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Les débuts de la Franc-maçonnerie française, de la Grande Loge au Grand Orient 1688-1793

Le nouveau titre de la collection d’études historiques, très rigoureuse, dirigée par Roger Dachez, dans le sillage de la revue maçonnique Renaissance Traditionnelle est consacré aux débuts de la Franc-Maçonnerie française, au passage d’un projet stuartiste à une nouvelle ambition sociétale.

Daniel Kerjan rend compte, presque pas à pas, en s’appuyant avec précision sur les documents d’époque de la naissance du Grand Orient de France qui aurait dû s’appeler Grande Loge nationale de France (sans lien avec la GLNF que nous connaissons aujourd’hui) selon son appellation originelle. Ce qui frappera le lecteur dans cette aventure historique sera sans doute la grande diversité d’approche et d’expression de la Franc-Maçonnerie française au XVIIIème siècle, diversité qui nourrit toujours aujourd’hui un besoin d’affirmer l’universalisme du mouvement maçonnique à travers quelques principes et valeurs.

L’avant-propos commence par une énormité qu’il nous faut citer : « La franc-maçonnerie est une institution spécifique, en ce sens qu’il s’agit d’une institution initiatique. C’est du reste aujourd’hui la seule structure de ce type active en Occident. ». Il faut avoir une grande ignorance de la scène initiatique européenne pour avancer ce type d’argument étant donné la grande variété des structures initiatiques en Europe, qu’elles soient externes, semi-internes ou internes.

Daniel Kerjan définit de manière très intéressante le processus initiatique en ritèmes : « les ritèmes préliminaires : rencontre avec un initié, évaluation, approbation (…) ritèmes préparatoires : séparation et désorganisation (…) un ritème de transition destiné à séparer le candidat du monde profane, consistant à lui faire franchir un passage, réel ou supposé (…) ritèmes de précaution, en confirmant sa volonté d’entrer dans la structure et en s’engageant par serment (…) ritèmes d’agrégation, destinés à tester la solidité psychologique du candidat (…) ritèmes de probation, où l’on teste la sincérité du récipiendaire (…) ritèmes d’intégration dont le principal est le dévoilement (…) un ritème d’échange (…) un ritème de reconnaissance solennelle du nouvel « apprenti » par l’ensemble des membres de la loge. »

L’ouvrage suit la chronologie des événements regroupés en deux grandes parties : « Avant le Grand Orient de France » et « L’institution de la nature ». Ce second intitulé fait référence à un incident daté de 1786 qui a vu un Franc-maçon algérien se voir refuser l’entrée du temple d’une Loge qu’il visitait. Le rappel aux principes d’humanité, de tolérance, de fraternité, de secours mutuel que tous les maçons doivent affirmer à donner ce concept de l’Ordre maçonnique comme « Institution de la Nature » effaçant toutes les discriminations, un concept toujours loin d’être intégré dans l’institution en ce début de millénaire.

La première partie traite des débuts de l’Ordre en France (1688-1744) notamment de la récupération de la Franc-maçonnerie stuartiste par les hanovriens et de la réappropriation de la Franc-maçonnerie andersonienne, de la chute de la maison Stuart et de l’émergence de la tiers maçonnerie parisienne (1744-1759) et des années difficiles traversées par la Grande Loge de France (1760-1771).

La seconde partie commence par les débuts heurtés du Grand Orient de France (1771-1774) puis du succès du Grand-Orient de France et de l’échec de la Grande Loge (1774-1789), avant d’aborder la construction du temple c’est-à-dire, les règles, les mécanismes qui se mirent en place peu à peu dans et par l’expérience des loges. Cette partie se termine par l’analyse de la période révolutionnaire si complexe (1789-1793).

L’auteur rejoint Robert Amadou en écartant définitivement l’idée d’une Franc-maçonnerie organisatrice de la Révolution mais l’apport du Grand Orient de France à la démocratie est certain.

Collection Renaissance Traditionnelle
Editions Dervywww.dervy-medicis.fr