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 Hiram et Bellone. Les Francs-maçons dans la Grande Guerre

Historien spécialiste de la Franc-maçonnerie, Yves Hivert-Messeca ouvre le dossier délicat de la Franc-maçonnerie et de la première guerre mondiale, 1914-1918, une guerre qui fut particulièrement meurtrière chez les Francs-maçons, à la fois par le nombre de tués et par le dépérissement des idées et principes maçonniques.

Yves Hivert-Messeca balaie d’abord quelques idées reçues ou romantiques pour approcher la réalité maçonnique du début du XXe siècle. Le courant maçonnique est toujours complexe.

Il l’était particulièrement à l’époque : « Depuis le XVIIIe siècle, les réseaux maçonniques s’étaient développés, ramifiés, complexifiés au point de constituer un système-monde. (…) Les contacts se multiplièrent tant au niveau des obédiences, des loges, que des maçons. Une véritable géopolitique doublée d’une diplomatie devint opérante dans le landerneau maçonnique mondial. La base en était l’établissement de rapports bilatéraux entre deux obédiences, parfois deux loges ou deux groupes de maçons, concrétisés par la signature d’un traité d’amitié et l’échange de garants d’amitié. (…) Tous ces réseaux pouvaient interférer, se compléter, s’articuler mais aussi s’affronter. La parole n’y circulait pas toujours, loin s’en faut. En effet, l’espace maçonnique mondialisé était court-circuité par des choix géopolitiques, des questions de régularité et de reconnaissance, des guerres picrocholines de rites et de dignitaires et/ou des options organisationnelles volontairement marginales. »

La Franc-maçonnerie fut donc balayée de tensions entre nationalisme et internationalisme, conformisme et altérité, esprit guerrier et utopie pacifiste. L’opposition entre les trois obédiences britanniques et un pôle maçonnique latin ajoutait à la complexité au moment de l’entrée en guerre.

Les Francs-maçons furent comme les autres emportés par le torrent effroyable de la Grande Guerre, tourmente politique, massacres des combats, loges dévastées, loges de militaires, loges de prisonniers, tout ceci sur la montagne des idéaux maçonniques piétinés.

Avant le début du conflit, note Yves Hivert-Messeca, « l’esprit de paix avait bonne presse même s’il ne résistait guère face au bellicisme de la société. En revanche, l’antimilitarisme y était hyper-minoritaire ». Après le début du conflit, peu de Francs-maçons persistèrent dans le refus de la guerre.

Par nature humaniste, optimiste, mélioriste, poursuit Yves Hivert-Messeca, la Franc-maçonnerie n’était guère préparée à cette hécatombe, d’autant que derrière un discours généreux et universaliste, elle était divisée en multiples chapelles souvent sans lien entre elles. On peut cependant avancer qu’une partie notable des maçons qui se voulaient d’abord des hommes de paix, même si tous ne se définissaient pas comme des pacifistes, eurent le cœur en partie brisé par le déclenchement du conflit. Beaucoup pensaient que la guerre était contraire à l’idéal humaniste qui les animait. Néanmoins, à quelques exceptions près, ils firent preuve d’un patriotisme indéfectible… »

Dès la fin de la guerre, les idéaux maçonniques furent renouveler afin de pérenniser la paix. Un échec, nous le savons. Et aujourd’hui ? L’internationale maçonnique n’est pas plus à même d’éviter les désastres de ce monde.