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Mon chemin de paix par le Mahatma Gandhi

Ce livre fut publié en Inde pour la première fois en 1971. Cette édition est enrichie d’un avant-propos d’Arun Manila Gandhi, petit-fils du Mahatma, qui poursuit son œuvre de paix par la non-violence. Il introduit le lecteur au rapport qu’entretenait Gandhi avec le religieux :

« Gandhi préférait rester fidèle à l’hindouisme car seul celui-ci autorisait la pratique religieuse universelle qu’il avait adoptée, et lui permettait d’y assimiler hymnes et prières des autres religions du monde. La plupart des autres religions organisées considéraient ce type de pratique comme un blasphème.

Ceci étant dit, il faut bien avouer qu’il existe un fossé entre la nature, ou l’essence, de l’hindouisme tel que Gandhi l’avait adopté et la religion telle qu’elle est pratiquée de nos jours. Il était fermement convaincu de l’unicité de Dieu qui est nommé et représenté de multiples façons, mais néanmoins unique. »

Nous connaissons surtout le Gandhi activiste de la paix et beaucoup moins l’éveillé qui met en œuvre le divin à travers le Satyagraha. Pour Gandhi, la transformation sociétale n’était envisageable que par une révolution spirituelle des individus.

Dans son introduction à l’ouvrage, Michael N. Nagler rappelle les trois voies de libération proposées dans la Bhagavad Gita :

« La première est jñana qui est la voie de la connaissance, elle consiste en une discrimination intuitive entre le réel et les illusions éphémères du monde phénoménal (perçu). La deuxième est bhakti, la voie de la dévotion, qui est une pratique cherchant à entrer en contact avec l’être suprême ou une divinité. La troisième est karma, la voie de l’action juste et désintéressée, où la pratique est dénuée de tout intérêt personnel et est basée sur le détachement total des fruits de ses actions. »

Michael N. Nagler ajoute qu’au siècle dernier, Sri Ramana Maharshi a incarné jñana, Sri Ramakrishna Bhakti tandis que Gandhi incarnait la troisième voie, karma. Pour Gandhi, la spiritualité se vivait davantage qu’elle ne se pensait ou s’enseignait. Il vivait au quotidien une pratique spirituelle intense. Gandhi fut un ascète engagé dans le monde.

Il y a dans les paroles de Gandhi une double dimension, l’une, ostensible, qui traite de l’apparaître, l’autre, non ostensible, qui traite du réel, de ce qui demeure, derrière le voile. La sélection de paroles de Gandhi retenues pour ce livre permet de déchirer le voile et d’approcher la dimension spirituelle interne de l’œuvre du Mahatma.

Extrait :

« Il n’y a qu’un Dieu omnipotent et omniprésent. Il porte plusieurs noms et nous l’appelons par celui qui nous est le plus familier. Chacun peut choisir le nom qui lui parle le plus. Ishwara, Allah, Khuda, ou Dieu veulent tous dire la même chose.

Dieu a des milliers de noms, ou plutôt, il n’en a aucun. Nous pouvons le vénérer ou le prier en utilisant le nom qui nous convient le mieux. Tous vénèrent le même esprit, mais de même que tout le monde n’a pas les mêmes goûts, tout le monde ne s’accorde pas sur le nom de Dieu. Chacun choisit le nom selon ce qu’il lui évoque, et puisqu’il est omniprésent, omnipotent et omniscient, il connaît nos pensées les plus intimes et nous répond en fonction de nos besoins.

Selon moi, Rama, Rahaman, Ahurmazda, Dieu ou Krishna, sont tous des tentatives de l’Homme de nommer cette force invisible… l’Homme ne peut concevoir Dieu que dans les limites de son propre esprit. Est-ce que ça compte vraiment, dès lors qu’un Homme vénère Dieu comme une personne et une autre comme une force ? Les deux sont dans la vérité en fonction de leur propre lumière. Nous devons simplement nous rappeler que Dieu est la force parmi toutes les forces. Toutes les autres forces sont matérielles. Mais Dieu est la force ou l’esprit vital, qui imprègne tout, qui englobe tout, y compris au-delà de l’entendement humain.

Daridranaryan est l’un des millions de noms que l’humanité a donné à Dieu qui est innommable et insondable par la compréhension humaine. Ce nom signifie Dieu des pauvres, le Dieu qui apparaît dans le cœur des pauvres. » Cet ouvrage, d’une grande profondeur, n’est pas seulement destiné à nous faire mieux comprendre le personnage et l’œuvre de Gandhi, il est aussi une nourriture de choix pour notre méditation.