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La sortie de cette Enquête sur le Stalinisme est donc un événement à la fois en raison de la compétence incontestée de l'auteur, et du climat particulier qui règne en France, entre les dérives anti-sectes et la surenchère médiatique calamiteuse sur le thème des profanations ou des rites satanistes, entretenue par l'appât du gain et l'absence de déontologie chez quelques pseudo-journalistes et écrivaillons.

Cet ouvrage, d'ors et déjà une référence en la matière, oblige désormais à plus de sérieux et de rigueur dans le traitement des sujets qui touchent de près ou de loin au satanisme.
Le travail de Massimo Introvigne concerne particulièrement les francs-maçons qui ont souvent fait, et font encore aujourd'hui même dans l'hexagone, les frais des thèses extrémistes dénonçant le complot judéo-maçonnico-sataniste. Un long chapitre de cet ouvrage, passionnant et précieux par sa précision historique, traite en effet de la mystification de Léo Taxil, et nous montre toute l'ambiguïté de l'anti-satanisme. Plusieurs formes d'antimaçonnismes sont définis au fil de l'ouvrage, au gré des formes identifiées de satanismes et d'anti-satanismes que l'occident a connu depuis l'affaire la Voisin à la cour de XIV jusqu'à l'Église de Satan d'Anton Lavey.
En effet, il n'existe pas un satanisme, mais des satanismes, sans parler des cas, nombreux, où l'étiquette "sataniste" a été imposée sans raison par l'opinion publique, ou par quelques manipulateurs. L'ouvrage n'aborde pas la question du satanisme sous l'angle théologique, littéraire ou artistique, il s'agit d'une approche culturelle, sociologique et historique du satanisme, comme de ses adversaires, qui témoigne également des mécanismes par lesquels régulation sociale et dé-régulation sociale opèrent dans la société.
Massimo Introvigne aborde les sujets du sabbat des sorcières, des épidémies d'anti-satanisme, des cas Huysmans, Taxil, Maria de Naglowska... et bien sûr l'inévitable Aleister Crowley dont il démontre qu'il n'était pas sataniste, même si Crowley a eu une influence sur la contre-culture américaine et sur certains mouvements satanistes. De nombreuses organisations sont exposées ici pour la première fois de façon efficace en langue française, notamment The Process fondée par Mary Ann Mac Lean et Robert de Grimstone Moore dans les années 60, organisation sans lien avec l'Église de Scientologie, contrairement à ce qui est généralement admis.
Massimo Introvigne traite également des rapports, réels ou inventés, entre satanistes et occultistes, et du problème (faux problème selon beaucoup d'hermétistes) de la contre-initiation chère à René Guénon. On apprend que René Guénon avait dénoncé, le plus souvent sans les connaître, comme représentants de la contre-initiation, des personnalités aussi diverses que Reuss, Crowley, Teder, Bricaud, Gurdjieff, Schwaller de Lubicz, et il eut même à un certain moment des doutes sur Kremmerz. Quand on sait l'importance des trois derniers personnages cités dans le domaine des voies d'éveil et de l'hermétisme, on est en droit de s'interroger sur la démarche de Guénon.
La fin de l'ouvrage nous amène à aujourd'hui. Analysant les périodes de la grande chasse des satanistes des années 80, principalement aux USA, et les évolutions de ces dernières années, Massimo Introvigne conclue sur l'humain: "L'explication semble simple: à chaque moment de crise -des guerres au tremblement de terre, de la révolution française au séisme de Los Angelès en 1994-, la peur du diable et des satanistes remonte dans l'imaginaire collectif. Ce qui est moins simple, c'est de sonder les profondeurs de cet imaginaire collectif et d'en prévoir les manifestations futures. De toute manière, comme ces événements et toute notre histoire du satanisme le démontrent, à l'approche de l'an 2000 la peur, en même temps que la fascination ambiguë exercée par le diable et ses suppôts, les satanistes, ne sont pas moins fortes, mais probablement plus fortes qu'en l'an mille ou qu'à la fin du XVIIIe siècle. Si, comme c'est probable, les guerres, les révolutions, les tremblements de terre, le désir de pouvoir et de violence dans le coeur de l'homme ne nous abandonneront pas avant très longtemps ou jamais, alors les satanistes et les antisatanistes, comme les pauvres de l'Évangile, seront avec nous jusqu'à la fin des temps."
Cet ouvrage est une contribution majeure à la compréhension des phénomènes sociaux-religieux.