2.5 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

Ce livre ne s’adresse pas à ceux qui aiment disséquer la spiritualité mais à ceux qui recherchent de puissants antidotes à l’errance.
Sri Nisargadatta Maharaj (1897 – 1981) passe pour être l’un des maîtres les plus importants du XXème siècle.

-Dans ce livre ultime, plus encore que dans les autres, son style, tout comme celui des antiques maîtres zen, est abrupt et provoquant. Il va au cœur du sujet en ne dépensant que peu d’énergie sur ce qui n’est pas essentiel. Répéter ce qu’il a dit toute sa vie (la quête du « Je suis ») ne l’intéresse plus, ne le concerne plus. Il renvoie avec force ceux qui n’ont pas encore compris, aux propos préliminaires de ces premiers livres. Pour lui l’essentiel n’est pas contenu dans ses livres précédents. Seul l’intéresse désormais ce point ultime, l’essence de la plus haute réalisation du Soi.

« Pour la conscience, ce corps n’est rien d’autre que de la nourriture. La qualité de cette sattva est le sentiment d’être… Cette sensation d’existence ou de connaissance même est la souffrance … Il y a également ce qu’on nomme moolasattva, l’origine de la sattva, l’essence originelle ». La vie de Nisargadatta Maharaj fut un exemple de cette non dualité, sa maladie et la souffrance qui l’accompagnait ne le concernait plus. Il était ici, ailleurs, nulle part.

Les titres des divers chapitres du livre nous donnent une idée de la radicalité du propos : « Demeurez dans l’Etre et tout désir d’être s’évanouira », « Tout ce qui surgit des cinq éléments n’est que pure ignorance ». « Ce que vous pouvez oublier ne peut être l’Eternel », « Vous êtes Cela qui observe l’apparition et la disparition de la conscience », « Pour un jnani, tout est divertissement », « Vous devez abandonner toute association avec la conscience individuelle » », « On ne peut se souvenir de l’Absolu, car on ne peut l’oublier ». « Comprenez votre propre incarnation »…

Pour Nisargadatta Maharaj l’Absoluité est la seule réalité, la seule origine, le seul mode. Il n’y a aucune différence entre Jiva (la personne, le nom, le corps, le mortel), Ishvara (« Je suis », l’Eternel, le Seigneur, Dieu, le sentiment d’être, l’identité, la conscience, la Totalité) et Parabrahman, l’Absoluité, le sujet ultime non né, l’état originel incorruptible). « Rien de ce qui apparaît n’a d’existence véritable. Ce qui n’est pas et n’est pas apparu s’efface aussi. Ce qui demeure est Cela, l’Absolu ». De ce fait pour celui qui cherche la source, la seule attitude est une attitude radicale de non-compromission : « A l’origine de tout ce rêve, de cette fausseté, il y a cet enfant ; tout a débuté là… L’enfance est une tromperie, elle est fausse. La connaissance « je suis » est elle-même une tromperie… Dès que vous commencez à savoir que vous existez, vous avez envie de demeurer éternellement. Vous voulez toujours être, survivre. Et la lutte commence. Tout cela à cause de cette maya… Vous n’aurez jamais aucune identité permanente… ».

Srî Nisargadatta Maharaj ne laisse aucune solution à l’ego : pour lui, nul échappatoire possible, nulle voie pour aller au-delà de la conscience, nulle part. « Quand vous êtes-vous rencontré ? Depuis quand et comment ?... Est-ce que quelqu’un vous a dit que vous étiez ? Y êtes-vous parvenu spontanément ?... Comment savez-vous que vous êtes ? Soyez seulement là ».

