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Petit recueil de sagesse à l’usage des Francs-maçons de Thomas Grison

Thomas Grison puise dans la typologie d’Hiram pour évoquer Bazaliell, bâtisseur de l’arche d’alliance dans l’Exode que l’on retrouve dans le manuscrit Graham de 1726. Il fait revivre le personnage afin de dessiner une sagesse maçonnique inspirée de l’art des bâtisseurs.

Très significativement, l’ouvrage commence par le sujet de l’humilité :

« Misérable est celui qui confond son humilité avec son renoncement ! Ami, est-ce donc par humilité que tu as renoncé à accomplir les œuvres auxquelles ton cœur était pourtant promis ? La belle pierre, tu l’as réduite en galets pour ériger les fondations ! Avec le marbre rare, tu n’as su tailler que moellons et parpaings ! Et tu veux maintenant que soient louées ta réserve et ton humilité ? »

A propos de la liberté :

« Comme l’arbre, n’est-ce pas dans tes propres limites que tu forgeras ta liberté ? Là où tu as commencé par défricher, par araser le sol avant d’asseoir les fondations et de poser pierre sur pierre afin d’élever un temple à l’amour et à la beauté, n’est-ce pas là aussi que s’exerce au mieux ta liberté ? Obéir sans être esclave, n’est-ce pas là la plus belle acquisition de l’ouvrier que tu es, et n’est-ce pas aussi la plus grande victoire de l’homme libre que tu es devenu ? »

Ou de la mort :

« Insensé, tu crois donc vivre quand tu es déjà mort ! Dirigé entièrement par tes passions et dominé par la matière, ton cœur ne sera jamais plus qu’une pierre inerte, un débris destiné à rouiller au fond de l’océan, une mouche empêtrée dans la toile de l’araignée : cadavre desséché et vidé de tout son suc !

Comme le bon jardinier ensemence sa terre pour mieux la féconder, toi aussi, accueille la Mort comme on accueille une amie et tu accoucheras de la vie. Et ainsi, tu te débarrasseras du vieil homme et de ses oripeaux, et du trop-plein de l’ego tu feras un compost. Quand elle sème avec amour, la mort n’engendre-t-elle pas la vie ? »

Sur la géométrie :

« Elle porte vers le pinacle celui qui était humble et monte comme sève vivifiante dans le cœur du chétif. Elle enseigne la tempérance à l’impulsif et l’humilité à l’orgueilleux. Elle offre des outils à celui dont les mains sont nues, et donne la rigueur à qui est dispersé. Ne dirige-t-elle pas la main de l’ouvrier comme ton étoile dirige ton chantier ?

Elle s’adresse à chacun selon ses mots et selon sa langue. Elle parle avec simplicité dans l’oreille du confus, et parle avec précision dans l’oreille de qui entend les subtilités. Aride, elle l’est pour l’austère, et profuse, elle l’est pour l’esprit bouillonnant avide de rêves et de beaux fruits. »

22 textes profonds nous sont offerts par Thomas Grison, destinés à la méditation, textes qui interrogent et demandent à être interrogés, avant une belle invocation finale :

« Ô mes amis, nous aussi

marchons vers le levant,

balluchons sur l’épaule et cœurs légers

partageons pain et vin et travaillons ensemble

pour que par-delà les montagnes

et de l’autre côté de l’océan

nous accompagne toujours

la voix de Bazalliell !

Car ainsi, et jusque dans la mort,

nous la rendrons plus vivante,

plus éclatante et plus belle que jamais ! »