L'origine, le sens et les manifestations du sacré

Remontant le temps, Danielle Hani-Marai détaille les rouages qui ont constitué la trame de la longue progression de l'homme vers le sacré et la spiritualité - en tant que véritable saut qualitatif de la conscience. En s'appuyant sur les travaux de Mircea Eliade, Roger Caillois, Jean Servier et bien d'autres, elle relate ainsi la naissance et l'évolution de l'homo religiosus, depuis l'irruption de la notion de sacré dans la pensée humaine jusqu'à la mise en place de systèmes de croyances religieuses et l'élaboration de nouveaux schémas organisationnels sociétaux.

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Renouant avec la pensée symbolique, elle nous entraîne au coeur des civilisations traditionnelles exprimant une vision du monde harmonieuse où l'organisation spacio-temporelle permettait à l'homme de se situer face à un environnement où les forces cosmo-telluriques étaient intégrées au quotidien.

Elle poursuit avec les manifestations du sacré que sont les mythes fondateurs et cosmogoniques, reflets de la volonté divine.

Extrait de la vidéo

Bonjour, je suis très heureuse de passer ce moment avec vous sur un sujet qui me tient très à cœur. Curieusement, je vais démarrer par quelque chose qui va vous surprendre certainement, et qui a priori n'aurait peut-être pas un lien direct avec ce vaste concept. Mais malgré tout, vous allez comprendre où je veux en venir. Il s'agit en fait de comprendre comment des chercheurs ont pu se pencher sur ce sujet, ont pu le mettre en exergue.

Et ce, c'est grâce à la vise expansionniste des Européens, quand ils ont simplement colonisé à partir de peu près du milieu du XIXe siècle, qui va favoriser énormément les voyages de certains savants, mais aussi des aventuriers de l'esprit, qui vont aller se pencher, si je puis dire, observer de près, quelques tribus, quelques civilisations qui étaient pour lui et pour nous encore très très éloignées.

Alors, de fait, ils ont pu de ça observer des modes de vie complètement différents, socioculturels, mais également des croyances religieuses importantes, et ils ont pu en ramener évidemment des études extrêmement importantes qui ont été publiées en général à partir effectivement des années 1880. Un autre phénomène aussi qui a amené, si je puis dire, l'émergence de ces nouvelles disciplines que sont les sciences humaines, l'anthropologie, l'ethnologie, la paléontologie et l'étude comparée des religions, ça va être bien entendu les grandes fouilles archéologiques de cette même période que vont favoriser les gouvernements européens, et qui vont même financer pour des questions de prestige, mais qui vont amener des découvertes exceptionnelles au Proche-Orient.

De fait, ces fouilles vont bien sûr aussi révéler l'existence de croyances religieuses et même de religions déjà extrêmement établies et élaborées. C'est de toutes ces démarches, en fait, novatrices, qu'émergeront donc ces études, et puis d'autre part, qui vont inspirer, alors ceux qui n'ont pas eu la chance peut-être d'aller sur place, mais qui vont jusqu'à nos jours, quelque part, travailler sur tous ces sujets, sur l'histoire des religions, puisqu'on va voir que le sacré est évidemment intimement lié au fait religieux.

Je voulais quand même rendre hommage à ces précurseurs importants qui ont donc marqué l'émergence de ce concept. Dans ces différentes, justement, conceptions du sacré, puisqu'au départ, il faut essayer un petit peu de cerner comment certains savants, certains chercheurs ont pu le faire comprendre au public, quelle vision ils en ont eue. On peut peut-être discerner à peu près deux formes de vision. D'une part, un côté plus sociologique, je dirais, comme Émile Durkheim ou Marcel Mauss, qui vont, eux, considérer que c'est la société seule qui est capable d'éveiller la sensation du divin et qui refuse d'envisager une conception surnaturelle de la religion.

Pour eux, le sacré se résume à un concept un peu sociologique capable d'unifier le champ de la religion ou alors le sacré, la manifestation symbolique d'un domaine erratique dont on ne pourrait ni dessiner les limites ni le contenu. Moi, j'avoue que je ne suis pas tellement dans cette lignée-là. Je vais plus m'inscrire dans des postulats que vont définir mieux Rudolf Otto, par exemple, pour indire sa Eliade, qui est d'ordre plus philosophique, voire même d'ordre plus spirituel.

Dans les origines du sacré, en suivant le fil directeur de ces deux personnalités que je viens de citer, qui ont été chacun, on le sait, des grands maîtres à penser du XXe siècle, dans la pensée religieuse, on peut considérer que, et en prenant en compte, et ça je veux faire aussi une parenthèse, une vision linéaire de l'histoire. Il est certain que tout ce que je vais dire s'inscrit dans une vision dite historique.

