Les applications pratiques de l'enseignement de Rudolph Steiner
Savez-vous que derrière des noms que vous rencontrez dans votre vie quotidienne , tels que Demeter , Weleda, la biodynamie, les écoles Waldorf etc…. se cache en fait l’héritage d’un éminent chercheur : Rudolph Steiner (1861-1925) ?
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Ainsi, après une première table ronde intitulée "L'anthroposophie, un chemin de connaissance entre art, science et religion" qui abordait les bases et les formes du travail spécifiques proposés à ceux et celles qui s’intéressent à l’anthroposophie; cette seconde table s’efforcera de décrire les applications pratiques, dans la vie de tous les jours, de l’enseignement de Rudolph Steiner.


Que ce soit dans l’art, la danse ou l’eurythmie (Mia Boutemy), la pédagogie (Bernard Lahitte), le travail biographique des septaines (qui sont les moments charnières de sept ans dans la vie de chacun - Michel Joseph), nos trois intervenants vont évoquer tour à tour ces applications et leur originalité. Une diversité quantitative (et qualitative) étonnante qui touche à tous les domaines de la vie, incluant aussi la finance et l’agriculture !
A l’écoute de cette table ronde, on comprend que la spécialisation dont nous sommes devenus si friands est un leurre qui s’oppose avec une philosophie du tout (pansophie), "la science spirituelle" des anthroposophes. Pour Steiner, l’enseignant ou l’artisan doivent avant tout être des artistes-interprètes et non des automates. La qualité(le sens) de leur travail reposera sur l’acuité de leur regard, sur le degré d’adaptabilité qu’ils seront en mesure d’établir (" le lien") entre leur élèves (ou leur champ de légume!) et la connaissance dont ils sont dépositaires. Tout repose sur la qualité de ce lien. Ici, point de manuels figés et rigides, mais au contraire : une grande capacité d’écoute, d’empathie…. L’homme se comprend comme microcosme au sein du macrocosme à l’instar des représentations taoïstes (où l’homme occupe une infime partie de la peinture) avec en filigrane une grande connaissance de la nature humaine....mais aussi végétale, animale ou minérale !
Comment expliquer qu’il existe plus de mille écoles Waldorf dans le monde (quatre-cent en Allemagne)…. Et seulement six en France ? Cette bruyante fausse-note dans la belle amitié franco-allemande attesterait-elle de notre retard (à nous, français) à nous ouvrir à des voies d’enseignement ou de sagesse réellement progressistes ?
Réponses de nos trois intervenants dans cette table-ronde de 52 minutes enregistrées au Forum 104.
Extrait de la vidéo
Et si on ne peut pas parler de l'anthroposophie sans évoquer tout ce qui est la philosophie ? Et si on ne peut pas parler de l'anthroposophie sans évoquer tout ce qui est la philosophie ? Bonjour. Alors, on ne peut pas parler de l'anthroposophie sans évoquer toutes les réalisations pratiques qui sont issues de ce mouvement de pensée.
Nous avons vu dans la table ronde précédente quelles sont les bases, les formes de travail spécifiques de l'anthroposophie. Et alors, ce qui est toujours étonnant quand on parle de l'anthroposophie, c'est la quantité de réalisations qui existe dans pratiquement tous les domaines de la vie. Et donc, nous sommes ici trois personnes pour parler de ces différents aspects des réalisations. Alors, Mya Bhutemi qui parlera peut-être davantage de l'art, Bernard Lahide qui parlera particulièrement de la pédagogie, et puis moi qui aborderai l'aspect social.
Mais en fait, ce qui est propre à l'anthroposophie, c'est que la spécialisation n'existe pas. La vraie spécialisation, c'est en fait d'être soi-même, d'être vraiment un individu. Selon la manière dont on vit cette approche de la vie et des phénomènes humains, on va développer différentes manières de l'appliquer. Par exemple, il n'y a pas deux professeurs d'école Steiner, d'école Waldorf, qui soient semblables.
Chacun apporte sa propre singularité et c'est ça qui parle aux enfants. On va aborder les différents domaines. Disons que le nom de Steiner, Rudolf Steiner, est surtout connu à cause des écoles Rudolf Steiner dans le monde. Il y en a plus que mille et notamment en Allemagne, plus de 400.
