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Les Fables de Bidpaï, traduites dans le monde entier, sont de plus en plus populaires. Depuis deux millénaires, elles voyagent sur tous les continents, mais sont aujourd’hui quelque peu oubliées des occidentaux.

Pourtant, elles influencèrent de nombreux fabulistes, sans doute Esope et, avec certitude, La Fontaine.
Ces fables animalières, porteuses de sagesse, sont pleines d’humour et de clairvoyance sur nos travers mais aussi sur nos ressources. Construites selon le principe des métaphores emboîtées, chaque conte mérite plusieurs lectures. L’original est composé de cinq parties, Comment perdre ses amis – Comment se faire des amis – Guerre et paix – Comment perdre ce que l’on a acquis – Les bienfaits de l’impatience. Ce livre rassemble les contes des deux premières sections.
« Maître Bidpaï.
Ma femme se montrait inquiète et irritable, cependant qu’armée d’épingles elle m’aidait à ajuster ma grande tenue brahmanique. « Mais pourquoi, insistait-elle, pourquoi tiens-tu à rencontrer le roi ? Qu’est-ce qu’il peut faire pour toi et tes disciples ? »
Je posais, bras déployés, semblable à quelque étrange statue de Shiva dansant, attentif à me composer une attitude convenablement empreinte de hiératique hauteur, tandis que par petits gestes secs et précis elle arrangeait l’étoffe en plis bien nets autour de mon corps. Elle n’était pas seule à souffrir de cette poussée d’appréhension domestique. Son instinct ne l’avait pas trompée : j’étais terrifié. Mais je ne devais sous aucun prétexte rien manifester qui ne fût suprême assurance.
« Allons ma chérie, voyons, fis-je du ton le plus impérieux dont je fus capable, il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Absolument aucune. » Je savais que ce genre de mâle arrogance lui communiquerait la force aveugle de la colère, et cela au moins valait mieux que l’impuissance où jette la peur. La peur, c’était à moi de l’assumer. »
N’avez-vous pas envie de connaître la suite ?