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Il serait négligeant de commenter un trésor fait de présence, d’éveil et de poésie. En voici un extrait :
« Le Soleil.
Je ne sais pas à quel instant je devins la vérité.
Est-ce tel soir, sous forêt, lorsqu’elle me parla, et que ciel terre et arbres prièrent sur l’Infini si longuement en silence ?

Ou tel matin frissonnant d’une passion de conquête quand sous moi s’écroulèrent tous mes anciens masques ?
Ou tel midi baigné de fleurs, de couleurs et soleil, quand descendit en mon cœur la plus enivrante, apaisante, des bénédictions ?
En vérité j’avais tant attendu ce moment, et maintenant je ne sais quand il est venu.
Quel paradoxe ! En me replongeant dans mon âme d’avant je prévois une coupure, un événement, je prévois un arrêt, puis une vie nouvelle dans un pays nouveau ; mais parce que je suis « cela » je suis la même chose, et ne vois qu’une continuité.
Dans la nuit j’attendais le soleil, puis je suis devenu le soleil, j’ai donc toujours été lui, et il n’est jamais venu, mais « cela » était toujours.
Et alors je ne pourrai qu’évoquer cette ombre que je fus, et par instants la voir éclairée ; et je verrai danser les ombres, rapides, fugitives comme des papillons du soir.
Mais si je pouvais écarteler mon âme, l’ouvrir, la tailler au bistouri, pourrais-je assez éclairer cette ombre, dans le monde des ombres, pour tracer une route aux désirs des éternels recommencements ? »