L’astrologie de l'Inde : origines et spécificités
On évoque rarement l’Inde quand on parle d’astrologie. Pourtant, ce pays présente trois caractéristiques assez rares au regard de l’histoire de l’astrologie : premièrement, sa pratique astrologique est restée très proche de ses origines, puisque pendant plus de deux millénaires, si l’on excepte la période colonialiste britannique, l’astrologie en Inde a toujours été préservée de toute persécution.
Deuxièmement, et c’est une conséquence du point précédent, sa pratique a conservé un caractère chamanique : la composante prévisionnelle, souvent débattue en Occident, demeure fondamentale.
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Et troisièmement, l’astrologie jouit dans ce pays d’une formidable intégration sociale : plus de vingt-deux universités proposent, encore aujourd’hui, des études sur l’astrologie.
Trois exemples qui illustrent l’abîme qui sépare Orient et Occident quant au respect des sciences dites « traditionnelles »…
Nous avions abordé dans les deux volets précédents la genèse de l’astrologie en Mésopotamie, puis sa structuration en Egypte. En guise d’épilogue de cette trilogie consacrée à l’histoire de l’astrologie, Denis Labouré évoque ici la façon dont l’Inde a absorbé (ou rejeté) certaines des composantes mésopotamiennes puis gréco-égyptiennes. Précisons que les conquêtes de Darius Ier et d’Alexandre le Grand ont joué un rôle majeur dans ce métissage. Un métissage dont Denis Labouré démêlera ici les sources primaires des sources secondaires.
De l’indéfectible fidélité aux constellations observables dans le ciel (astrologie sidérale) ainsi qu’à la lune.


Il soulignera ainsi l’importance du choix que les indiens ont dû opérer au moment de conserver leur système « sidéraliste », c’est-à-dire ici basé sur la course de la Lune au sein de vingt-sept mini-constellations observables dans le ciel. Il nous rappellera aussi la prééminence qu’ils font de la Lune sur le Soleil et replacera dans son contexte la notion de « karma » ; une vision assez éloignée de la vision moderne, anthropocentrique et « très californienne » qui en a été faite depuis les années 60.
Que l’on se trouve à Bombay, à Los Angeles ou en France, depuis plus de deux mille ans, des hommes et des femmes scrutent le ciel en s’interrogeant « ce que je vois là-haut est-il signifiant ? Si oui, comment puis-je le décoder ? ». Ces questions, fondamentales selon nous, vous parlent-elles, à vous aussi ?
Extrait de la vidéo
Bonjour à tous et bienvenue pour notre troisième volet sur la trilogie de l'histoire de l'astrologie avec Denis Labouré, spécialiste en astrologie et grand passionné de théologie. Bonjour Denis. Bonjour. Alors pour vous, l'astrologie actuelle est la résultante d'une science qui a évolué dans le temps et dans l'espace en franchissant un certain nombre de frontières et en s'imprégnant de cultures qui ont façonné d'ailleurs nos civilisations.
Et donc après cette jeunesse en Mésopotamie, on a vu que certains principes se sont affinés ensuite en Égypte et aujourd'hui on s'arrête en Inde où on va le voir l'aspect divinatoire s'est développé. Donc je suis vraiment ravie de vous retrouver pour ce dernier volet de cette passionnante trilogie. Je reviens, si vous le permettez, sur un résumé succinct qui pose les bases un peu de cette astrologie et résumé donc des deux premiers volets qu'on a fait ensemble.
Donc la Mésopotamie laisse l'idée que le ciel est signifiant et qu'on peut le déconner et nous laisse certains outils notamment comme le zodiaque. Les astres montrent quelle est la volonté des dieux et quelles sont les lois qui ordonnance le monde. Parfait. C'est ça ?
C'est parfait. Et ensuite, je dirais un très succinctement, en Égypte, je dirais en Égypte grecque, on voit qu'il y a des règles et des outils qui s'établissent d'une façon assez ordonnée. Et c'est là qu'est la naissance des maisons, des aspects, des signes, des décans qui permettent une transmission structurée de cette astrologie. Donc en gros, l'Égypte c'est la structuration de l'astrologie.
Alors on pense rarement à l'Inde quand on évoque l'astrologie. On va bien sûr développer cette question tout au long de cette émission. Et la question que j'ai envie de vous poser maintenant, c'est si jamais vous aviez à résumer très brièvement l'apport fondamental de l'astrologie indienne, comment est-ce que vous le formuleriez en peu de mots, en 30 secondes par exemple ? Juste pour poser le sujet.