En France, c'est beaucoup moins. Il y en a deux dans la région parisienne, trois en Alsace, dans le Midi, près d'Avignon aussi. Mais ça reste un développement très petit par rapport à ce qui existe en Allemagne. Mais il n'empêche que depuis 1919, ce mouvement des écoles existe.
Beaucoup d'enfants sont passés par cette formation, qui n'est pas une formation anthroposophique. Il ne s'agit pas d'enseigner l'anthroposophie aux élèves, mais ce sont les professeurs qui, par leur travail personnel intérieur, sont à même d'accompagner le développement des enfants. On va voir de quelle manière ce développement se fait. On parlera aussi de l'aspect artistique, des applications dans le domaine de la psychologie, par exemple l'étude de la biographie, le conseil biographique auprès des personnes, l'aspect des applications sociales, ce sont non seulement les institutions d'accompagnement d'enfants dits handicapés, mais c'est aussi tout le travail social.
Tous les métiers qui existent peuvent être transformés à partir de cette approche. On parlera même de la finance, puisqu'il existe une approche des phénomènes financiers, des phénomènes bancaires, en fonction toujours de cette vision humaine des choses. Donc ce qui est premier, c'est vraiment l'approche humaine, retrouver l'image de l'homme dans toute chose. Et donc, voilà, c'est la question que je pose tout d'abord à vous deux, comment retrouve-t-on dans la pratique ce lien avec l'humain universel, tout en étant vraiment soi-même dans cette approche ?
Pour ce qui est de, en tout cas de ma pratique du mouvement, de l'Eurythmie, et j'en ai parlé tout à l'heure, c'est vraiment le lien à l'homme tripartite dans ses composantes de pensée, de sentiment et de volonté, qui guide une des bases du mouvement de l'Eurythmie. L'Eurythmie, elle amène, en fait, elle amène le verbe dans le corps, pour dire de façon schématique. Dans l'Évangile, il est parlé de « et le verbe s'est fait chair », c'est-à-dire que cet être solaire est descendu jusque dans le corps humain de Jésus de Nazareth.
Et en fait, l'Eurythmie, elle fait le chemin contraire, c'est-à-dire qu'elle permet à la chair de redevenir verbe. Et on va bouger dans des dimensions qui vont être celles du verbe, c'est-à-dire l'essence du verbe, c'est quoi ? Ce sont les sonorités du langage, les voyelles et les consonnes. Et donc on va laisser jusque dans nos cellules se faire ces formes et ces dynamismes des voyelles et des consonnes.
Alors, je ne sais pas du tout si je suis en train de répondre à ta question, parce que je suis partie dans mon univers de l'Eurythmie. Non, justement, j'aimerais bien que tu y entres encore davantage. Encore davantage. Par exemple, je pensais à cette chose qu'on réalise par l'Eurythmie, que les voyelles correspondent aux planètes et les consonnes aux constellations.
Dans quelle mesure on peut ressentir cela ? Alors, les voyelles, on peut dire que c'est, je vais dire d'une façon un peu poétique, c'est le chant de l'âme. Si je dis A, E, I, O, U, j'ouvre, je ferme, je dresse, j'arrondis et puis je pars sur mon chemin du haut. Et en fait, c'est l'âme qui s'exprime sans aucune...
Il n'y a rien qui vient la contraindre. A, A, A, je peux durer pendant O, O, O, O, ça peut durer longtemps. C'est des mouvements de l'âme. Ce sont des mouvements de l'âme.
Alors que les consonnes, elles, elles viennent sculpter. Et donc, si j'accompagne le A d'un B, ça va faire BA, et puis si je l'accompagne d'un F, ça va faire FA. Et puis si c'est FI, et si c'est FI, ça va sculpter ce chant. Et les planètes, elles sont là autour du soleil, mais si on retrouve la vision antique de Ptolémée, qui est notre expérience animique, nous ici sur la Terre, quand on regarde le ciel, on voit les constellations, les planètes, on les voit tourner autour de nous.
Alors quelque part, c'est une expérience qui a une réalité dans notre psyché et aussi jusque dans notre corporealité parce que le soleil passe et nous éclaire, et puis la nuit, il n'est plus là. Cette expérience-là de l'âme qui voit tourner autour d'elle-même ses astres, c'est comme un chant qui va teinter différemment