« Celui qui connaît le concept n’est pas lié par le temps … Le corps meurt. Qu’est-ce que ça signifie ? Simplement que la pensée « je suis », ce concept, a disparu. Rien n’est arrivé à celui qui vit cet événement ». « L’’idée de la recherche ou de la quête spirituelle – il n’y a pas vraiment de quête, nous ne faisons qu’employer ce terme pour communiquer – est de comprendre le concept, comme un concept, le faux comme le faux. Il n’y a rien à acquérir ». « Dire je suis Dieu, le Christ ou Allah, Mohamed, peu importe, est encore fondé sur le concept « je suis ». Tant que le concept n’est pas rejeté, vous ne faites que bâtir sur une illusion. En fin de compte, ce n’est que lorsque cette sensation d’existence individuelle disparaît que vous êtes libéré du concept… Avant qu’il ne surgisse, y avait-il quoi que ce soit ? Il n’y avait rien. Il n’y avait même ni bonheur ni malheur : c’était l’état parfait… Aucune voie, aucune instruction. Voilà ce que vous devez comprendre… Pas de voie, pas d’instruction, pas de méthode, pas de technique. Vous êtes complet, vous êtes Un. Vous sentez que vous êtes deux, alors très bien. Comprenez que vous n’êtes pas deux, advaita… Vous ne connaissez pas le fait parce que vous êtes le fait. »… « Vous n’avez besoin d’aucune sécurité ni rien du genre. C’est déjà là. Si vous sentez que ce n’est pas là, vous n’allez jamais y arriver ».

Srî Nisargadatta Maharaj s’adresse à celui qui sait, à celui qui n’est pas concerné par le corps, par le mental, la conscience individuelle, il s’adresse à l’Absolu en nous, à l’Absolu que nous sommes. Sa vision omnipénétrante ne l’empêche cependant pas de donner quelques conseils à ceux qui n’ont pas encore assimilé qu’ils sont Cela et qui espèrent encore « réaliser » cette nature originelle…mais là encore il ne se préoccupe que de l’essentiel, il ne s’enferme pas dans les concepts, il n’accorde son attention qu’à l’essence de l’expérience.

« Le mental va essayer de vous faire croire que c’est vous. Comprenez donc toujours que vous êtes le témoin au-delà du temps et de l’espace. Même si le mental vous suggère que vous êtes l’acteur, ne le croyez pas…Gardez toujours votre identité séparée de ce qui travaille, pense, parle. Ce qui est arrivé… s’est superposé à votre essence originelle, mais vous n’êtes pas l’instrument… La sensation d’exister est elle-même le guru ». En réalité, il « règle son compte » à la « conscience-témoin », au prétendu témoin. « Ce que vous appelez la conscience-témoin n’a rien à accomplir ; l’observation se déroule d’elle-même… Celui qui observe est totalement séparé de ce qui est observé… En fait, vous n’êtes pas concerné par ce qui rend possible votre vision et par ce qui a été vu. Vous êtes séparé de l’un comme de l’autre ».

L’enseignement ultime qui conduit à l’ultime guérison est extrêmement simple : « Je n’ai jamais su qui j’étais. Quelle importance ? Dans l’état absolu, le sentiment d’existence individuelle n’était pas présent. Qu’est-il arrivé ? Ça n’a aucune importance » ... « Quelle est la nature de cette force de vie et de ce sentiment d’existence ?…Ce corps est la nourriture, il contient du sang et des os. C’est ce qui soutient le souffle de vie ; ou encore, le souffle de vie consomme la nourriture. Avec le souffle de vie, la touche d’existence individuelle, le sentiment d’exister se manifeste… Vous êtes Patamatman, Brahman. Si c’est trop difficile, alors tâchez au moins d’être le souffle de vie, cet air universel, et rien d’autre ». Que votre seul dieu soit le souffle de vie. Ultime conseil : « Ne soyez pas déloyal envers votre souffle de vie, habitez cela et rien d’autre, acceptez-le comme vous-même. Ce genre d’adoration peut vous mener partout à n’importe quel sommet ».

Personne n’a présenté de façon aussi simplifiée, cette connaissance profonde qui contient pour qui sait y regarder et surtout pour qui comprend, toutes les clés, aussi bien celles de la non voie, de la voie directe que le cœur des voies progressives. Mais l’essentiel n’est pas là. Où est-il ? Nulle part !