Alors juste en introduction à ma réponse, mais ça me permet de rebondir sur ce que vous venez de dire. Une grande différence également entre cette astrologie de langue grecque qui se structure en partie en Égypte et l'astrologie mésopotamienne, c'est que la première concerne plutôt des collectivités alors que la seconde développe les individualités. Voilà donc le premier thème retrouvé correspondant à un monsieur bien précis et non pas à une société dans son ensemble date de moins 410.
Je dis ça parce que nous allons retrouver le même phénomène en Inde où au début l'astrologie purement indienne concerne la collectivité et ensuite nous allons voir apparaître la personne. Alors je réponds maintenant à votre question plus directement. Je crois qu'il y a deux particularités très intéressantes. La première particularité, et vous l'avez mentionné, c'est que l'astrologie indienne a conservé son aspect, j'allais presque dire chamanique, c'est-à-dire divinatoire des origines.
Par exemple, au moment où l'astrologue interprète son thème, un phénomène se passe autour de lui. Nous dirions une synchronicité aujourd'hui avec le langage yongya, mais un phénomène spontané se produit. L'astrologue va en tenir compte dans son interprétation. Donc nous ne sommes pas dans une branche des sciences naturelles qui écarterait ce genre de phénomène.
Et nous y reviendrons, mais c'est dû au fait que l'astrologie, comme nous l'avons vu, n'a pu survivre en Europe que par cet aspect science naturelle qui était la condition pour que les religions successives, les monothéismes nous allons dire successifs, l'acceptent ou la tolèrent. Alors que l'Inde n'a pas eu ce problème-là et du coup nous avons une astrologie qui a un état d'esprit qui est très conforme à celui des origines.
Et puis je dirais, mais nous y reviendrons aussi, qu'elle présente une particularité pour une toute autre raison, c'est l'intégration sociale. Et il faut savoir qu'actuellement en Inde, il y a 22 universités dans lesquelles il est possible de faire un cursus en astrologie. Et si nous mettons à part trois universités en Grande-Bretagne qui permettent un master sur des sujets de ce type, c'est je crois à peu près unique actuellement.
Oui c'est très intéressant, on y reviendra. Et j'aime bien aussi cette question qu'on développera, c'est l'idée de prendre l'humain dans sa globalité, dans toutes ses composantes, vraiment de façon très très holistique. Alors Denis, est-ce que l'astrologie indienne préexistait avant même la naissance et l'arrivée de l'astrologie donc égyptienne et mésopotamienne ? Pour ça nous allons donc revenir au tout tout début de ce qui est documenté en tout cas.
Alors tout d'abord une petite précision au niveau du vocabulaire. Donc Inde ou indien, c'est donc le pays et la population, plus particulièrement une population qui se situait dans la vallée de l'Indus. Hindou, c'est une religion, donc hindouiste. C'est pour ça qu'on évite de parler d'astrologie hindoue, pas plus qu'on parle d'astrologie catholique.
Par contre on parle d'astrologie indienne, c'est le terme consacré en Inde de Jyotish, qui est le mot, ça veut dire lumière, qui représente cette forme d'astrologie. Si nous revenons aux origines les plus anciennes possibles, nous avons une première civilisation en Inde qui se situe entre 5000 et 3500, dont nous ne savons pas grand chose, mais il est possible que les Sumériens aient pour origine un déplacement de cette civilisation qui existait donc dans la vallée de l'Indus, donc une tribu aryenne de l'Inde qui serait descendue en direction de l'ouest.
Mais nous n'avons pas grande information en termes de documents. Ensuite nous avons une seconde civilisation dravidienne, alors cette civilisation-là garde une langue élutinante comme l'est le Sumérien, ce qui ne sera pas le cas des langues ultérieures de l'Inde. Je dis ça uniquement pour des contacts ou des liens éventuels avec la Mésopotamie. Que trouvons-nous en Inde ?
On regarde le ciel et là encore on cherche à en déduire la signification. Et il y a une différence avec l'attitude de la Mésopotamie. En Mésopotamie on regarde les faces de la Lune, c'est pour ça que les mois, nous l'avons vu, sont découpés en fonction des lunaisons. Le mot month en anglais, moon pour lune, month pour mois.
Donc c'est la croissance et la décroissance de la lumière de