Astrologie et psychologie: les mythes sidéraux
Présumée irrationnelle parce qu'inaccessible aux instruments d'observation humains, l'astrologie ne relève pas du physique ou du mental, mais de leur souche commune qui est "derrière nos yeux" comme l’écrivait Paracelse.
Depuis la plus haute antiquité, l'homme scrutant le ciel a édifié, en mode mythologique, ce monument fondamental de la connaissance. A travers l'épopée des douze signes du zodiaque et des planètes, il s'est agrandit au cosmos et le cosmos s'est condensé en lui.
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Cette consubstantialité entre microcosme et macrocosme représente une sorte de substrat ancestral de l'âme collective, la racine psychique de l'être inconscient.
La conscience astrologique n'est donc pas née uniquement de l'observation des astres mais aussi d'une expérience au sens large, extérieure-intérieure, psychique et cognitive. L'attribution d'une certaine signification aux corps célestes et leur transformation d'objets en images symboliques représente, d'un point de vue psychologique, "l'une des plus grandioses tentatives, jamais osées par l'esprit humain, celle donner une représentation globale du monde", selon la définition d’ Ernst Cassirer.


Entre mythologie, philosophie et psychologie jungienne, Marie-Laure Colonna, analyste, et Gilles Verrier, astrologue, vont approfondir cet art, cette sagesse, qui depuis l'aube des temps met en relation le ciel à la psyché.


Une rencontre de 53 min. animée par Michel Cazenave et filmée au Forum 104.
Extrait de la vidéo
Pour parler de l'astrologie aujourd'hui, savoir ce qu'elle peut vouloir dire dans notre monde contemporain, nous avons avec nous Marie-Laure Colonna, qui est psychanalyste de l'école de Huygen, membre didacticien de la Société Française de Psychologie Analytique, et Gilles Verrier, qui lui-même est un astrologue confirmé, qui je crois pratique l'astrologie depuis maintenant très très longtemps, d'abord en contact tout au moins avec l'œuvre d'André Barbeau, puis ensuite dans le courant de ce qu'il est convenu d'appeler l'astrologie humaniste.
Alors la première question que j'ai envie de vous poser, parce qu'on sait très bien que c'est un problème qui se pose toujours aujourd'hui, c'est qu'en est-il des rapports de l'astrologie avec la science ? Et si je dis cela, c'est parce qu'on voit beaucoup d'astrologues qui disent encore aujourd'hui nous sommes des scientifiques, sous-entendu nous sommes des scientifiques comme les physiciens sont des scientifiques.
Alors il me semble que c'est quelque chose quand même qui aurait besoin d'être un peu tiré au clair. Gilles Verrier. Pour moi non, c'est pas du tout une science l'astrologie, je dirais si on doit la définir rapidement c'est plutôt un art, c'est-à-dire c'est dit comme ça quand on regarde la définition dans les dictionnaires, on dit art de prédire, il faudrait revenir après sur ce mot prédire ou qu'est-ce que ça peut être en plus de ça, mais on voit très bien que de toute façon pour essayer de démontrer l'astrologie par la science, les scientifiques ont des tas d'arguments qui sont de toute façon tout à fait pertinents pour démontrer que disons l'astrologie telle qu'on la pratique n'a pas de réalité scientifique par rapport simplement au décalage à la précession des équinoxes qui était le grand débat parmi les astrologues et que certains d'ailleurs pratiquent une astrologie qui est dite sidérale par rapport à d'autres qui pratiquent une astrologie tropicale, donc déjà il y a déjà ce débat-là, et puis ensuite je crois qu'au niveau scientifique le point faible des astrologues c'est le système de domification, parce que tous les scientifiques ont mis en défaut un petit peu la démarche astrologique, disons qui veut prouver quelque chose scientifiquement par rapport au système de domification qu'on utilise, actuellement il y a à peu près 13 ou 14 systèmes de domification qu'utilisent les astrologues, chacun défendant un petit peu son point de vue et sa façon d'envisager la domification, mais je crois qu'en fait on ne peut pas raisonnablement justifier l'astrologie aujourd'hui par une démarche scientifique, c'est plutôt une démarche je dirais plutôt symbolique, c'est une démarche artistique parce que moi j'aime bien ce mot-là parce que c'est aussi une façon de regarder le ciel, et puis de regarder en fait que quand on reprend la démarche de l'astrologue des temps passés qui était à la fois astronome, certes il pouvait regarder le ciel mais il le regardait d'une autre façon que simplement le regardait l'astronome, donc il y a aussi un autre argument je crois qui est important qui a été amené par Jung qui évoquait qu'effectivement l'astrologie depuis Hipparche d'Alexandrie, on sait très bien qu'avec le décalage et la précession des équinoxes, il y a ce décalage entre les signes et les constellations donc c'est plutôt un système symbolique, un système scientifique, je crois que de ce fait pour beaucoup certains astrologues ont voulu essayer de prouver la démarche scientifique de l'astrologie, c'est tous les travaux d'ailleurs de Suzelle Fus-au-Breche mais qui était dans une démarche elle plutôt statistique, et donc il y a des choses qui ont été prouvées statistiquement, elle a repris d'ailleurs dans ce sens les travaux Michel Gauclin, mais pour moi je ne pense pas qu'on puisse aujourd'hui aller dans cette voie-là et essayer de faire reconnaître l'astrologie par les scientifiques.
