Jung est l'avenir de la Franc-Maçonnerie

Quelle analogie existe-t-il entre la pierre cubique des franc-maçons et la métanoïa? La démarche initiatique est-elle comparable au processus d'individuation tel que l'a décrit Carl Gustav Jung (1875-1961) ? Ce dernier a-t-il été influencé par les grands symboles de la Franc-Maçonnerie lorsqu'il a établi la psychologie des profondeurs?

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
53:39
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Autant de questions soulevées par Jean-Luc Maxence lors de cet entretien enregistré depuis l'Auberge Nicolas Flamel à Paris.

Extrait de la vidéo

Il est toujours dur de naître, cette phrase étonnante, elle est d'Hermann S. dans un de ses romans écrits en 1925 de Mion. Hermann S qui, comme par hasard, fut un temps analysé par Jung lui-même, lequel fut son spiritus rector, en termes plus simples, son maître intérieur. J'ai écrit un livre curieux, bizarre, qui m'a valu au fond à la fois la critique un peu exacerbée des spécialistes de Carl Gustav Jung et à la fois la critique un peu nerveuse des francs-maçons et de tous ceux qui, dans leur vie, suivent une aventure initiatique.

Quel est le propos, au fond de ce bouquin ? C'est de mettre en comparaison la démarche initiatique et ce que Jung appelle le processus d'individuation. Au fond, les francs-maçons, dès leur toute première initiation dans le temple, ils attendent et ils tendent vers une certaine transformation d'eux-mêmes, une metanoïa. C'est ce qu'ils appellent souvent tailler graduellement la pierre brute, en faire une pierre polie, cubique, peaufinée, une pierre aux mille nuances individuelles, telle un arc-en-ciel peut-être.

Dès son âge d'apprenti, trois ans, le franc-maçon sait qu'il ne parviendra pas à tailler la pierre grossière pour en faire une pierre finement ciselée, qu'à partir d'un lent travail d'élaboration autour du symbole. Symbole pour mieux comprendre tous les possibles dont il est porteur. Déjà sur ce point précis, dans cette perspective, le parcours maçonnique croise d'évidence la pensée jungienne dans son ensemble.

Les francs-maçons aiment citer Jung même quand ils ne le connaissent guère, ou pas. Pourquoi ? Peut-on vraiment dire que Jung a été très influencé dès son plus jeune âge par la franc-maçonnerie et qu'il aurait même, c'est un peu ma thèse, établi les grands concepts de sa clinique, la psychologie des profondeurs, tout habité, consciemment ou non bien sûr, des grands symboles de la maçonnerie ? Peut-on sans forcer le propos, ni la pensée, ni la démarche maçonnique, comparer les deux, la pensée jungienne et la démarche maçonnique, un peu comme on compare deux pistes parallèles qui se ressemblent beaucoup, même s'il faut éviter la confusion, sous prétexte de rassembler ou d'unir ce qui se ressemble ?

Une chose est sûre historiquement. Dès son plus jeune âge, son âge d'enfant puis d'adolescent, Jung a été physiquement entouré de francs-maçons spéculatifs. Il y a l'influence de son grand-père, Carl Gustav Jung Senior, dans les bouquins on l'appelle ainsi, pour être plus clair, 1794-1864. Non seulement il appartenait stricto sensu à la franc-maçonnerie, mais il appartenait surtout à la légende familiale qui prétendait qu'il était le fils naturel de Goethe, rien que cela.

Le poète maçon par excellence, l'auteur de Faust, ce Faust que Jung, lui, admire et lit avec passion dès l'âge de 16 ans. Le grand-père de Jung fut même grand-maître. Quant à son père, comme chacun sait, un médiocre pasteur dans le canton de Thurgovie, théologien plutôt passe-partout, il était aussi franc-maçon besogneux, si j'ose dire. Au fond, la franc-maçonnerie comme l'analyse jungienne parlent les deux de la même chose, de ce que Jung nomme le processus d'individuation et qui est bien évidemment l'un des axes, l'un des concepts de base de sa clinique tout entière.

Cette idée même d'individuation, Jung en a parlé pour la première fois très tôt, en 1916, dans les Sept Sermons aux Morts, sous le terme de fonction dirigeante et il n'a cessé de définir son intuition du départ. Peu à peu, il a défini son concept en dégageant deux idées-forces. Petit 1. L'individu tend vers une sorte d'unité, autonome, particulière, singulière, indivisible, vers la cible même de son processus que Jung nommera le Soi avec une majuscule.

Avec Jung, oserais-je dire que tout revient, au fond, à une intégration graduelle ou progressive de l'inconscient qui se traduit par un supplément d'ouverture à l'autre, l'autre avec une majuscule, l'autre qui est différent de soi, un recentrage, au fond, à une plus authentique relation au monde. Jung ne peut concevoir la voie royale de l'individuation autrement définitive que comme une union des opposés.

Il faut relire Mysterium Conjunctionis, le Mysterium Conjunctionis des alchimistes de la psyché, des alchimistes d'où je parle ne peuvent que m'inspirer puisqu'on est ici dans l'auberge de Nicolas Flamel. Je n'ose pas trop y penser parce que je vais, à mon avis, trouver la pierre philosophale. Et n'est-ce pas aussi l'objectif à long terme du franc-maçon, gravissant, marche après marche, son escalier escarpé, accomplissant cet exaltant chemin de pèlerin, du grade d'apprenti à celui de maître, voir au-delà, en scrutant les symboles, en apprenant à accepter l'intégration de l'ombre, comme dirait Jung.

Et en sachant surtout que chacun du sens est mendiant. Lorsque j'ai écrit mon premier essai sur cette problématique chemin d'initiation, chemin d'individuation, sous le titre provocateur, l'éditeur était content bien sûr, de Jung et EST, l'avenir de la franc-maçonnerie, et non ET, j'avais conscience d'aller au-devant de multiples objections. Mais Jean de Lacroix m'a rassuré. « Ne recommande-t-il pas, si tu veux arriver où tu ne sais pas, il te faut passer par où tu ne sais pas.

»

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut