Portrait d’un moine «errant»
Voici un portrait qui sort des "sentiers battus" de la spiritualité ou de "l’initiation". Pierre Septier, après avoir fréquenté les bénédictins, les chamans africains, les rosicruciens et les groupes Gurdjieff s’est tourné vers les églises gnostiques chrétiennes.
Simple passade qui en appellera une autre direz-vous ? Rien n’est moins sûr. En effet, lorsque l’on entend Pierre évoquer avec sincérité son parcours : à savoir une inlassable quête de repères immuables dans un monde si changeant, une authentique recherche d’un groupe qui travaille sur la qualité des énergies, sur la parole, loin d’une approche quantitative ou numérique : on le croit et il nous donne envie de le suivre !
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Le monde de la spiritualité est gangrené depuis plusieurs décennies par une influence mercantile, clairement originaire du continent nord-américain, influence où la séduction est omniprésente, le discours toujours rassurant. Si son but avoué est de trôner en tête de gondole des grand-magasins : telle n’est pas la démarche de ces hommes et de ces femmes qui embrassent la Gnose chrétienne : un champ d’expérience théurgique et "opérative" qui plonge ses racines aux origines même du christianisme.
Souhaitez-vous lever pudiquement le voile sur les pratiques de ces moines "errant", sur leur liturgie, leur ascèse ou… leur alchimie interne?
Réponse de Pierre Septier, ce "voleur du feu prométhéen" comme il se décrit lui-même, dans cette entrevue de 22 minutes enregistrée à Cordes sur Ciel (Tarn).
Extrait de la vidéo
Pierre Septier, c'est mon nom, me voilà à 42 ans ici, me présenter comme agnostique, après un parcours qui est celui d'une vie, qui a vu en ma personne se dérouler un certain nombre de rituels. J'ai connu le rituel rosicrucien à Mork pendant plus d'une dizaine d'années. J'ai eu à rencontrer les rituels africains, en forêt équatoriale, au Gabon, le culte Buiti, avec ingestion d'une plante hallucinogène puissante.
J'ai eu à connaître des rituels de messe dans l'église chrétienne, catholique, et notamment auprès des moines bénédictins, qui est une expérience qui m'a beaucoup marqué, et que je mettrai d'ailleurs en relation avec ce que je découvre aujourd'hui dans l'église gnostique. Ici, tout d'un coup, de manière assez extraordinaire, on rencontre des gens qui sont dans des rituels très anciens, en décalage complet avec ce qu'on peut penser de la société moderne, de ce que peut exprimer éventuellement la vie contemporaine, qui semble aller très vite, changer toujours, nous proposer quelque chose de nouveau toutes les dix minutes.
Et là, tout d'un coup, mais le tout d'un coup, évidemment, ne fonctionne pas, parce qu'en fait, ça remonte à 1500, 2000, 3000, 10000 ans pour certaines choses, on se retrouve avec des gens qui font des signes, donnent de la valeur à la parole, sont dans des rituels immuables, sur des durées qui donnent de la permanence dans un monde qui en apparence n'en a plus. Donc, pour moi, aujourd'hui, être présent en tant que moine errant, pratiquant de chez moi le rapport à l'être, le rapport à l'esprit, être avec Paul Sanda, avec les gens qui tiennent son église, dans des rituels, à cordes sur ciel, c'est tout d'un coup être relié à quelque chose de permanent, de très ancien, d'authentiquement authentique et d'une profondeur exceptionnelle.
Pendant un certain nombre d'années, j'ai fréquenté les moines bénédictines de l'abbaye de Mélisse, c'est dans les Landes, c'est une communauté extraordinaire, très rayonnante, et qui pratique le rituel avec une ferveur exceptionnelle. C'est loin d'être exclusif, mais il se trouve que moi, c'est la communauté que je connais et avec laquelle j'interagis. Grâce à ces frères, grâce à ces moines, j'ai découvert qu'il y avait chez les catholiques une capacité de ferveur intacte et qui me correspondait tout à fait à ma quête.
Mais ensuite, il y a un petit peu le problème du discours qui est tenu, de la relation au texte fondateur, à la Bible, de la relation au Nouveau Message, à l'Évangile, au Nouveau Testament, et puis la relation au Maître, donc Jésus, Christ, qui est présenté sous une forme, je ne parlerai pas de l'essence parce qu'elle est peut-être pure encore, mais sous une forme qui après peut être indigeste en fonction de l'estomac qu'on a.
Ce qui est, à mon sens, un plus, une manière d'aller à l'être de façon plus nette, claire et profonde dans l'Église Gnostique, c'est qu'on peut à la fois se retrouver en situation de participer à un rituel qui a la ferveur du rituel monastique, mais avec un discours revisité à la lumière d'une forme d'intelligence neuve, régénérée, qui se réinjecte en permanence dans un présent intact, et qui n'est pas sclérosé, qui n'est pas répété, qui ne s'est pas arrêté il y a 1500 ans, mais qui continue depuis 1500 ans.
Alors j'ai connu des organisations qui étaient capables de présenter une liste d'affiliés qui était considérable. Et me concernant, et ça ne peut pas être une généralité, je vous présente juste en tant que Pierre Septier et rien d'autre, restons localisés dans le temps et dans la personne, je n'ai pas été spécialement intéressé par des organisations comptant un nombre considérable de membres. On peut parler en dizaines de milliers pour la Roscroix-Morque par exemple, très belle organisation, dans laquelle j'ai beaucoup appris, on peut parler en centaines de millions, voire en milliards si on parle de la communauté des chrétiens, mais finalement c'est bien peu quand on parle en termes d'énergie, puisque moi je me considère en tant que gnostique comme trafiquant d'énergie solaire, et la seule chose qui m'intéresse c'est mon trafic.
On est là pour voler le feu, on est des prométhéens, on est là pour voler le feu, aller chercher cette énergie. Je prends, en tout cas j'ai l'impression de prendre plus d'énergie d'être dans un trafic plus lumicratique, lucratique, avec une petite communauté de gens qui travaillent de manière très intense, que de me retrouver dans des organisations où en effet quelque chose est passé devant l'esprit, c'est peut-être le nombre, c'est peut-être des hiérarchies, c'est peut-être quelque chose qui s'est dévoyé à un moment ou à un autre, et qui a fait que devant la nécessité de trafiquer avec le soleil, on en vient à trafiquer avec les hommes.
Donc oui, il y aurait une sorte de recul devant les organismes trop bien constitués et trop bien structurés qui finalement se fossilisent. Alors on peut se demander si une démarche comme celle que je représente est égoïste ou altruiste. Pour ma part, je n'ai pas la prétention à l'altruisme et au partage. Je pense que s'il existe, le partage à un moment donné il se fait de manière naturelle et dans un retour énergétique.
On n'a pas besoin de le vouloir. Quand on est dans les rituels quasiment magiques, en fait, ce qu'on prend à un moment donné irradie, émane et est réparti également. Non pas également, mais pour chacun en fonction de ce qu'il veut ou croit vouloir. Donc il y a quelque chose d'égoïste dans la démarche gnostique telle que je la pratique, c'est-à-dire celle qu'on pourrait qualifier de moinérant, d'être chez soi partout d'abord, parce que c'est notre univers, il nous appartient et on lui appartient.
Et dans ce travail-là, parce qu'il y a un travail, c'est vrai que c'est un terme qu'il