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Krishnamurti, mon ami. Un joyau sur un plateau d’argent de Padmanabhan Krishna

Krishnamurti, parfois considéré comme le Socrate du siècle dernier, demeure à bien des égards une énigme. Son influence continue de grandir, son enseignement ne cesse de réveiller mais il reste largement insaisissable. Le témoignage très riche du professeur Krishna rendra le lecteur plus proche de cet être d’exception.

Membre de la Société Théosophique, le professeur Krishna fut proche de Krishnamurti pendant plusieurs décennies. C’est de « Krishnamurti tel que je l’ai connu » dont il nous entretient, conscient que « Sa conscience était d’une toute autre dimension et nous ne pouvons véritablement la connaître tant que nous n’avons pas découvert cet état en nous-même. »

L’ouvrage propose des regards très variés. Il commence par les contacts personnels de l’auteur avec Krishnamurti. Le professeur Krishna connut une brillante carrière universitaire. Il fut notamment directeur d’études au département de physique de l’Université de Bénarès jusqu’en 1986, date à laquelle Krishnamurti lui demanda de rejoindre la Fondation Krishnamurti de l’Inde en tant que recteur du Centre éducatif de Rajghat. A maintes reprises, il côtoya Krishnamurti et travailla avec lui.

Que cela soit dans un dialogue avec trois scientifiques ou dans les multiples anecdotes relevées au fil de sa vie, Krishnamurti étonne par son attention totale à l’autre et ses modes de questionnement qui visent toujours la profondeur ou l’élévation évitant les glissements latéraux stériles.

Une partie de l’ouvrage rassemble de longs témoignages de personnalités ayant fréquenté Krishnamurti : Achyut Partwarthan, Vimala Thakar, Rhada Burnier, Mark Lee. Tous rendent compte de l’énergie singulière que transmettait Krishnamurti par son simple contact.

De nombreux points de son enseignement sont également abordés de manière synthétique, sur la question du bonheur, de la violence et de la paix, de la guérison, de la responsabilité individuelle, de la vérité, entre autres. Deux chapitres évoquent les relations de Krishnamurti avec la Théosophie et plus particulièrement avec Annie Besant. L’auteur pose également cette question essentielle : L’enseignement de Krishnamurti a-t-il un caractère pratique ?

Il semble que Krishnamurti, à maintes reprises, signale que le traitement seul des symptômes ne permet pas une restauration véritable.

« On se rend compte, souligne l’auteur, que si notre mode d’éducation n’est pas le bon, si nous ne parvenons pas à penser de manière globale, si nous ne mettons pas un terme à toutes les illusions qui encombrent nos esprits il ne nous sera jamais possible de connaître un monde qui ne soit qu’un seul monde, où règnent la fraternité universelle, la paix et l’harmonie. Tout cela restera à l’état de concepts, d’idéaux et ne deviendra jamais réalité, parce que c’est l’illusion qui nous divise. Nous ne sommes pas divisés par les faits mais par notre attachement à l’illusion. »

L’enseignement de Krishnamurti est une contribution exemplaire à la mise en œuvre des voies d’éveil mais nous y trouvons aussi les bases d’une éducation à la paix pour les décennies futures, une « éducation juste », suggère l’auteur. Krishnamurti :

« Quand vous êtes dans l’observation, que vous voyez la boue sur la route, le comportement des hommes politiques, votre propre attitude envers votre femme, vos enfants, et tout le reste, la transformation est là. Comprenez-vous ? Apporter un certain ordre dans la vie quotidienne, c’est la transformation. Il ne s’agit pas de quelque chose d’extraordinaire qui n’appartient pas à ce monde. Quand vous ne pensez pas de manière, claire, rationnelle, soyez en conscient et changez cela, détruisez-le. C’est la transformation. Si vous êtes jaloux, observez-le, ne laissez pas ce sentiment le temps de s’épanouir, changez-le immédiatement. C’est cela la transformation. Quand vous êtes avide, violent, ambitieux, quand vous essayez de devenir une sorte de saint, voyez comme cela crée un monde terriblement futile. Je ne sais pas si vous en êtes conscient. L’esprit de compétition détruit le monde. Le monde devient de plus en plus compétitif, de plus en plus agressif ; et si vous changez cela, c’est la transformation. Si vous pénétrez bien plus en profondeur dans ce problème, il vous devient clair que la pensée est la négation de l’amour. Par conséquent, il nous faut découvrir si la pensée a une fin – sans nous mettre à philosopher ou à discuter, mais le découvrir. En vérité, la transformation, c’est cela, et si vous plongez très profondément en elle alors la transformation signifie qu’il n’y a plus la moindre pensée de devenir, de comparer. C’est n’être absolument rien. »