Les sources ésotériques de l’art moderne et Péladan

« Les peintures se sont peintes directement à travers moi, sans esquisse préliminaire et avec grande force. Je n'avais aucune idée de ce que ces images allaient représenter, néanmoins je travaillais vite et avec assurance, sans changer aucun trait de pinceau… » Voici ce qu’écrivait Hilma af Klint (1862-1944), artiste peintre suédoise, anthroposophe, que l’histoire de l’art moderne retiendra comme la grande initiatrice de l’Art Abstrait.

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Sa récente exposition de toiles visionnaires, au musée Guggenheim de New-York, en 2019, « Peintures pour l’Avenir » remporta un vif, et inattendu, succès. 

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Mathieu, Miro, Kandinsky, Braque, Mondrian des artistes « cérébraux » ? Ou, beaucoup plus simplement « mystiques », « inspirés »?

Le XXème siècle connu l’essor de l’Art Moderne. Ce que l’on sait moins, c’est que de très nombreux artistes se sont passionnés pour l’ésotérisme. Certains d’entre eux ont même appartenu à des « confréries secrètes ». Leur quête du beau, de la juste proportion ou couleur, leurs interrogations quant à l’existence de Dieu et de son principe contraire, constituèrent une source inépuisable d’inspiration.

Paradoxalement, tout au long de ce XXème siècle, historiens, galeristes et conservateurs de musée ont systématiquement passé sous silence ces appartenances : Franc-Maçonnerie, Société Théosophique, Anthroposophie, Rosicrucianisme etc….

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Quelles sont les raisons d’une telle omerta ? Ignorance ? Excès de rationalité ou impératifs marchands ?

Le sociologue italien Massimo Introvigne expose ici les raisons de cette occultation, et met en lumière l’influence que des penseurs tels qu’Edouard Schuré (notamment via son ouvrage "Les grands Inités",1889), Joséphin Péladan, Héléna Blavatsky ou Rudolph Steiner eurent sur tous ces artistes…

Un Exposé enregistré à la Bibliothèque Nationale de l’Arsenal, Paris, lors du colloque « Péladan, l’Art et l’Avant-garde » organisé par Daniel Guéguen que nous remercions.

Extrait de la vidéo

C'est un des plus grands experts internationaux sur l'ésotérisme et l'art, donc on va avoir sûrement un autre point de vue qui va compléter de façon très intéressante celui de M. Gehgen. Il est auteur de nombreux livres traduits dans plusieurs langues, notamment en français, et il est le fondateur du Centre pour l'étude des Nouvelles Religions, donc nous allons l'écouter maintenant. Merci, je suis alors sociologue plutôt qu'historien, il y a ici des excellents historiens, mais ce qui m'intéresse aussi c'est comment se fait qu'on parle assez peu de Péladan, après tout, et qu'il a été exclu de plusieurs livres exposition sur l'art moderne.

Et quand il est présenté, il y a même encore aujourd'hui des réactions. Daniel Gehgen venait d'évoquer l'exposition de New York, mais alors ici, vous voyez le compte-rendu principal sur le New York Times de cette exposition, et c'est un compte-rendu très négatif où un certain messieur Jason Farago, qui est l'un des critiques d'art du New York Times, vitupère contre le salamélec mystique et la pacotille spiritualiste qu'on a osé proposer dans une institution sérieuse comme les musées et Guggenheim.

Et l'article parle d'une exposition nauséabonde consacrée aux disciples du charlatan Péladan et à ses ordures spirituelles. Donc, ce n'est pas, je dirais, une critique modérée de l'exposition Rose-Croix de Guggenheim. Alors, à l'époque, je vivais à New York, donc je n'ai pas dû me déplacer, et je dirais que les organisateurs de l'exposition donnaient quelques ammunitions à messieurs Farago, car en visitant l'exposition en tant que spécialiste de l'ésotérisme, je notais plusieurs erreurs et confusions, qui dérivent finalement du fait que les historiens de l'art, qui ont bien fait de consacrer une exposition au salon Rose-Croix, ont très peu ou point interagi avec des historiens de l'ésotérisme.

Et donc, là, il y avait toute une confusion entre des ordres différents, et les visiteurs qui ne connaissaient rien au Rose-Croix, finalement sortaient avec toute une confusion sur qui est qui, quelles sont les différentes organisations. Mais, on a corrigé ça par la suite, donc, après toutes les critiques qu'il a eues, le Guggenheim persiste et signe en 2018 avec une autre exposition consacrée au spiritisme, c'est-à-dire à Hilma af Klint, qui est une artiste suédoise, assez particulière car elle avait demandé que ses œuvres spirites ne soient pas exposées avant 40 ans après sa mort, donc très peu de gens en avaient entendu parler de son vivant, et il a fait cette toile énorme sous l'inspiration d'un groupe d'esprits de l'au-delà.

Elle a adhéré à la théosophie et ensuite à l'anthroposophie, mais cette fois-ci, alors, toute l'exposition a été préparée en collaboration, en dialogue avec des spécialistes de l'ésotérisme, ce qui fait que les catalogues et les panneaux de l'exposition sont très clairs, il n'y aura pas de confusion entre spiritisme, théosophie, anthroposophie, qui sont, après tout, deux choses différentes. De même, et même mieux, au Lembach Haus de Munich, l'exposition Weltempfänger, qui vient de se terminer, est une autre exposition où l'on présente trois artistes qui ont eu affaire avec le spiritisme et l'ésotérisme, Georgiana Houghton, Hilmar Klint, et plus proche de nous, Emma Kunz.

Et là aussi, on a voulu organiser l'exposition de Munich dans un dialogue pointu avec les spécialistes de l'ésotérisme. On a mis au centre de l'exposition un colloque sur l'art à l'ésotérisme. Moi, j'étais moi-même parmi les intervenants et j'ai apprécié le souci d'être très précis, encore une fois, dans la distinction entre différents courants spirituels, ce qui n'était pas le cas dans la première exposition Rose-Croix à New York.

Et finalement, nous arrivons à une exposition où Péladin a eu un rôle important, c'est l'exposition Arte et Magie à Palazzo Roverella, à Rovigo, en Italie. Donc, on pourrait dire un vaste programme d'art et de magie. Évidemment, Palazzo Roverella n'est même pas très grand, ce n'est pas le Louvre. Donc, on ne pouvait pas vraiment donner une exposition exhaustive des relations entre art et magie.

Mais quand même, il y avait de très beaux pièces et je viens d'apprendre que deux collectionneurs qui sont dans cette salle aujourd'hui en étaient en partie responsables. Mais j'ai apprécié particulièrement dans cette exposition de Rovigo qu'on mettait dans une lumière exacte et appropriée le rôle de Péladin. Donc, Péladin, c'est important. Les salons Rose-Croix sont quelque chose d'essentiel si on veut commencer à discuter les relations entre art et magie, art-ésotérisme.

C'est tout à fait légitime de ne pas aimer Péladin, mais on ne peut pas se passer de Péladin dans une reconstruction historique de ses relations. Mais l'opposition n'est pas terminée. Ce monsieur que vous voyez, c'est une critique étoile à la télé britannique, Valdemar Janouchak. Encore en 2010, il écrivait « Vous ne tenez absolument pas à apprendre que votre artiste moderne préféré est appartenu à un secte occulte.

» Cela relègue l'art au niveau d'un Dan Brown. Aucun historien de l'art sérieux ne veut s'en occuper, ce qui est fou. Il y a beaucoup d'historiens de l'art qui, dans les derniers 30 ans, ont pris connaissance

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