De l’alchimie végétale

Nous poursuivons ici notre investigation qui débuta lors du premier reportage sur l’intelligence végétale (avec Stéphane Douady du CNRS). Ce second volet nous place en présence d’un alchimiste réputé: Patrick Rivière et d’un distillateur passionné, Matthieu Frécon. Deux "opératifs" qui ont accepté d’évoquer leur approche du monde végétal, mais aussi leur travail concret, face à l’athanor ou à l’alambic….

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27:07
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alchimie végétaleapproche du monde végétal

Solve et coagula : dissous et coagule

Etrange coïncidence, nos deux hommes vont tout d’abord souligner l’importance du lien affectif qui doit nécessairement unir "l’investigateur alchimiste" avec la Nature. Un lien tout d’abord unilatéral d’observateur, mais qui par une sorte de magie naturelle se mue dans une réciprocité. L’empathie s’installe et donne lieu à des signes, à des synchronicités : sans critère objectif, l’alchimiste entre en résonnance avec une plante donnée. Ainsi, il s’adapte, comprend et vit au plus profond de lui aux rythmes de cette nature qui selon la triade bardique confère "un œil qui sache voir la nature, un cœur qui sache sentir la nature et une volonté qui sache suivre la nature".

alchimie asiatiqueEmmanuel Chevilliat alchimie

Chrétienté et alchimie : chute et réintégration?

L’alchimie asiatique, moyen-orientale ou occidentale sont-elles analogues en dépit de tradition culturelles et religieuses distinctes ? Cet Art qui se prétend lui-même être la "science des commencements", peut-il être influencé, coloré en fonction d’une époque et d’un lieu donné ?
Partez-donc à la suite de nos deux chercheurs dans cette quête d’absolu, cette Pierre Philosophale, qui à partir du UN (UN = un élément, et il y en a quatre : Terre, Eau, Feu, Air) migre vers le TERNAIRE (Soufre-Sel-Mercure) pour ensuite repartir du TERNAIRE et revenir au UN.
Pour l’écrire autrement et dans un phrasé moins hermétique (!) : dans cette nature, l’homme voit les choses séparées, éparses or il existerait un lien subtil entre toutes ces choses manifestées, "grossières". Ce lien subtil, appelé Lumière de la Nature, c’est ce que l’alchimiste recherche et c’est lui qui permettrait "aux choses invisibles de se révéler visibles" (Paracelse, 1493-1541).
Une démarche oh combien passionante.... mais une seule vie suffit-elle pour accomplir cette invitation au Grand-Oeuvre?
Eléments de réponses de Matthieu Frécon et Patrick Rivière, filmés ici par Emmanuel Chevilliat.

Extrait de la vidéo

L'alchimie est profondément, et essentiellement, totalement déterminée par l'esprit humain. L'alchimie est profondément, et essentiellement, totalement différente de la chimie, de la chimie classique. Alors, la preuve en est qu'en alchimie, on utilise des scories qui contiennent un soufre métallique extrêmement intéressant pour nous, chose qui sont rejetées, évidemment, habituellement par les chimistes et les métallurgistes.

C'est la science des principes, la science du début, la science des commencements. C'est une définition qui a été donnée par Eugène Canselier, le disciple de Fulcanelli, et c'est vrai qu'elle accompagne parfaitement la définition classique, habituelle, où on dit « alchimia », la terre noire d'Egypte. Le petit plus qu'on a en alchimisme dans notre société, aujourd'hui, qui est très matérialiste, c'est de considérer la vie chez tous les êtres vivants, et pas considérer des produits.

Par exemple, je cultive des roses, ce n'est pas un produit pour moi, j'ai une véritable relation avec. C'est un lien qu'on peut qualifier d'affectif, très fort. En fait, si l'on n'est pas profondément amoureux de la nature, en résonance avec les rythmes de la nature, alors on ne sera jamais un alchimiste. La démarche alchimique commence avant tout par cette histoire d'amour, finalement.

J'aime bien cette triade celtique bardique qui nous dit un œil qui sache voir la nature, un cœur qui sache sentir la nature, et une volonté qui sache suivre la nature. On dit, traditionnellement, si vous voulez faire votre premier élixir alchimique, qu'on ne va pas choisir sa plante d'une façon intellectuelle, parce que, par exemple, on a des calculs rénaux, et donc on voudrait soigner ça, on va donc choisir une plante qui va permettre ça.

Donc, au début, on va essayer de rentrer en communication, en relation avec le règne végétal. Alors, ce n'est pas quelque chose de perché, de mystique, tous les jardiniers parlent avec leurs fleurs, avec leurs plantes, c'est absolument élémentaire. On va rencontrer la plante avec laquelle on va commencer à travailler pour faire son premier élixir, c'est-à-dire un peu par hasard, et puis surtout en restant ouvert.

