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La régularié des Francs-maçons existe-t-elle ?

Alain Pozarnik, dont nous connaissons la qualité des travaux, s’intéresse à cette question qui empoisonne la vie maçonnique et produit de nombreux dysfonctionnements au sein de l’ordre maçonnique dans son ensemble.

« Se décréter régulier, c’est peut-être, suggère-t-il, devenir ou demeurer prisonnier, esclave de l’étroitesse d’esprit et de sentiments ordinaires de l’animal-humain. Se décréter régulier par rapport aux autres, c’est oublier le doute, le devenir de l’homme, le secret caché du dedans et du dehors. Pourtant, la transmission de l’éveil ne peut s’effectuer n’importe comment, au risque de servir l’ego plus que le spirituel.

Bien entendu, il y a une régularité initiatique : sûrement pas celle de se décréter régulier, mais davantage celle de chercher inlassablement la voie du progrès humain, de l’élargissement de sa perception et de la connaissance harmonieuse du visible autant que de l’invisible. C’est-à-dire qu’au-delà de sa vie ordinaire, l’initié se tient dans le devenir naturel de l’évolution de l’énergie créatrice principielle du cosmos à laquelle il appartient. »

L’initiation ne sépare pas, ne hiérarchise pas, deux caractéristiques de la nature de l’ego, elle inclut et libère. Dès lors, il apparaît clairement que les décrets de régularité ou d’irrégularité ne sont que le fruit de l’action du triangle archaïque pouvoir-territoire-reproduction dont l’initié doit justement s’affranchir. Alain Pozarnik identifie la dérive organisationnelle vers le profane que traversent les obédiences au cœur de la tension entre connaissance traditionnelle et tentations politiques, financières ou religieuses. Il remarque que certaines obédiences ont résisté à cette dérive pour maintenir une transmission initiatique.

Il distingue quatre caractéristiques structurelles permettant cette transmission : l’ordre qui s’édifie sur « la pratique de règles et d’ascèses, d’exercices rigoureux et non négociables » ; le procès initiatique qui met en place progressivement un nouveau paradigme ; la dimension traditionnelle qui ‘embrasse passé, présent et futur » et dépasse les oppositions dualistes ; la fraternité, « le chemin vers… ce que nous pourrons atteindre d’amour ou d’Amour avec un A majuscule. La fraternité qui deviendra peut-être amour est l’essence naturelle de la vie humaine, du devenir humain en homme accompli ».

Le procès initiatique exige une méthode initiatique. En Franc-maçonnerie, c’est le rite qui porte la fonction de maître : « Avec la forme impalpable du rite-maître, l’initié ne risque pas de se forger d’idoles humaines toujours aléatoires. Il ne peut exercer sa propension à se placer sous la dépendance d’un maître avec l’espérance de lui ressembler et de devenir un « guru » identique. Il n’est jamais demandé à un initié de ressembler à un autre initié, mais de devenir plus lui-même qu’il ne l’est actuellement. »

Le propos d’Alain Pozarnik est une contribution à la compréhension ou la saisie de l’essence de l’initiation « chemin qui nous conduit au silence de l’ego et à l’éveil de l’être ».