J'aurai l'occasion de faire une parenthèse tout à l'heure sur René Guénon et la vision cyclique, mais là pour l'instant, dans l'énoncé des faits, je suis obligée de suivre quelque part, tout en considérant que c'est un décor très neutre, mais une trace historique, à savoir depuis la préhistoire jusqu'à maintenant, donc l'évolution du sacré. Ces savants en question que je viens d'évoquer ont situé la mutation de l'homo sapiens sapiens pour repartir un petit peu au début de l'origine du concept du sacré, l'homo religiosus, qui était un terme très cher à Mircea Eliade, au paléolithique supérieur, dont je considère à peu près 40 000 ans, 30 000 ans, pour les données historiques que nous possédons.

De là, cette expression d'une première pensée religieuse va s'exprimer et va créer surtout une véritable révolution socioculturelle, en tous les cas c'est ce qu'on dirait maintenant, voire spirituelle bien sûr, et démontrer à travers ça que, en fait, certains actes particulièrement, dont pour le coup on a l'épreuve matérielle, que j'évoquerai d'ailleurs bien sûr plus tard, on va effectivement considérer que ces hommes vont être capables enfin de dépasser le plan peut-être de la survie, qui était très obsessionnel jusque-là, pour se relier à un monde invisible qu'il va appréhender comme une réalité, une réalité qui va même être extrêmement importante, qui va prendre même le pas sur la réalité visible qui l'entourait jusque-là.

Cette étape significative va enclencher un nouveau processus dans le mode vraiment de la pensée humaine, qui s'ouvre à une nouvelle dimension, à un point tel qu'elle va devenir carrément le mysticisme de son âme, un mysticisme futur qu'on envisagera à travers les religions. Cette pensée primitive, donc à caractère religieux déjà, que certains sociologues, dans une approche un peu plus philosophique, comme Lucien Lilibrule, va considérer comme très logique.

Et puis elle va se caractériser pour lui par la croyance dans un monde double, à savoir un monde visible et naturel, et bien sûr un monde invisible et surnaturel, qui implique qu'à partir de cette prise de conscience, l'homme tribal va éprouver un véritable sentiment permanent de contact avec le monde des esprits et qu'il reflètera dans son comportement bientôt au quotidien. Pour illustrer d'ailleurs cette affirmation, cette nouvelle vision des choses, on peut évoquer un propos qui était tenu, et que je trouve d'ailleurs très poétique et très joli, qui a été rapporté dans les voyages d'un ethnologue-explorateur danois, Knud Rasmussen, au début du XXe, et qui lui avait tenu un eskimo, et qui disait « Nous considérons l'âme comme la chose la plus importante et la plus mystérieuse de toutes, ajoutant qu'il n'y avait pas d'homme si engourni par les rigueurs du climat ou par même vraiment l'obsession, je dirais, et les nécessités de la survie, qu'il n'avait conscience d'avoir enlevé un autre invisible, plus réel que ses mains de chasseurs et plus précieux que ses vêtements de peau.

» Je trouve ça assez joli, et ça ajoute bien, ça apporte bien en fait à ce que je viens de dire. Donc ce pressentiment, parce qu'on peut considérer que c'est un peu cela, et qu'on peut le caractériser comme ça, ce pressentiment qu'il y avait quelque chose d'intangible en fait, résident au fond de chacun, et qui anime non seulement l'ensemble de ce qui entoure, mais aussi qui le dépasse, vont faire croire à ces hommes qu'il y a un élément immatériel qui donc survit un peu au corps physique, après en particulier sa disparition, et même qui peut revenir perturber les vivants.

Ça, ça va être très important, parce que cette conviction intime va influencer la vie comportementale des premiers clans, et induire en fait les premiers rituels funéraires bien sûr, une espèce de respect qui va s'instaurer quand évidemment une des personnes décédera, et on verra évidemment par la suite comment ça se manifestera. Il faudra en tous les cas l'apaiser, alors on va procéder donc éventuellement à des rites, et à quelques sacrifices.

Autre facteur déterminant qui va également peut-être intervenir dans ces périodes, même si celles-ci sont indéterminées, et qu'elles le resteront encore longtemps, c'est sûr, c'est le fait qu'ils vont être fascinés par les forces et les phénomènes incompréhensibles que la nature génère. Toutes ces manifestations, tous ces phénomènes extrêmement choquants, des fois stressants certainement, perturbants, ces orages, la foudre, que sais-je, les éruptions volcaniques peuvent en faire bien sûr partie, ils vont assez rapidement quand même l'interpréter, si je puis dire profiter dessus quelque chose, dans leur conscience, ce niveau de conscience qu'ils ont réussi à acquérir, ils vont faire en sorte qu'ils vont lui attribuer une espèce de valeur surnaturelle,

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