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Le cardinal et le philosophe (plutôt que l’ancien ministre qu’il vaut mieux oublier). Voici une rencontre intéressante sur fonds de questionnement à la fois de la laïcité qui cherche à se renouveler sur la vague des bouleversements actuels et du christianisme. Mais de quel christianisme parle-t-on, de celui figé dans le dogme catholique ou de celui vécu au quotidien par le chrétien anonyme ?

Luc Ferry pointe trois aspects intéressants. « C’est, dit-il, par un même mouvement que nous nous éloignons des religions et que nous entrons dans la logique de l’amour. » Il remarque que l’émancipation a comme corollaire une moindre protection par les religions face aux grands questionnements dont celui de la mort et de la finitude. Ceci conduit à une quête spirituelle puissante, nourrie de l’amour de l’amour, face au deuil de l’autre, surtout de l’être aimé. Luc Ferry annonce un retour de la philosophie au sens antique du terme : « une doctrine du salut, mais lucide, par la raison et par soi-même, plutôt que par Dieu et par la foi ».

Il précise : « La religion nous promet en quelque façon que nous pouvons être sauvés de la mort, et de la crainte qu’elle suscite, par un Autre qui est Dieu et par la foi. La philosophie nous promet qu’on peut être partiellement sauvé de cette peur non par un Autre qui serait Dieu, ni par la foi, mais par soi-même, par l’humain, avec les moyens du bord et par la lucidité de la raison. »

Pour Luc Ferry, le grand débat n’oppose pas morale et spiritualité mais spiritualité philosophique et spiritualité religieuse.

Philippe Barbarin nous rappelle, lui, que « le christianisme tranquille n’existe pas ». Corps, Psyché, Pneuma Le christianisme prend l’homme dans sa totalité. L’Eglise aussi. En tout cas elle le devrait et bien souvent c’est le cas malgré les manquements et les fautes historiques aujourd’hui connus de tous.

« La vie spirituelle, dit-il, est un élément essentiel d’équilibre pour « l’homme tout entier et c’est lui dont l’Eglise veut être la servante. Pour cela, elle a toujours à faire, et jamais elle ne sera en repos. (…)

Que l’amour de Dieu, l’amour d’un Père, atteigne enfin le cœur de tous ses enfants, voilà le but du christianisme. Nous avons donc devant nous un avenir extraordinaire. »

Le débat entre les deux hommes est riche même si, manifestement, ils ne parlent pas toujours de la même chose. Au fil des mots, le lecteur en conclura peut-être que même si tort et raison n’existent pas, il vaudrait mieux encore avoir tort avec Mgr Barbarin, qui réenchante le monde, qu’avec Luc Ferry qui le rend terne.