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- le XVIIIème siècle, par Yves Hivert-Messeca. Yves Hivert-Messeca entreprend ici une œuvre unique et nécessaire rendant compte de l’histoire et de l’évolution de la Franc-Maçonnerie et des Franc-maçonneries en Europe depuis le XVIIIème siècle. Le premier des quatre tomes annoncés est consacré au XVIIIème siècle maçonnique, particulièrement riche.

La complexité de l’histoire maçonnique, traversée par les grands bouleversements de l’Europe comme par les secrètes mutations européennes, rendait nécessaire un tel travail afin d’observer, à distance, le déploiement étonnant de la Franc-maçonnerie dans une Europe chrétienne. Il interroge ainsi les spécificités et les singularités locales qui conduisirent la Franc-maçonnerie au kaléidoscope quasi-insaisissable que nous connaissons aujourd’hui.
Née principalement en Ecosse et en Irlande, organisée par l’Angleterre, la Franc-maçonnerie connait rapidement une extension dans toute l’Europe, créant des espaces préservés de pensée et de liberté. Après avoir présenté « l’invention de la Franc-maçonnerie spéculative, « une forme de sociabilité typiquement insulaire », l’auteur s’intéresse au franchissement de la Manche par une maçonnerie qui n’est pas encore une institution. C’est dans la décennie 1750-1760 que l’on observe un essor numérique et une transformation globale à travers un projet universel et utopique qui n’empêcha pas la polymorphie maçonnique et les singularités nationales voire nationalistes. Si l’espace maçonnique n’échappe pas aux préjugés de son époque, c’est aussi un lieu où ils sont interrogés. Cette dialectique entre universalité et altérité compose la symphonie maçonnique.

Yves Hivert-Messeca conclut ainsi ce premier tome érudit, rigoureux, lucide et passionnant :

« Même si la franc-maçonnerie apporta son parfum, sa palette, son esprit au XVIIIème siècle, elle ne fit pas le siècle. On peut dire que l’Art royal fut d’abord le produit de son siècle. La franc-maçonnerie fut consubstantiellement du siècle, des Lumières et de l’illuminisme, rationaliste et mystique, conformiste et novatrice, aristocrate et bourgeoise, porteuse de grandes espérances et microcosme de petites ambitions. La loge fut un espace de rencontres et d’échanges matériels et culturels, mais la franc-maçonnerie participait, et participe encore, des relations interpersonnelles. L’Art royal constitua ainsi une communauté plus ou moins homogène, somme relative et partielle de trajectoires individuelles, d’appartenances sociales diverses et de fors intérieurs, traversée, transformée, travaillée par les forces profondes et les courants légers qui parcourent la société globale. Cependant, il ne faudrait surtout pas négliger le rôle politique, culturel, scientifique, social et/ou économique des milliers d’aristocrates, clercs, bourgeois, politiques, militaires, intellectuels, artistes, négociants ou employés, qui manièrent la truelle. Au XVIIIème siècle, et sans doute plus tard, la franc-maçonnerie fut à la fois un lieu d’expression, un point d’observation et un miroir des structures et des pratiques de la sociabilité élitaire. Fille de son siècle et amante de son temps, le XVIIIème fut son âge d’or. »

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

source:
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