5 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
Le tombeau des ducs de Bretagne et son symbolisme

Cet essai traite du symbolisme du tombeau de François II, dernier duc de Bretagne et de seconde épouse, Marguerite de Foix. Connu aussi sous le nom de « tombeau des Carmes » quand il était dans l’église des Carmes de Nantes, réalisé par le sculpteur Michel Colomb entre 1502 et 1507. Ce tombeau remarquable marque la période transitoire entre tradition gothique finissante et Renaissance. Très vite connu comme un chef d’œuvre de l’art sculptural, il intéressa également pour son symbolisme et sa dimension hermétiste.

Il n’est pas rare que des tombeaux, à la demande du commanditaire ou à l’initiative du sculpteur, se révèlent de véritables livres d’alchimie par leur symbolisme. Certains spécialistes voient dans ce chef d’œuvre de la sculpture française l’influence de Jean Perréal qui ramena d’Italie nombre d’idées nouvelles. Pour Thomas Grison, si la symbolique du tombeau autorise des interprétations variées selon le domaine choisi comme contexte, c’est dans le contexte particulier de l’alchimie que fut conçu le tombeau qui « célèbre les noces métalliques, et combien chrétiennes, du duc et de la duchesse, tels que ces derniers renvoient à l’évidence à l’union des deux principes « mâle » et « femelle » représentés par le Roi (le Soufre) et la Reine (le Mercure) : placée à la fois sous le signe de l’union et, par voie de conséquence, de cette loi de l’Amour dont témoigne les évangiles, l’image du couple sculpté dans la pierre par Michel Colombe semble clairement bâtie, comme nous allons tâcher de le montrer sur le modèle d’un Christ unificateur, totalisant et androgyne… »

L’une des spécificités du tombeau réside dans les quatre Vertus présentes aux quatre angles du tombeau, la Tempérance, la Force, la Justice, la Prudence dont l’auteur détaille le symbolisme avant de développer le quaternaire singulier qu’elles forment représentant les quatre essences divines issues de l’Un immuable.

Thomas Grison approche ensuite le symbolisme des arabesques, souvent ignoré, avant de présenter celui, plus classique, des douze apôtres et des angelots ou celui, plus politique, du lion et du lévrier, avant de revenir sur le sens de ces gisants qui, malgré leur position couchée, évoquent l’axialité à laquelle conduit l’alchimie. « Dans une interprétation qui laisse ainsi libre cours à l’alchimie, le tombeau de François II et de Marguerite de Foix, suggère l’auteur, semble en définitive annoncer une glorification, ou une transfiguration, qui passe en premier lieu par l’union des principes « mâle » (Soufre) et « femelle » (Mercure) qui ne sont autres que ce duc et cette duchesse en lesquels nous retrouvons les figures de l’Epoux (Sponsus) et de l’Epouse (Sponsa) tels qu’ils apparaissent dans le Cantique des cantiques. (…)

Tout ceci doit nous permettre de comprendre que la relation Epoux-Epouse se joue ici sur deux niveaux bien distincts qui, loin de s’exclure l’un l’autre, nous paraissent bien au contraire entièrement complémentaires l’un vis-à-vis de l’autre. Si en effet, d’un point de vue qui nous paraît relever de l’horizontalité, cette relation se propose de passer de la dualité à l’unité en réunissant les principes « mâle » et « femelle » tels qu’ils sont associés au Soufre et au Mercure, du point de vue de la verticalité, c’est cette fois la relation entre l’homme et Dieu qu’il est question d’explorer.

A travers la relation Epoux-Epouse, nous retrouvons ainsi en quelque sorte, les deux axes d’une croix dont il faut comprendre qu’elle relève d’un symbolisme qui va bien au-delà de la souffrance et du martyre de Jésus. (…) Cette médiation entre le haut et le bas et entre la gauche et la droite n’est possible que grâce à l’Amour, car c’est par l’Amour et par lui seul que pourra à nouveau s’accomplir cette Unité perdue dont nous avons parlé précédemment. »

L’ouvrage, qui invite le lecteur à découvrir une œuvre somptueuse, propose aussi d’approcher le langage particulier de l’alchimie tel qu’il s’inscrit dans la statuaire de son époque.