Mais est-ce qu'il n'y a pas plusieurs confusions qui se sont établies, d'une part le fait que jusqu'à Kepler, en gros, astrologie et astronomie c'était la même chose, même si ensuite elles ont divergé, et apparemment cette divergence n'est pas tellement admise par certains astrologues, et d'autre part est-ce qu'il n'y a pas l'idée que justement on essaie de prouver l'astrologie par des moyens statistiques, et je me rappelle c'était la critique de quelqu'un comme Sherpak, disant que ce n'est pas parce qu'on fait appel à une discipline scientifique que ça rend, soit qu'on l'applique, scientifique soi-même.
Oui c'est certain, moi je pense que c'est beaucoup plus une démarche je crois qui s'intéresse aux phénomènes humains, et je crois que ça parle de l'homme, ça parle de l'homme, ça parle des angoisses millénaires de l'homme, je dirais, et qu'au fond, quand les hommes ont vu des constellations, ont regardé le ciel, ils y ont inventé, on pourrait dire ils y ont projeté, ils y ont projeté leurs propres angoisses, ils y ont projeté leurs propres attentes, ils y ont projeté tout ça, donc c'est d'abord avant tout, je pense, un outil aussi projectif qui est très intéressant, parce qu'on voit bien quand on va regarder un lion, aujourd'hui, on ne pourrait pas voir forcément un lion, on peut voir un lion si on veut dans la constellation du lion, on pouvait voir le cancer, on pouvait voir tout ça, donc ça parle beaucoup plus, si vous voulez, d'un cycle d'aventure humaine, parce que tel que le Zodiac existe aujourd'hui, on peut dire que ça remonte à peu près à deux siècles avant notre ère, et donc c'est beaucoup plus une aventure, une épopée de différents types de héros, de différentes, alors certains ont fait un rapport avec les travaux d'Hercule, d'autres ont fait des rapports avec différents épisodes de la mythologie, mais je crois qu'effectivement, c'est beaucoup plus un outil, un outil projectif qui fait sens, il y a du sens à trouver derrière chaque symbole astrologique, je dirais qu'en utilisant les signes, les planètes, mais de vouloir à tout prix aller dans une démarche scientifique, je pense que c'est une erreur.
Alors Marie-Hélère Colonel, dans ce que disait Gilles Vernier, j'ai bien entendu les mots d'humains, j'ai bien entendu le mot de projection, en même temps le mot de symbole, alors je pense que vous, en tant que psychanalyste jouguienne, cela vous parle, et je sais que vous-même, vous avez une certaine pratique, disons, de l'astrologie, vous avez un certain rapport avec l'astrologie, et j'aimerais bien comprendre, alors en quoi précisément, du point de vue humain, cela vous intéresse ?
Déjà, moi je suis tombée dans l'astrologie en étant petite, quand, bien avant d'être analyste, j'ai commencé à pratiquer l'astrologie, quand j'avais 20 ans, et comme Gilles, à travers un certain nombre d'écoles, qui d'ailleurs se liaient de plus en plus à la psychologie, au sens qui reliait ces symboles traditionnels à la psychologie. Si on en revient à ce que disait Gilles, à partir de la précession des équinoxes et d'Hipparche, et ce reproche qu'on fait toujours en disant, mais vous ne vous rendez pas compte que quand vous dites que le bélier, à cet endroit-là, au départ de l'année, ce n'est plus du tout le bélier que vous trouvez si vous regardez dans ce coin du ciel, etc., il faut d'abord tout de suite préciser qu'en Occident, on ne s'occupe pas des constellations.
Je crois qu'en Inde, l'astrologie s'en occupe, mais je ne suis pas du tout une spécialiste de la psychologie, de l'astrologie indienne. Donc, ce dont il s'agit, c'est plus, me semble-t-il, des énergies qui constituent l'homme et qui sont représentées par les quatre saisons, par exemple, pour être très simple. Dans les trois premiers signes, par exemple, au bélier, au taureau, au gémeau, on a des énergies du printemps.
Ensuite, on va avoir des énergies de l'été, de la maturation. Au printemps, ce sera le jaillissement. À l'été, ce sera plutôt la maturation, l'épanouissement, la force solaire. En automne, avec des signes, par exemple, comme la balance, le scorpion, le sagittaire, on va assister à ce qui, chez l'homme, est plutôt une énergie de maturation et puis ensuite de réflexion, voire de sacrifice.
Et ensuite, avec les derniers signes de l'hiver, par exemple, le capricorne, le verso et le poisson, on va assister, au contraire, à des énergies de dissolution, de détachement. Et en réalité, on pourrait dire que les douze signes du Zodiac nous illustrent, encore une fois, d'une façon symbolique, une sorte de pèlerinage de l'âme dans sa condition humaine. Il les a les retours, disons, dans un caractère, dans une personnalité, entre ces différences énergétiques.
Alors, précisément, par rapport à ce que disaient Marie-Laure Colonna et Gilles Ferrier, si on remonte assez loin, on s'aperçoit quand même que, je dirais, l'astrologie prend ses racines d'abord à Babylone, d'une certaine manière, on voit bien que, là, les astres