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(Collection Présence du judaïsme)
Alexandre Safran (1910-2006) est une figure exceptionnelle du judaïsme contemporain. En 1940, il a 29 ans, il est élu Grand Rabbin de Roumanie. Son action fut déterminante pour sauver les juifs de Roumanie pendant la Shoah. Déjà, c’est par le dialogue qu’il réussit à éviter une part du désastre. Toute sa vie, il assuma une fonction de médiation entre les religions, les cultures, les hommes.

Cet ouvrage propose nombre de ses interventions qui, ainsi rassemblées, forment une pensée puissante et profonde faisant lien entre le quotidien et le sublime. Ce « maître éminent des études juives » selon le Grand Rabbin René-Samuel Sivat, défendit toujours une conception universelle et non exclusive de la Torah.
Le livre rassemble les textes par grands thèmes : La vie et le temps – Questions d’éthique – L’éducation et le travail – La kabbale – Pays d’Israël et dispersion d’Israël - Les hommes porteurs de noms. S’il commence par la question du temps, et de son corollaire, l’éternité, c’est que le temps est le cadre de toute expérience, un temps non linéaire :
« Le temps ne représente donc pas une simple durée, une répétition d’unités, une succession de phases, mais bien un renouveau quotidien qui l’engage à se parfaire. » Alexandre Safran invite à « surmonter l’irréversibilité du temps », à « restaurer le temps perdu » à « assurer le renouveau dans la continuité », à « vivre aujourd’hui devant Dieu ». Il appelle à la présence sans jamais s’éloigner de l’idéal de la liberté pour « rechercher sans relâche et sans limite dans le temps l’accomplissement de notre liberté ».
C’est à une conception de la Torah comme pédagogue, comme enseigneur, qu’il nous introduit. La Torah est véhicule d’un art de la vie, de l’ajustement, de la rectification qui ne peuvent être mis en œuvre que dans la modestie, la gratitude, l’éthique. C’est un art de la réception et du don.
La partie brève de l’ouvrage consacrée à la kabbale doit être lue avec grande attention. Elle balaie en effet nombre de conceptions erronées de la kabbale qui se sont installées depuis quatre siècles dans de nombreux courants spirituels et initiatiques occidentaux.
« La kabbale, précise-t-il, est généralement considérée comme un courant mystique, comme une doctrine mystique et même comme une manifestation de la vie juive envisagée sous son aspect mystique.
Cette manière de considérer la kabbale sous son seul aspect mystique n’est pas tout à fait justifiée. En réalité, la kabbale constitue l’expression spécifique de la spiritualité juive : elle englobe toute la réalité juive dans le sens existentiel, vital, concret du terme. (…)
C’est pourquoi la kabbale, outre sa dimension humaine, universelle, possède une dimension cosmique. La kabbale est enracinée dans la Torah, la Bible hébraïque, qui n’est pas qu’une œuvre littéraire ou religieuse quelconque. La kabbale nous le dit : lorsque Dieu envisagea la création du monde, Il regarda la Torah. L’architecte divin regarda Son plan de création dans la Torah. Il y a donc non seulement une relation mais une identification entre Torah et cosmos. Ainsi la kabbale, en quête de la vérité primordiale, est en réalité une interprétation de la Torah. Des lettres de l’alphabet hébreu, contemplées et ordonnées, Dieu a formé le code génétique du monde. »
La lecture attentive et plurielle de cet ouvrage révèle simultanément une profondeur silencieuse, celle de l’être, et la possibilité d’une réalisation harmonieuse dans la temporalité.
Le livre s’ouvre sur cette citation :
« Une personne qui a atteint un âge avancé se spiritualise en percevant le battement d’ailes de l’Eternité dont il s’approche, en sentant le souffle de l’Eternité qui l’entoure et s’apprête à l’absorber. Voilà pourquoi dit le Maharal de Prague, nous devons respecter celui qui prend conscience de l’Eternité et en est transformé. »


Editions Albin Michel
22 rue Huyghens
75014 Paris