Ibn Arabî, un saint atypique

Brillante figure de la spiritualité islamique, Ibn Arabî est né le 7 août 1165 à Murcie, en Espagne. Appelé aussi "Cheikh al-Akbar","le plus grand maître", il est l'auteur de 846 ouvrages. Son oeuvre mystique et prophétique aurait influencer Dante et Jean de la Croix. Dans ses poèmes, il traite de l'amour, de la passion, de la beauté et de l'absence. Sa doctrine qualifiée de "monisme existentiel" a dominé et revivifié la spiritualité soufie soulevant parfois les plus vives résistances au sein de l'Islam.

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Estimant que la variété des croyances et des doctrines religieuses constituent des limites destinées à canaliser notre soif du divin, Ibn Arabî dépasse largement les cadres de l'islam comme tout autre dogme. "J'ai eu une centaine de maîtres. J'ai profité de tous. Et tous ont profité de moi" nous dit-il. Pour Dominique Pénot, Ibn Arabî s'inscrit dans la tradition des prophètes "mohamédiens" qui tirent leurs origines dans des temps immémoriaux, rejoignant là un prophétisme universel. Il réunit là tous les "sceaux de sainteté" antérieurs et à venir. Ce qui le rend sans équivalent dans l'histoire du prophétisme.

Extrait de la vidéo

Je vais essayer aujourd'hui de vous entretenir d'un personnage qui est un petit peu exceptionnel au sein de la spiritualité islamique et de la spiritualité au cours et qui a pour nom Ibn Arabi. Ibn Arabi c'est un individu évidemment qui est connu en Occident et qu'on a essayé de présenter avant tout comme un philosophe, ce qui est une façon de le présenter qui est un petit peu restrictive. Ibn Arabi c'est d'abord un arabe andalou, on pourrait dire de l'âge d'or andalou puisqu'il est né grosso modo pendant le haut Moyen-Âge, vers l'année 560 de l'Égypte, ce qui fait à peu près on va dire la fin du XIIe siècle et c'est un personnage tout à fait hors du commun, on va voir pourquoi.

Il est né d'un père qui est militaire je pense à la cour des Almoades et il a même songé un moment dans sa jeunesse pour occuper des fonctions militaires à la suite de son père. À l'âge de 16 ans ou 17 ans ou 18, les sources ne sont pas très précises, les sources historiques, il va avoir une espèce d'illumination à la suite d'une khalwa, c'est-à-dire une période de retraite spirituelle pendant laquelle il s'isole pour méditer sur Dieu selon des modalités qui sont variables, selon les individus et selon les voies spirituelles, et il va avoir une espèce d'illumination extraordinaire où il va, en l'espace d'une année, période pendant laquelle il reste enfermé, éprouver et vérifier toutes les maqamats, toutes les stations spirituelles qui sont parcourues d'ordinaire par les hommes de la voie sur des années, voire des décennies, il va éprouver ça en une année.

Donc c'est un tout jeune homme qui sort d'une khalwa, d'une retraite, et qui va partager son temps entre des voyages, des voyages d'abord qui vont être circonscrits à l'Andalousie, puis après qui vont s'étendre au Marrakech, et à peu près au milieu de sa vie, il va se retrouver alors carrément en Machwer, c'est-à-dire au Proche-Orient, et là la série des voyages qu'il va accomplir est absolument extraordinaire, donc il va aller à Fès, il est originaire de Murci, il est né à Murci, il va aller à Séville, il va aller dans toutes les grandes villes du Marrakech, il va aller à Tunis, il va aller à Abjaïa, il va aller dans les coins les plus divers, et ce qu'il faut savoir c'est que ces voyages, le but c'est pas le plaisir de voyager, l'objectif c'est de rencontrer des personnages spirituels, sous la direction desquels il va se placer, mais alors dans un contexte très particulier, parce qu'il se place sous leur direction, pour que ces gens-là lui permettent de vérifier ce qu'il a déjà acquis, en quelque sorte.

Donc c'est extraordinaire, c'est quand il va voir tel ou tel personnage, c'est parce que tel ou tel personnage qui est un saint, est connu pour avoir réalisé telle station spirituelle, et donc il va se placer sous son égide pour la réaliser sous la direction de son maître, pour vérifier ce qu'il avait déjà connu et goûté auparavant, c'était bien, il fallait en penser en quelque sorte, et il va donc vérifier auprès de ces différents personnages qu'il va rencontrer dans le monde islamique, il va aller vérifier ce dont il a déjà connaissance, à tel point qu'il va dire, j'ai eu une centaine de maîtres, j'ai profité de tous, et tous ont profité de moi.

