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A travers l'approche d'une liberté amoureuse aux multiples possibles, construite autour d'un vouloir partagé, Michel Onfray fait exploser les modèles courants manifestés par notre société misogyne et invite à la liberté, au respect, à la joie, et socialement, au pacte librement consenti des célibataires, compris comme être humains capables d'une réelle autonomie :

"Loin des mystiques pythagoriciennes et platoniciennes appuyées sur l'hypothèse du couple éternel et de la relation instruite dans le registre des essences, la théorie épicurienne du contrat structure une éthique temporelle, elle génère une rhétorique de machines célibataires engagées dans la promotion et la réalisation de l'Eros léger. De même, elle architecture un artificialisme aux antipodes du naturalisme des tenants de la transcendance et des mondes idéaux. Si l'on ne maîtrise pas l'émergence de ses sentiments, du moins peut-on leur donner une forme, les contraindre, les libérer, les sculpter. Une théorie de l'amour appelle une physique, une physiologie, certes, mais également un art du vouloir. [...]
Après la rigueur et la rigidité judéo-chrétienne d'hier et le nihilisme d'aujourd'hui, les relations affectives méritent désormais une formulation hédoniste.
Les relations sexuées peuvent maintenant viser clairement et nettement la catharsis et la purgation des affects négatifs liés aux contraintes de la civilisation et de la culture. La sexualité, dissociée des obligations familialistes, éternitaires et holistes, devient une occasion éthique de jeux divers et multiples, de combinaisons ludiques et joyeuses, d'intersubjectivités allègres et jubilatoires. Congédiée la lourdeur, évincé le tragique, écartée la culpabilité, l'Eros léger découvre les plus ardents possibles. Dans un projet existentiel hédoniste, les rapports entre les sexes n'obligent plus à l'extinction des individualités, ni à la destruction des souverainetés. L'association de célibataires rend possible la formulation d'existences tout entières soumises au seul caprice des deux partenaires. [...]
A défaut d'hospitalités construites dans les cercles éthiques, de microsociétés électives invisibles, fluides, mais néanmoins réelles, de contrats hédonistes effectifs, d'existences transfigurées par les passions positives, de pulsions de vie célébrées, sublimées, d'amitiés incarnées dans les plaisirs partagés, échangés ; à défaut de communautés de célibataires, de bonnes distances finement trouvées, de corps vécus sur le mode de l'Eros léger, de libertinage solaire, de sensualités immanentes, d'épicurisme pragmatique et plastique ; à défaut d'une éthique de la présence a monde dans le pur instant, d'une possibilité d'exacerber le souci de soi grâce à une arithmétique des émotions, de promouvoir la grâce ludique, de pratiquer une érotique volontariste, égalitaire et sensuelle ; à défaut de prévenance, de douceur, de proximité, de tendresse, de chairs laïcisées, désacralisées, démystifiées, déchristianisées ; à défaut d'une diététique des désirs, d'une physiologie des passions, d'une volupté des excès, d'une catharsis des affects - à défaut de tout cela, il reste l'immense éclat de rire des matérialistes à opposer aux menaces nihilistes et aux catastrophes annoncées. Rire, donc, puis passer son chemin."
On reprochera à Michel Onfray, non sans raison, d'échapper à une illusion pour en générer une autre. Qu'importe, si l'illusion est créatrice et libératrice, mais combien sont préparés au rire, que celui-ci soit libertin ou divin ?

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net