travail artistique, alors que ce soit une peinture, que ce soit une broderie, cette plante modifie véritablement la vision physiologique et permet, notamment aussi avec un couplage cognitif, de véritablement être conscient et de pouvoir faire un travail artistique dans 10, 11, 12 heures, dans un état de concentration très particulier, très proche d'un état modifié de conscience.

Alors ces plantes, elles sont aussi utilisées directement, les femmes shipibos mettent de cette plante dans les yeux des nourrissons pour leur ouvrir la vision, leur regard à la vision spirituelle, et les femmes le prennent également en breuvage pour pouvoir faire ce qu'on appelle le kené chez les shipibos, qui est une broderie.

Après il y a toute une mythologie, et il y a des grands artistes peintres visionnaires qui prennent ces plantes, et on dit qu'ils ont pris les plantes qui apprennent à peindre.

Alors c'est un sujet nouveau parce que ça soulève pas mal de questionnements vraiment intéressants sur la relation entre la peinture, donc l'art en général, mais aussi l'influence des plantes par rapport aux plantes enseignantes.

Je vais passer la parole à Yann qui lui va vous parler de sa relation entre l'ayahuasca et l'art et les influences mutuelles qu'on peut avoir dans cette relation.

Bonjour, donc Roméo l'a dit, nous on a un peu les arts déco, moi j'ai fait des arts déco, et puis eux ils ont des plantes, donc la première année c'est une plante, la deuxième année c'est une autre plante.

C'est une autre façon d'apprendre des choses, mais ce que je trouve intéressant, c'est pour un petit peu parler autour de ce sujet, c'est la relation qu'il y a entre le monde de la plante, qui a un langage, et comment ce langage dans notre réalité ou dans notre expression, comment on continue le dialogue, ou en tout cas on peut ramener des éléments de ce monde-là, puisque c'est pas une forme pensée, c'est une chose très particulière.

Et donc dans ce langage-là, même si c'est très visuel, par exemple par rapport aux visions que l'on a, il va travailler beaucoup avec la créativité je trouve des individus, c'est-à-dire qu'il y a une dimension, là je reviens moi plutôt au monde de l'ayahuasca et de la médecine traditionnelle, pas des plantes vraiment dédiées à l'apprentissage de la peinture, mais ces plantes-là, il y a vraiment plusieurs dimensions, c'est effectivement une dimension thérapeutique, puisqu'au départ, c'est une médecine, et donc il va travailler effectivement sur vos rééquilibrés, sur vos émotions, sur vos sentiments, sur votre passé, et puis parallèlement il va vous ouvrir dans ce rééquilibrage aussi votre dimension artistique si vous l'avez déjà, et il va le faire pour certains, on a vu des gens qui ne dessinaient pas, qui suite à ces expériences ont mis à peindre, à travailler de la musique, comme si les arts en général, et les choses qui étaient de l'ordre des sens, et cette frontière peut-être un peu plus sensible de notre manière, de nos esprits, nous communiquer simplement par un témoignage, par de la pensée conceptualisée par des mots, enfermée dans un langage qui est très éloigné de ceux des plantes, n'est pas aussi le territoire de la relation avec le monde des plantes, c'est parce que c'est vraiment une chose qui est claire quand on s'immerge après un certain temps, et même assez rapidement, qu'il y a un monde, qu'on est en relation avec quelque chose de différent qui est appelé un dialogue avec la plante, et dans la relation il y a plusieurs façons, il y a plusieurs choses qui vont émerger, il y a d'abord le désir, puisqu'on découvre quelque chose de l'ordre de l'inconnu, qu'on ne connaît qu'effectivement dans les arts déjà, puisque on va dire dans les arts et la manière dont les peintres et les musiciens qui s'inspirent, ils vont dans des mondes proches, c'est-à-dire qu'ils vont dans des mondes vibrants d'inspiration, et des fois on prenait ce principe en disant que les choses viennent, je ne sais pas d'où elles émergent, et donc c'est dans cet état de sensibilité qu'on va retrouver des mondes, parfois dans la relation avec la plante, dans ses soirées, dans ses nuits avec elle, dans les visions, des choses qu'on a envie de montrer, de partager, donc on va avoir le désir déjà d'avoir une création artistique qui est de retranscrire, je crois que toutes les personnes, tous les artistes qu'il y en a ici, mais tous ceux qui ont rencontré, qui ont pris de l'ayahuasca, qui ont une relation forte avec la plante, la première des choses ça va être de le peindre, de l'écrire, d'en faire des poèmes, de la musique, et de vraiment travailler à ça, parce que c'est quelque chose qui est d'ailleurs inscrit dans une sorte de réflexe de la relation, tout de suite retrouver le langage et partager, et vouloir ramener, on a aussi cette envie de vouloir ramener et partager, sinon si on raconte c'est quand même très vite bizarre.

Mais il y a plusieurs manières, ça c'est une volonté, et quand on a cette volonté c'est un peu compliqué, parce qu'effectivement le monde du voyage, le moment de la guérison dont on a eu aussi des images, on est dans un état particulier, et cet état particulier qui fait que son esprit à soi semble être avec quelqu'un d'autre, et qu'ensemble on est quelque chose de différent que l'être réveillé, normal, dans son état de conscience, une fois qu'on quitte cet état, et bien on quitte aussi les pensées, une partie de la connaissance qu'on a eue, et on s'en souvient pas horrible comme d'un rêve.

La chance qu'on a avec les plantes c'est que ce rêve reprendait, qu'on repart et qu'on reprend de l'ayahuasca, et que les guérisseurs chantent et que la session repart, et bien on recommence le rêve où il s'était arrêté.

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