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Jazz & Franc-maçonnerie

Ce petit livre passionnant explore une dimension inconnue de l’histoire du jazz, celle des rapports étroits des musiciens de cet art majeur avec la Franc-maçonnerie et plus particulièrement la Franc-maçonnerie américaine noire dite Prince Hall.

Le jazz, désormais patrimoine mondial de l’UNESCO, vient de fêter le centenaire de son invention en 2017. Son rayonnement ne cesse de s’intensifier malgré le mercantilisme qui empoisonne la création musicale et sa créativité demeure étonnante.

L’histoire de la naissance du jazz est mêlée à celle de la Franc-maçonnerie de Prince Hall par la question de la ségrégation. Un grand nombre des figures majeures de l’émergence du jazz fut membre de Prince Hall.

La Franc-maçonnerie américaine est divisée d’un point de vue racial. Prince Hall naquit en 1775 dans une certaine confusion de l’initiation d’une quinzaine d’esclaves noirs affranchis par un militaire blanc d’origine irlandaise. Longtemps clandestine, en raison des mécanismes violents du racisme nord-américain, la maçonnerie de Prince-Hall sera l’un des principaux moteurs de l’émancipation des noirs, suscitant nombre de créations d’écoles, hôpitaux, banques, centres culturels, associations… accueillant les membres du peuple noir. C’est une société parallèle qui va se développer pas à pas, pendant des décennies avant de pouvoir ouvrir partiellement les portes de la non-séparation. La Franc-maçonnerie de Prince Hall va offrir aux jazzmen des moyens d’exprimer leur art et dans une certaine mesure d’en vivre. Elle va aussi favoriser le rapprochement de musiciens noirs avec des musiciens blancs.

Yves Rodde-Migdal nous décrit la complexité et le dynamisme de cette relation entre jazz et Franc-maçonnerie, mettant ainsi à mal un suprématisme blanc qui tend à se réaffirmer aujourd’hui aux USA. Entre anecdotes, faits et analyses sociétales, il permet au lecteur de comprendre tout l’enjeu porté par cette musique qui a tant apporté au monde, musicalement comme socialement, et qui continuera à nourrir nos esprits. Il propose aussi de saisir le jazz non comme porteur de messages, mais comme le message lui-même, appel à la liberté et à l’inclusion de tous.

« Si on considère, conclut-il, le rôle majeur de la Franc-maçonnerie Prince Hall dans le processus créatif des musiciens de jazz, et si l’on considère par conséquence directe l’influence majeure du jazz dans le monde musical de cette fin de XIXème siècle, son essor pendant tout le XXème siècle et encore en ce début de XXIème siècle, on peut donc considérer que la Franc-maçonnerie aura contribué à la création d’un événement artistique majeur aux répercussions mondiales dans le domaine de la musique, mais également dans l’idée même de processus créatif et d’innovations allant jusqu’aux recherches poussées dans la lutherie moderne, l’harmonie, la structure du son, remettant toujours en question le travail d’hier pour améliorer celui d’aujourd’hui, et le pousser aux seules limites de la pensée humaine. »