Le tantrisme est-il un ésotérisme?

Fabrice Midal aborde ici le tantrisme sous l'angle ésotérique. A travers ses rencontres et son expérience, il nous livre l'enseignement qu'il a reçu sur la méditation, la poésie, la philosophie, l'imagination, redéfinissant son rapport au réel. Une plongée dans le tantrisme authentique, non borné à la sexualité.

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Extrait de la vidéo

Le tantra, d'une certaine manière, c'est l'ésotérisme du bouddhisme et on pourrait dire avec plein de précautions, mais au fond là je voudrais essayer de parler à partir de l'expérience que je peux en avoir, à partir de l'enseignement que je peux donner et pas du tout d'un point de vue ni d'historien ou de spécialiste, donc les spécialistes du bouddhisme pourraient être un peu surpris par certaines choses que je vais dire, je vais vraiment juste parler de la transmission que j'ai reçue et celle que je peux donner.

Le tantra, de ce point de vue là, oui, est l'ésotérisme du bouddhisme et on pourrait dire la manière de comprendre et d'entrer dans le monde symbolique et je vais essayer de vous dire quelque chose. Quand je suis devenu bouddhiste, il y a une vingtaine d'années, ce qui m'a le plus frappé, comme la plupart des occidentaux je pense, c'est la radicalité de la pratique de la méditation. Avec la pratique de la méditation, on me demandait de ne croire en rien, de ne m'engager nulle part, mais de juste m'asseoir et d'apprendre à travailler avec mon cœur et mon esprit, d'advenir sans cesse au présent, de revenir sans cesse au présent, de sortir des rêves, des rêveries pour faire confiance dans le réel, de cesser de rêver mais de me confronter à la vérité de la souffrance, la première noble vérité.

C'était une libération pour moi. J'en pouvais plus, j'étudiais la philosophie à la Sorbonne, je n'en pouvais plus de la dichotomie radicale entre ce que les gens disaient et leur vie. Je n'en pouvais plus de voir que les gens employaient des mots savants mais ça ne s'incarnait jamais, ça ne se manifestait jamais, ça n'amenait pas une transformation de leur être véritable. Et quand vous parlez avec les gens, quand vous voyez comment ils vivaient, il n'y avait qu'un rapport entre les grands propos et le concret de leur existence.

Donc c'était un soulagement mais frappant. Et puis, j'étais aux Etats-Unis et j'ai rencontré Allen Ginsberg qui était ce poète de la Beat Generation, très grand poète américain. Et je le rencontre parce qu'il était un étudiant de Chogam-Trumpa, que j'avais étudié avec Chogam-Trumpa. Je le rencontre et on parle de la méditation et à un moment je lui dis, il y a un truc que je ne comprends pas.

C'est pourquoi vous vous intéressez, c'était tout jeune, j'ai pratiqué depuis 4-5 ans, donc j'ai 25 ans, mais pourquoi vous vous intéressez autant à William Blake ? Est-ce que William Blake c'est l'imagination ? Est-ce que l'imagination n'est pas le contraire de la pratique de la méditation ? Est-ce que le sens du chemin spirituel n'est pas d'abandonner toutes les rêveries pour rentrer dans le réel ?

Simplement, sentir l'eau qui coule sur la main, le souffle de la respiration, le vent qui souffle, sans arrêt revenir au présent. Est-ce que c'est pas ça le bouddhisme ? Est-ce que c'est pas ça la méditation ? Est-ce que c'est pas ça qui va nous libérer d'un intellectualisme mort ?

Et là Ginsberg m'a regardé et m'a donné une immense leçon. Il essayait de me montrer que l'imagination, c'est pas du tout ce que je croyais. Qu'il y a une dimension de l'imagination absolument qui ouvre un rapport réel au monde. Et qu'au fond ma critique de l'imagination voulait restreindre incroyablement le réel.

Alors j'ai mis longtemps à réussir à comprendre ce qu'il voulait dire, évidemment parce que moi j'étais pris, je savais pas, mais j'étais pris comme tout le monde par la philosophie occidentale. La philosophie occidentale, elle nous a appris que l'imagination c'est la folie du logis, qu'il y a deux manières d'avoir rapport à quelque chose. Le chien, je peux le percevoir avec mes sens, mais ça c'est un peu trompeur parce que je risque de confondre, je risque de penser que le petit chiot est pareil qu'un chat parce qu'ils ont la même taille et de pas comprendre que le petit chiot est un chien comme le saint Bernard.

Parce que sensiblement il y a plus de lien entre le petit chiot et le chat qu'entre le petit chiot et le grand saint Bernard. Mais si j'arrive à voir avec le concept, j'arriverai à voir que dans les deux cas ce sont un chien ou pour reprendre Spinoza, un animal aboyant. Donc en concevant, j'ai un rapport plus clair à ce qui est, par la perception. Mais l'imagination, l'occident philosophique s'en est très vite méfié.

Donc je croyais que j'étais bouddhiste et que je suivais la voie du Bouddha et en fait j'étais prisonnier de la philosophie malgré moi. J'ai remarqué souvent les occidentaux qui se tournent vers le bouddhisme, mais comme au fond n'importe quelle tradition, ont l'impression d'entrer dans cette tradition mais au fond ils sont toujours prisonniers de la philosophie, alors dépend, la philosophie ça peut être bien si on en a conscience mais quand ça se dépend c'est un peu embêtant.

Donc il y a eu le première indication d'Allen Ginsberg et puis au fur et à mesure, moi je appartenais à une liée tantrique, j'ai commencé à me rendre compte que ce qu'on voulait nous montrer, une sorte de conjointure, je reviendrai après sur ce mot conjointure, une conjointure symbolique qui nous mettait dans un rapport au monde autre que celui habituel et peu à peu se dégageait que l'imagination n'était non pas une invention fantaisiste mais pouvait être une manière de voir plus clairement la résonance du monde.

Alors maintenant, en découvrant plus avant le bouddhisme, je vais essayer d'en faire un exposé à partir du bouddhisme. Dans le bouddhisme, on considère que la réalité, comme au fond là on voit que le bouddhisme est une voie purement traditionnelle dans cette voie là, est étroite. On pourrait dire que le monde traditionnel est un monde en trois, là où le monde non traditionnel est un monde dualiste en deux.

Notre monde aujourd'hui, ça c'est vraiment un très très grand problème tant à penser qu'il y a d'un côté le matériel et de l'autre le spirituel. C'est une catastrophe. Il faut vraiment dire que c'est une catastrophe parce qu'on ferait quitter le monde de la matière pour s'élever dans le spirituel. On comprend que les gens n'ont pas envie de s'élever dans le spirituel, il y a quelque chose là de malvenu.

Un monde traditionnel, c'est un monde en trois dans lequel le corps se spiritualise et l'esprit se corporeifie et c'est un jeu entre les trois. Alors dans le bouddhisme, voilà comment ça se passe. Vous avez d'abord le dharmakaya, vous avez d'abord, kaya, corps, mais au sens très ouvert, corps, dimension. Donc d'abord vous avez la dimension de l'espace primordial, le A primordial, l'instant d'avant l'instant, le moment avant toute saisie, le silence avant le silence et avant la parole, la dimension inconnaissable, mais qui est à portée de main.

Là c'est typiquement un bouddhiste qui parle parce que moi je le montre tout de suite. Ce qui compte c'est comment on fait l'épreuve, tout de suite là. Alors dans le bouddhisme on dit, on a un lien avec le dharmakaya quand on éternue, au moment de l'orgasme, quand on s'endort, quand on s'évanouit, le moment où on lâche quelque

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