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En cet écrit, Jean-Yves Leloup relate ce qu’il a appris de ceux qui ont consacré leur vie à une seule question : Comment aller à Jésus le Messie, le Sauveur, le Ressuscité, le Vivant ?

A l’écoute de ceux qui se sont engagés corps et âme dans cette aventure, Jean-Yves Leloup n’a pas voulu nous rapporter les conseils magistraux de ceux qui ont fait de cette aventure l’unique axe de leur existence, il a recueilli les paroles qui parlent de la route, de sa beauté, de son âpreté, de ses périls. Jean-Yves Leloup pointe avec précision en quoi les critiques et les laudateurs des moines du mont Athos se trompent : l’ascèse monastique échappe à tous les clichés ; elle est consécration totale à la vie en Esprit et ne peut être perçue que de l’intérieur.
La vie du moine n’a d’autre but que l’œuvre de Dieu. « Le moine doit d’abord reconnaître qu’il a un cœur double sinon multiple, un cœur pétrifié ; il doit donc le rassembler dans la paix et la mémoire du Seigneur, l’attendrir et le briser dans le repentir jusqu’à ce qu’il devienne un cœur de chair, labouré par la Parole de Dieu, irrigué et ensemencé par l’Esprit. Alors de ce « fond » (Tauler) jaillit la louange, alors la vie commune que le moine mène avec ses frères devient concorde, unité des cœurs, alors la fréquentation de la parole n’est plus seulement lecture ou étude, mais recordatio, méditation dans le cœur et la liturgie qu’il célèbre se joue aussi sur l’autel de son cœur. Le secret de la prière du Cœur est là ».
C’est pourquoi l’auteur insiste sur la véritable nature de la prière du cœur, si connue et pourtant si méconnue… La prière du cœur est ce chant, ce cri, ce silence qui s’élève du cœur quand l’Esprit le purifie, le réchauffe et l’illumine. C’est une erreur de ne voir en elle « que l’une de ces multiples techniques de recueillement que ne connaissent que les historiens des religions. Or, elle est infiniment plus que cela. Elle est le cri du cœur de celui qui a reconnu en Jésus son Seigneur et qui, inlassablement l’appelle, le confesse, le célèbre, l’écoute, l’attend, pleure, supplie ou jubile devant sa face ».
Mais la vie monastique ne se limite pas à l’exercice de la prière, elle est aussi discernement de l’Esprit, d’où l’intérêt d’acquérir une compréhension juste des motivations et d’adopter une orientation éclairée. Pour nous aider à saisir cela, Jean-Yves Leloup nous rapporte, avec beaucoup de simplicité et dans un style direct les réponses aux questions fondamentales : Qu’est-ce qu’un moine ? Comment prier sans cesse ? Qu’est-ce ce que l’expérience du Saint-Esprit ? Qu’est-ce que l’hésychia ? ... Puis il éclaire les diverses facettes et composantes de la vie monastique (le but de la vie monastique, la prière, la lutte intérieure et le discernement, le silence et le travail, le jeûne, les veilles, les métanies, la relation au guide spirituel…), non pour les décrire et laisser croire que cela suffirait à saisir l’essentiel mais pour montrer en quoi et à quelles conditions elles participent de la divinisation de l’homme.
L’intérêt majeur de ce livre est, probablement, de remettre en perspective les éléments de la doctrine, de la praxis et du vécu chrétiens, en particulier la fonction de l’ascèse et de la prière, l’importance de l’Esprit-Saint, la finalité de la démarche monastique en particulier et de l’homme en général. « L’ascèse, les larmes, l’humilité et l’amour nous préparent à devenir « tout œil », ce simple regard qui déjà nous simplifie à l’image de Dieu »… « Il faut être devenu Dieu par le Saint Esprit pour connaître Dieu ». L’hésychia (la paix intérieure qui surpasse tout entendement) conduit à l’apatheia, cet état où l’homme transformé par l’Esprit Saint ressemble à Dieu. Ainsi se réalise le Mystère chrétien et christien : « Par le Saint Esprit, nous ne retournons pas seulement au paradis terrestre, nous entrons dans le Royaume de la bienheureuse Trinité et cela est la vie éternelle. Par le saint-Esprit, nous sommes fils avec le Fils tourné vers le Père ». Qui connaît le Saint-Esprit naît d’en haut et accomplit la Parole de Dieu en devenant un homme nouveau à l’image et à la ressemblance du Créateur.
Les propos de Jean-Yves Leloup et, à travers lui, des moines du Mont Athos, ré-axialisent la doctrine chrétienne et les pratiques monacales, mystiques et initiatiques qui y sont liées. Par leur concision et leur clarté ils sauront satisfaire aussi bien ceux qui sont épris de théologie, de métaphysique que les cherchants qui se risquent à la pratique des vertus et des exercices spirituels ; tous devraient y trouver matière à réalignement et reconnaissance de l’essentiel.