Donc c'est un disciple déjà absolument exceptionnel, extraordinaire, qui se place sous l'égide de maître, qu'il considère comme ses maîtres, mais dont on peut dire en même temps qu'il est leur maître, donc on voit déjà que ça, c'est pas du tout ordinaire, ni dans la topographie d'un saint musulman, ni d'un saint tout court. Et à cet égard, déjà ça le place dans une situation qui est tout à fait particulière.

Il faut savoir aussi que c'est un personnage qui est très prolixe, qui va publier, selon les bibliographes, entre 400 et 600 ouvrages, quand on imagine par exemple que sa somme spirituelle, c'est un ouvrage qui fait à peu près 4 volumes en arabe, de 700 à 800 pages chacun, mais ce sont des volumes de grand format, c'est plus que du A4, donc on imagine, ça c'est un ouvrage parmi des centaines, alors évidemment tous n'ont pas eu cette taille, mais quand on pense par exemple qu'il a une exégèse du Coran qui aurait dû faire à peu près 16 volumes qui a été perdu, on imagine la prolixité de l'auteur, d'autant que l'auteur, on l'a déjà dit, va passer sa vie en pérégrination.

Donc à 20 ans, il a décidé une fois pour toutes de renoncer définitivement au monde, il a vendu tous ses biens, il a fait le vœu devant Dieu de ne jamais rien posséder, et voilà, donc il part en quête, encore une fois, d'une confirmation de ce qui est pour lui déjà un acquis. Donc il va rencontrer tous ces saints personnages, dont il écrira une biographie dans un livre qu'il appelle le Rouh al-Quds, c'est-à-dire l'esprit de sainteté, qui correspond un petit peu à l'esprit saint dont il est parlé dans le christianisme, et dans cet ouvrage, il parlera de tous ces grands saints qu'il a connus, surtout de saints andalous et de saints maghrébins qu'il a connus, auprès desquels il voue une grande vénération et auprès desquels il est encore une fois venu réaliser, vérifier ce qu'il avait déjà plus ou moins acquis dès sa plus tendre enfance, mais dès sa jeunesse.

Le monde islamique, à l'époque, c'est un monde qui est en pleine mutation, c'est-à-dire qu'initialement, ce qu'on appelle le tasawwuf, le soufisme, qui est la spiritualité islamique, c'est une modalité de réalisation spirituelle qui s'acquiert, je dirais presque pas d'individu à individu, mais c'est tout comme, c'est-à-dire que les gens qui sont en quête de spiritualité entendent parler d'un maître qui a une renommée plus ou moins grande selon son rayonnement, et on cherche à acquérir le domaine dans lequel ce maître brille.

Alors quand je dis le domaine, qu'est-ce que ça veut dire ? Il faut savoir que dans l'islam, il y a une espèce de topographie de la spiritualité qui veut qu'il y ait des maqamat, des stations, et ces stations, en général, sont assimilées à des vertus. Par exemple, il y a la station de la confiance en Dieu, il y a la station de la faim, il y a autant de stations que de vertus, et les maîtres sont considérés comme des princes, de telle ou telle station.

Évidemment, le maître parfait, c'est celui qui a réussi à gravir toutes ces stations, à les assimiler, et qui devient de ce fait ce qu'on appelle un pôle. Pourquoi ? Parce que cette acquisition des vertus, il ne faut pas le voir sur un plan uniquement moral, bien entendu, ça suppose une morale rigoureuse, mais pour les maîtres de la voie, c'est surtout l'imitation du prophète qui est en cause, et qui est considéré par eux, et je dirais par l'islam de façon générale, l'imitation du prophète.

Le prophète est considéré comme le lieutenant de Dieu sur terre, c'est-à-dire celui qui le représente. Alors, bien entendu, cette lieutenance se conclut avec le prophète de l'islam, qui s'appelle Muhammad, mais elle est initiée par le premier des hommes, qui est Adam, et qui, dans la théologie musulmane, est considéré lui-même comme un prophète, et lui-même comme le vicaire de Dieu sur terre, donc il doit incarner, en quelque sorte, les vertus et les noms divins, surtout.

C'est-à-dire que tous les noms divins doivent être, peu ou prou, représentés par le prophète de l'époque. Évidemment, l'ultime prophète, puisque c'est le point de vue de la religion musulmane, le sceau de la prophétie, qui est Muhammad, doit incarner, au plus haut, toutes ses vertus, et tous les maîtres spirituels à sa suite doivent les incarner à leur tour. Alors, comme je l'ai dit, il y a des gens qui incarnent une vertu en particulier, une station en particulier, il y en a qui les incarnent toutes, et c'est ceux-là qui sont considérés, établement, comme les pôles, les arctabes.

Et il est clair qu'Ibn Arabi va incarner les unes derrière les autres, toutes ces mahramats, il va les vivre, il va les vérifier. Et alors, la chose beaucoup plus importante, non seulement il va les vérifier, mais il

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