Les trois mondes et trois noms d’Hermès 4/13
Françoise Bonardel nous propose ici une plongée dans les origines de l’Opus alchimique : ses premières mentions dans les textes anciens, son évolution entre les civilisations égyptienne, grecque puis romaine ainsi que ses différentes figures tutélaires. Une question d’importance sous-tend cette généalogie, la voici : l’alchimie occidentale est-elle l’héritière - directe et fidèle - de l’hermétisme antique ? Directe et fidèle, deux adjectifs à garder en mémoire, comme deux clés de compréhension dans ce qui va suivre.
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A l’image de la relation que l’homme d’hier entretenait avec le cosmos et la nature, la réponse se doit d’être nuancée et tenir compte de l’évolution de la pensée et des sciences : trois mille ans se sont en effet écoulés…


Ora et labora, travaille et prie : l’alchimie n’est pas une pré-chimie archaïque.
Reprenant le parallèle qu’établit Mircea Eliade en 1956 dans son ouvrage Forgerons et alchimistes, Françoise Bonardel affirme que l’alchimie est une tradition en elle-même, qu’elle a sa propre autonomie et qu’elle vise la synchronisation du matériel et du spirituel. A l’image de l’Homme considéré comme intercesseur entre le Ciel et la Terre, elle souligne l’importance, pour l’alchimiste, de l'élément Terre, du matériel, des minéraux. Une dimension qu’un penseur comme Carl Gustav Jung a choisi, délibérément, de négliger.


Hermès Thot égyptien, Hermès Mercure romain et Hermès Trismégiste grec.
Elle analysera ensuite les trois différents Hermès que l’on trouve dans l'historiographie alchimique. Hermès Thot égyptien, psychopompe et assistant d’Anubis dont le rôle est de préparer les morts avant qu’ils se présentent à Anubis.
Hermès Mercure, d’origine romaine, celui que nous connaissons le mieux en Occident. Messager ailé des Dieux tenant son bâton d’or où s’entrelacent deux serpents nommés « Soufre » et « Mercure ». Françoise Bonardel nous met d'ailleurs en garde contre une confusion fréquente : le bâton d’Hermès Mercure comporte deux serpents tandis que celui d’Esculape / Asclépios / Dieu de la médecine grecque n’en compte qu’un seul. Une couleuvre d'ailleurs, et animal de compagnie d'Esculape.
Une large part de cet exposé sera consacrée à la troisième figure Hermès Trismégiste, sans doute la plus imposante des trois et qui connut un regain d’intérêt au XVème siècle lorsque Cosme de Médicis entreprit de faire traduire le Corpus Hermeticum (précisément, le Poïmandrès, premier traité). Une médiation et révolution dans le monde de l'alchimie !
Trismégiste vient du grec et de l'association « tris » et « megistos », soit la réunion de « trois fois » et de « très grand ».
Cet Hermès est tout autant Roi, Prêtre que Prophète. « Trois fois grand », car il exerce sa souveraineté sur le triple monde qui est perceptible à nos sens : minéral, animal et végétal. C’est donc lui qui détient la puissance sur ce monde.
Son omnipotence confère à son magistère une aura de calme et de patience : il règne tel un sage et non comme un empereur..
A travers cette figure d'Hermès Trismégiste, tenant dans sa main la fameuse « sphère armillaire » (globe « céleste »), souhaitez-vous lever une partie du voile sur les mystères et secrets de la création ?
Car c’est lui qui en détient les clés, et c’est bien vers cette porte, ce portail, que s'orientent tous les alchimistes.
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Exposé tiré du séminaire « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique » qui s'est tenu à Vézelay.
Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, de Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ? On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas. On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas. On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas.
On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas. On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas. On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas. On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas.
On a commencé à déblayer un petit peu pour voir ce que ce n'est pas. Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ? Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ? Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ?
Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ? Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ? Alors, l'alchimie, en fait, qu'est-ce que c'est exactement et qu'est-ce que ce n'est pas ? Tout genre de métal en un autre genre, cela à l'aide d'une médecine appropriée, comme il apparaît ouvertement dans de nombreux livres des philosophes, c'est pourquoi l'alchimie est la science enseignant à préparer et produire certaines médecines nommées élixir qui, lorsqu'elle est projetée sur les métaux ou les corps imparfaits, leur apporte la perfection totale dans le moment de la projection.
Alors, j'en profite, c'est une définition tout à fait classique du miroir d'alchimie, 13ème siècle, Roger Bacon, elle était incontournable et la voilà pour être, je dirais, en règle avec la tradition. Bon, à partir de là, alors, je voudrais quand même faire une précision parce que c'est important. Quand on parle de changer le plomb en or, c'est une métaphore pour exprimer le passage possible, la transmutation possible de la matière vile en une matière noble.
Mais, ce qui préoccupe les alchimistes, c'est la préparation de la pierre philosophale. Donc, ce qui transmute, ce qui a le pouvoir de transmutation, c'est la pierre. Et c'est la pierre qui, lorsqu'elle est en quantité infinitésimale, lorsqu'elle est projetée sur les métaux ou les corps imparfaits en fusion, les transmute. Donc, si vous voulez, la transmutation ne s'effectue pas dans le vase directement, ce qui apparaît, c'est la pierre.
