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 De l’alchimie à la Franc-maçonnerie par Alain Queruel

Ce livre au titre prometteur est au final décevant. L’intention de l’auteur est pourtant excellente. Considérant des objectifs communs, des « parcours relativement parallèles » et des symboles partagés, Alain Queruel veut cerner les liens entre alchimie et Franc-maçonnerie. Il est vrai que l’alchimie traverse la Franc-maçonnerie parfois de manière fort discrète, parfois de manière ostensible, c’est le cas avec le rite Hérédom de Kilwinning, présenté dans le livre ou les Arcana Arcanarum de l’échelle de Naples, que l’auteur laisse, cette fois, de côté.

Après une présentation synthétique de la Franc-maçonnerie, de ses origines et des rites les plus connus, Alain Queruel tentent de présenter quelques « rudiments d’alchimie » c’est-à-dire d’en dégager les grands principes. Tout en reconnaissant l’apport de l’alchimie à la science, il rejette la valeur opérative de l’alchimie. Ignorant lui-même cette discipline, il ne saurait interpréter correctement les écrits des quelques alchimistes véritables cités, comme Geber, Cyliani ou Paracelse. Par ailleurs, il va s’appuyer parfois sur des auteurs qui eux-mêmes ne sont pas concernés ou n’y comprennent rien.

Dès lors, l’intérêt du livre ne réside plus dans son sujet mais dans le survol des influences diverses et des expressions multiples issues de l’hermétisme au sens le plus large. Sont ainsi abordés, non sans erreurs les courants illuministes, les grades de Rose-Croix, le Convent des Philalèthes, la Prague du XVIème siècle…

La plurivalence des symboles permet de faire dialoguer l’alchimie et la Franc-maçonnerie avec le risque de perdre la valeur opérative de la première pour la diluer dans une approche simplement philosophique. Cependant, Alain Queruel démontre, entre autres dans son approche du quatrième grade qu’une réelle ouverture du temple maçonnique à l’étude de l’alchimie est possible. A toutes les époques, quelques loges maçonniques ont su se consacrer à l’alchimie opérative, aujourd’hui encore.

Une partie de l’ouvrage aborde l’hypothèse d’une origine commune en s’appuyant notamment sur l’analyse des Mutus Liber. A travers les personnalités et les écrits, les interpénétrations paraissent évidentes sans permettre de conclure. L’alchimie, dans ses deux dimensions, externe et interne, est présente en Chine et Inde antiques comme en Egypte antique. Elle ne pouvait pas ne pas rencontrer un courant qui se veut initiatique, au moins à travers certains de ses membres.

Alain Queruel termine par un rappel du symbolisme des lames majeures du Tarot avant de présenter cinq personnalités « peu communes », Jacob Boehme, François Noël, Eliphas Lévi, Oswald Wirth et René Guénon. Il n’est pas anodin de terminer par René Guénon qui sera toute sa vie passé à côté de l’alchimie comme le démontre notamment sa correspondance avec Louis Cattiaux.

Le travail de l’auteur, sincère et considérable, souffre sans doute de sa volonté de trop embrasser. En mêlant des références pertinentes, on rencontre par exemple Charles d’Hooghvorst dans ces pages, à des considérations trop générales, l’auteur manque la cible, le lecteur ayant le sentiment de survoler la question initiale sans jamais développer ni vision globale ni vision particulière. La mosaïque ne prend pas forme et ne fait pas sens.