La puissance du coeur
"Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur" nous dit Jésus dans l'Evangile de Matthieu.
Dans les traditions spirituelles et chez les mystiques tout particulièrement, le coeur désigne le centre de l'être, sa conscience profonde et le lieu de la connaissance transcendante. C'est en cette chambre secrète ou ce miroir que la divinité se donne à connaître et à contempler. Ainsi le coeur devient le lieu des révélations, des intuitions fulgurantes, des visions et de l'union mystique. En cela, il ouvre un chemin pour tous: la voie du coeur.
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Pour Jacqueline Kelen, il existe des affinités évidentes entre le silence, le secret et le désir sur cette voie. En effet, le désir ouvre la porte, le silence permet d'y demeurer et le secret protège l'habitation intérieure. Méconnues par notre société, ces trois dimensions représentent les clés de la liberté de tout être humain. Tandis que de nombreuses personnes parlent aujourd'hui de la "voie du coeur", comment la définir?
A l'heure du développement personnel qui use des outils de connaissance de soi en tout genre, quelle distinction existe-t-il entre le spirituel et le psychologique?
Comment s'ouvrir à l'intelligence du coeur? Réponse de l'auteur dans cette interview de 50 minutes, menée par Audrey Fella.
Extrait de la vidéo
Jacqueline Kehlen, bonjour, vous êtes écrivain et conférencière, diplômée de lettres classiques, vous avez été productrice d'émissions à France Culture pendant 20 ans, vous avez publié une trentaine d'ouvrages dans lesquels vous déchiffrez les mythes occidentaux et la voie mystique, dont La puissance du cœur aux éditions de la Table Ronde en 2009.
Alors en introduction, vous revenez sur la représentation du cœur dans l'art médiéval, pouvez-vous nous rappeler le symbolisme du cœur dans la quête spirituelle ?
On a l'habitude de voir des petits cœurs à la Saint-Valentin, de voir des graffitis avec les cœurs percés d'une flèche qui symbolisent les amoureux ou les chagrins d'amour, les petits cœurs que l'on offre, que les enfants offrent à leur maman pour dire qu'ils les aiment.
Donc nous baignons surtout à l'heure actuelle dans une sentimentalité ou une affectivité qui relève en effet de ce qu'on appelle le cœur, sans trop bien savoir ce que c'est, mais il y a une grande différence entre le cœur sentimental, que seul apparemment on donne à voir ou on exploite par l'émotivité, et puis ce qui est dans toutes les traditions spirituelles, le cœur comme lieu de la connaissance transcendante. Alors c'est intéressant de prendre des images, le cœur sentimental pour moi c'est comme s'émouvant, c'est une nef sur des os agités, d'où l'éphémère des sentiments, l'inconscient peut-être aussi, pourquoi est-on amoureux, pourquoi je me réveille un matin et je ne ressens plus rien pour telle personne, dire que j'ai j'ai failli me tuer pour une femme qui n'était pas mon genre, comme dit Marcel Proust. Bon alors tout ça c'est le cœur sentimental. Et puis il y a sur le plan spirituel, mystique, le cœur qui bien sûr est le symbole du centre de l'aide, qui n'a rien à voir avec l'organe que l'on greffe ou que l'on répare, et ce lieu central en l'homme est le lieu où se révèle une présence transcendante, où se révèle la connaissance des réalités supérieures. Donc cela n'a rien à voir et dans diverses traditions, et bien l'image qui vient à ce moment-là c'est une coupe, c'est une lampe, c'est un sanctuaire, c'est une chambre secrète, c'est le miroir dans lequel se reflète ou se manifeste la présence divine. On peut dire divine mais on peut dire aussi réelle avec R majuscule, on peut dire absolue. Voilà donc c'est vraiment le lieu de la conscience éclairée de l'homme intérieur, bien sûr pas de l'homme profane et mortel. Et moi je me souviens après, dans mon adolescence, il y avait une image qui m'avait marquée énormément, c'est une sculpture, une statue funéraire, qui représente, donc ce n'est pas un gisant puisqu'il est debout, mais qui représente un homme, René Dechalon, qui est dans un mauvais état puisqu'il est mort, donc c'est un cadavre, enfin du moins c'est un squelette avec encore quelques lambeaux de chair accrochés, tout cela est bien sûr représenté en marbre, mais il est debout, vertical, et ce presque squelette tient très haut levé dans sa main droite un cœur, bien sûr représenté comme le cœur que l'on connaît traditionnellement, et il tend vers le ciel avec, j'allais dire non pas revendication, mais fierté, noblesse, comme seule attestation de sa vie ou de son passage sur terre, ce cœur. Et moi j'étais longuement troublée, cela me questionnait, parce qu'il ne s'agit bien sûr pas de l'organe de chair, et c'est ce cœur qui nous intéresse. Quand je parle de la puissance du cœur, c'est-à-dire c'est ce cœur conscience, alors vous savez les Égyptiens de l'Égypte pharaonique représentaient le cœur, comme un petit vase, et c'est le cœur conscience, c'est pourquoi ils le considéraient précieusement.