Si ce n'est pas une plante toxique, si ce n'est pas une plante qui est très difficile sur le plan technique à travailler avec, la relation commence. C'est important de considérer ça dès le début, de ne pas considérer qu'on travaille avec des produits et qu'on va nous, sur Homme, se développer spirituellement. On veut juste se réintégrer dans le jardin, dans le jardin d'Éden. L'alambic est un outil qui a accompagné un peu la civilisation depuis l'après-histoire.

On a le feu, le cuivre, qui est le début de la métallurgie, l'alcool, qui est une manifestation de la vie assez intense, on change d'état, liquide ou solide, gazeux, et on redevient état liquide. Le premier alambic, c'est le monde lui-même, avec l'évaporation des eaux de mer, et puis la condensation sous forme de pluie, etc., le cycle qui continue, etc. Il n'y a pas que ça, il y a aussi la distillation par capillarité, les plantes qui vont chercher l'humidité dans le sol, et qui, par capillarité, font remonter le liquide et nourrissent les alambics.

C'est ce qu'on appelle la distillation par capillarité. On peut dire que l'eau qui se trouve dans le grain de raisin est une eau distillée. On met le vin là-dedans, ou les fruits, ou les matières fermentées, on chauffe, les vapeurs d'alcool s'évaporent et vont se condenser dans le serpentin. On distille une première fois tous les alcools, tout l'alcool si vous voulez, et puis on obtient un bruit, une petite eau.

On est obligé de distiller plusieurs fois, A la deuxième distillation, on a des alcools concentrés, on peut bien enlever les têtes de distillation et les queues de distillation. Et là, c'est un savoir-faire, c'est intéressant, parce qu'en alchimie, on a oublié cette notion de savoir-faire artisanale. Les têtes contiennent plutôt du méthanol, et des alcools qui ne sont pas forcément très bons pour la santé ni au goût, et des queues, qui sont des alcools lourds, qui sont indigestes, etc., pour obtenir un bon esprit de vin.

A la reprise, on a des alcools concentrés, on peut bien enlever les têtes de distillation, qui sont des alcools lourds, qui sont indigestes, etc., pour obtenir un bon esprit de vin. A la reprise, on affine, on obtient un alcool fort, pur, qui est très bon et qui peut servir pour toutes les préparations spagyriques ou alchimiques courantes. Eau de vie, esprit de vin, ce sont des mots qui parlent. C'est des boissons, ça donne du plaisir, etc., c'est totalement profane, mais il y a des clés importantes dans la quête de l'alchimiste là-dedans.

Paracels a développé particulièrement le côté médical de l'alchimie thérapeutique et il a inventé, il a créé, il a formalisé un système thérapeutique qu'on appelle aujourd'hui la spagyrie. Il naquit en 1493 à Enzidonne et brûle en 1541, donc nous sommes vraiment avec lui dans cette période du début de la Renaissance et à ce moment-là, évidemment, le médecin qui s'accompagne de l'alchimiste donne naissance à un certain nombre d'ouvrages, un certain nombre de textes concernant justement toutes les applications thérapeutiques, donc aussi bien en passant par le végétal, le minéral que le métallique, les applications thérapeutiques de l'alchimie.

Le mot spagyrie vient de spao en grec et d'agéro en grec, qui veut dire extraire et rassembler. En fait, ce n'est qu'une application de l'aphorisme alchimique qui, lui, nous donnait, en latin, solve et coagula. Solver, donc, dissout et coagula, coagule. Le principe, c'est de séparer les différents constituants de l'être, de les purifier des aléas de l'existence, des problèmes existentiels qui ont pu survenir au cours de l'évolution et de réunir tout ça après.

Ça, c'est ce qu'on va faire en nous, c'est ce qu'on fait avec la matière. Les alchimistes, effectivement, utilisent une terminologie bien précise. Ils nous parlent des trias primas, les trois essences premières. Les trois principes étant, à savoir, le mercure, le soufre et le sel.

Ces trois principes sont à l'intérieur des quatre éléments. Les quatre éléments, désignés par les anciens, nous les connaissons tous, le feu, l'eau, l'air et la terre. Ces principes interagissent à l'intérieur de chaque élément et vont déterminer, évidemment, la structure de chaque composé que nous pouvons trouver dans la nature. Paracels nous donne la définition des trois en nous disant ce qui s'élève finalement en vapeur, c'est le mercure.

Ce qui, finalement, brûle avec une fumée manifeste, c'est le soufre. Et ce qui, en réalité, reste, qui est un alcali, c'est le sel. Il y a un principe volatile, qui est le mercure, un principe gras, qui est le soufre, et puis une structure, une structure saline, finalement, qui est extraite des cendres par l'exciviation, par l'essivage des cendres, et en fait, ceci s'appelle le sel. Et, ramené à la tripartition des anciens, ça nous donne l'esprit, égal, finalement, le mercure, l'âme du composé, c'est le soufre, et le sel, en fait, c'est la structure, c'est le squelette.

Les trois principes de l'aprel Nous sommes en train d'extraire, finalement,

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