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 René Guilhem, instituteur à Rennes-le-Château

C’est grâce au long travail du fils de René Guilhem, Henri, que ce témoignage, très intéressant et sérieux peut aujourd’hui être publié.

C’est en 1933 que, jeune instituteur, René Guilhem est nommé en poste à Rennes-le-Château. C’est à partir des récits de ses souvenirs mis sur papier que ce livre-témoignage a pu voir le jour.

Nous découvrons la vie d’un instituteur de campagne à une époque où enseigner était une mission qui faisait sens pour tous malgré la stupidité de l’administration de l’Education Nationale, une constante. Enseignant et militant pour les valeurs républicaines, c’est par Marie Dénarnaud, seize ans après la mort de l’abbé Saunière, que René Guilhem va s’intéresser à l’affaire de Rennes qui, à l’époque, n’a pas le retentissement connu aujourd’hui. Marie est sa logeuse sur la colline et c’est très naturellement que le sujet viendra dans leurs conversations alors même que l’instituteur dormait dans le lit du défunt abbé.

René Guilhem va se plaire à Rennes-le-Château et refuser d’autres postes. Il est satisfait de l’organisation pédagogique qu’il a pu mettre en place en s’appuyant sur les travaux de Freinet et il est parfaitement intégré à la vie locale. Il marie vit d’enseignant avec vie syndicale et politique. Membre du Parti Socialiste, il se sent aussi proche des communistes. Il est donc plutôt sceptique face aux mystères entourant l’abbé et ne se laisse pas embarquer par des thèses fantaisistes. Il étudie quelques documents qui prouvent les démêlés de l’abbé Saunière avec sa hiérarchie pour des questions financières. Il ne croit pas, tout comme Marie Dénarnaud à l’hypothèse du trésor et finit par conclure qu’on ne saura pas. Ce qui ne l’empêche pas de s’interroger :

« La hiérarchie catholique ne l’avait-elle pas expédié dans ce pays perdu pour cacher son jeu ? B.S. messager clandestin, d’où ses voyages à Paris et ailleurs, modeste prêtre n’inspirant aucune méfiance et servant d’intermédiaire entre les primes, les futurs notables de la future royauté est somptueusement gratifié. L’abbé est confiant. Que va-t-il faire de cet argent ? Il va bâtir… mais comme il ne peut dévoiler l’origine de sa fortune, il laisse croire qu’il a trouvé un trésor… »

Une hypothèse, plutôt rationnelle, parmi d’autres plus étranges dans cette affaire.

« L’incroyable passion collective qu’elle a suscitée, analyse-t-il lucidement, est riche d’enseignements : il est presque impossible de prédire l’avenir, l’irrationnel l’emporte sur le bon sens, l’homme a besoin de l’imaginaire, de la magie, une propagande bien engagée peut faire croire n’importe quoi, rendre vraisemblables les pires chimères, enfanter les héros, les saints et les dieux. Elle démontre la fragilité de la raison… »

C’est un beau témoignage que nous offre René Guilhem, à la fois sur la vie à Rennes-le-Château à son époque et sur le rapport de la population avec les mystères entourant l’abbé et sur la vie sociale et professionnelle d’un instituteur engagé.