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Les démons de Montolieu de Claude Boudet

Nombreux parmi vous ont flâné ou fureté dans le village du livre de Montolieu. Accompagné par Claude Boudet, ils jetteront un nouveau regard sur les rues et les librairies du village. Ceux qui n’ont pas encore été séduits par le village trouveront dans ces pages une raison supplémentaire de faire le détour.

L’auteur des Mystères de Carcassonne, agrégé de philosophie et Docteur ès Lettres, aime écrire des romans policiers dont l’intrigue découle des lieux, maison après maison, rue après rue…

Miraculés ou condamnés, possédés ou initiés, anges ou démons, le trouble, le fantastique, l’inattendu hantent les pages par le télescopage des siècles :

- Que craignez-vous, mon cher ami ? dit le curé.

- Je crains, continua mon parrain, que ce ne soit le début de bien autre chose.

- Que craignez-vous donc ? insista l’Abbé Peyre.

- Je ne sais pas.

La réponse d’Albert Legrand fut à peine audible. Sœur Louise avait écouté intensément l’échange entre le curé et son bedeau. Le diacre se taisait jusqu’à présent, pourtant il était visiblement préoccupé. Madame Lenoir mourait d’envie d’intervenir, mais ne savait que dire. Les deux autres paroissiens, l’un qui présidait l’amicale Saint-André, l’autre retraitée des finances, semblaient plutôt gênés d’être là et comme perdus à l’avance dans un débat qui les dépassait.

Les gens regardaient Legrand, se regardaient entre eux, baissaient la tête. Oui ! ils en étaient bien persuadés : cette réunion se devait de réussir, elle constituait comme une dernière chance, pour des personnes sensées et croyant pourtant sincèrement en Dieu, de ne pas déraper dans la plus catastrophique des déroutes spirituelles. Il se passait des choses que l’on ne comprenait pas. Pire, aucune explication quelque peu logique ne semblait possible. L’irrationnel, encore, s’adosse à la raison. Ici, à Montolieu, on vivait l’inexplicable ! Et Legrand qui leur disait qu’il craignait autre chose !

Ce fut le diacre qui osa percer le silence planant sur le petit groupe rassemblé dans la salle à manger paisible, autour de la table.

- Quand tu dis : « autre chose », Albert, veux-tu parler d’une chose différente, nouvelle, peut-être terrible, puisque tu le crains ? Ou de quelqu’un ? Mon oncle hocha la tête, hésitant à répondre.

- Quelqu’un finit-il par prononcer comme à regret. Les autres se regardèrent de nouveau entre eux, comme pour prendre force l’un de l’autre. Le curé questionna, son gros visage rougi plus que d’habitude encore par l’émotion.

- Que voulez-vous dire, mon ami ? Celui… Mon oncle approuva, formulant à mi-voix un seul mot :

- Lui !

Le lecteur se laisse prendre dans les filets de Montolieu, ville du mystère.