Et c'est la pierre qui est dotée de ce pouvoir de transmutation lorsqu'elle est projetée en toute petite quantité. Bon, donc, ça c'est un point important à bien comprendre et qui met l'accent sur la pierre elle-même dont nous reparlerons cet après-midi. Alors, en ce qui concerne l'alchimie, il y a trois versions possibles sur lesquelles je passe rapidement parce que nous avons déjà préparé le terrain.
Bon, la première hypothèse, c'est donc de voir dans l'alchimie l'ancêtre de la chimie moderne. Nous allons passer très vite puisque ça n'est pas le chemin que nous suivons qui ne nous mènerait strictement à rien, si ce n'est à déconsidérer l'alchimie comme étant une pré-chimie archaïque, etc. Donc, la voie que nous empruntons, c'est la voie, disons, de la tradition hermétique qui reconnaît à l'alchimie une spécificité et non pas simplement le fait d'être une ancêtre de la chimie.
La deuxième hypothèse, donc, c'est de voir dans l'alchimie l'alliance d'une pratique, d'une pratique artisanale, effectivement, et de spéculations mystiques. Je simplifie, ça peut être d'autres termes, mais enfin, vous voyez de quoi il s'agit. Et de montrer que c'est là, véritablement, la spécificité de l'alchimie que résume l'adage, l'autre adage bien connu, aura et labora, prie et travaille, qui nous est d'ailleurs ce que l'iconographie nous montre très souvent.
Et ça, c'est l'image célèbre de Kunrat. C'est un laboratoire un peu grand siècle. Ce n'est pas très artisanal. Ça fait un peu palais, mais ça, c'est le type d'iconographie du XVIIe et ce sera au XVIIIe encore amplifié.
Proximité du laboratoire et de l'oratoire, sans qu'il nous soit dit véritablement, qu'il nous soit précisé quelle est la nature de cette alliance. Alors, j'ai sélectionné à cet égard deux textes et nous pouvons rapidement, par exemple, prendre connaissance du texte VI, exprès de la fin de l'ésotérisme de Raymond Abellio, qui met l'accent sur ce double aspect de l'alchimie, qu'est-ce en effet que l'alchimie ?
C'est une méthode de transsubstantiation réciproque de la matière et de l'opérateur humain agissant ensemble l'un sur l'autre et l'un par l'autre. Cette double finalité implique, certes, une qualification particulière de l'opérateur humain en tant que canal de force cosmique spécialement adapté, mais elle a été le plus souvent méconnue par les profanes, un but de préjugés purement matérialistes ou spiritualistes, incapables, ici comme ailleurs, de résoudre la dualité de l'objet et du sujet fatale aux théories spéculatives de la connaissance et de réintroduire le sujet dans le champ des sciences dites naturelles.
Pour les matérialistes, l'alchimie consiste uniquement à transformer par des moyens compliqués et mal connus mais matériels un métal vulgaire en métal précieux. Pour les spiritualistes, au contraire, elle se réduit à une suite de phénomènes spirituels à l'intérieur de l'opérateur humain lui-même sans aucune incidence matérielle réelle et sans vocabulaire et son vocabulaire est ainsi purement symbolique.
L'autre texte que je vous ai proposé, celui de Savoret, est un classique aussi. Disons que ce sont là les deux exemples de la thèse selon laquelle, et qui me paraît la bonne d'ailleurs, selon laquelle la spécificité de l'alchimie c'est justement d'avoir montré le caractère indissociable du travail sur la matière et de la transformation spirituelle. Je dirais que c'est son génie propre, ça. Parce que dans l'hypothèse que nous avons très vite écartée où l'alchimie n'est qu'une pré-chimie, il reste à se demander alors que viennent faire ces spéculations mystiques ?
Pourquoi avoir associé des spéculations mystiques ? Et dans la troisième hypothèse, dont je vais dire quelques mots, où on évacuerait le travail sur la matière, et bien à ce moment-là, pourquoi avoir imaginé tout cet arsenal scientifique, si vous voulez, qu'est-ce qu'il vient faire là ? Donc dans les deux cas extrêmes, qu'il s'agisse du matérialisme ou du spiritualisme pur, et bien on se retrouve devant une impasse.
Parce qu'on ne comprend pas pourquoi justement l'alchimie n'a pas cessé de mettre en scène cette double vocation à la fois matérielle et spirituelle. Et c'est ça le mystère. Et même Jung n'est pas allé jusqu'au bout de ça. Même lui est réticent, puisqu'à travers sa théorie des projections de l'inconscient sur la matière, en fait il évacue la matière lui aussi.
Donc c'est ça le mystère de l'alchimie. C'est la synchronicité du travail sur la matière et de la transformation spirituelle. Et là, effectivement, on a, comme on le disait hier déjà, on a un positionnement à la fois intellectuel, spirituel et pratique qui est absolument irremplaçable, qui est unique. Et je pense que c'est ça effectivement le génie alchimique