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C’est l’une des heureuses surprises de la rentrée littéraire que ce roman-essai consacré aux rapports étranges passionnels et destructeurs que Marilyn Monroe entretint durant trois années avec son dernier psychanalyste, Ralph Greenson.

Cette fiction complexe est basée sur les faits réels. L’auteur a vérifié les dates et les lieux, utilisant les propres paroles de Marilyn et de son psychanalyste, tirées de leurs récits, de leurs notes, de lettres, articles, entretiens, livres, films et autres. Les mots des protagonistes de cette fiction sont les mots mêmes des personnages réels. La fiction vient mettre en perspective de manière magistrale les destins tragiques de ces deux êtres blessés. Une femme belle et intelligente qui se voit réduite à un objet sexuel et un psychanalyste fasciné qui va violer toutes les règles de sa profession pour vivre une passion terrible et aliénante pour les deux.
Ce livre écrit magnifiquement fait revivre subtilement pour nous cette Marilyn en souffrance derrière l’image lisse exigée par la société du spectacle.
« Pour agir en société, il n’y a pas cinquante motifs : l’amour, la haine, l’intérêt, l’honneur, l’argent, la vengeance… Il n’y en a qu’un : la dissimulation de ce qu’on est, la crainte de n’être rien. L’angoisse sexuelle n’est rien comparée à l’angoisse de statut, à la peur de n’être pas reconnu par la société dans laquelle on vit, quelle qu’elle soit. C’était vrai de Marilyn, pensait Mankiewicz, c’était vrai de son psychanalyste, de ses biographes, de tous ceux qui ont écrit ou fait des films sur elle, espérant qu’un peu de poussière d’étoiles retomberait de son sillage au firmament des Sixties. Mais qu’ils ne parlent pas d’amour : ils la vendent, ils se vendent.
En fin de compte, s’il existe des centaines de livres sur cette femme et cette mort, les documents eux-mêmes ont disparu ou furent enterrés avec elle. De ses mots enregistrés, les traces ont été perdues ou effacées. Posés dans toutes les pièces de sa maison et incrustés dans ses deux téléphones, des micros avaient livré à l’enregistrement des milliers d’heures de sa voix. Après traitement par les commanditaires publics ou privés de ces écoutes, les bandes furent mises au secret ou détruites. Les deux pouvoirs, le politique et le psychanalytique, qui ont pesé sur les derniers mois de Marilyn, ont voulu effacer tout ce qui dans leurs archives la concernait. »