Martines de Pasqually : éléments biographiques
Tenaillé entre « Lumières » et « llluminisme », le XVIIIe siècle fut marqué par une soif de connaissance universelle. Parmi les personnages emblématiques de cette époque, peu n'eurent l'éclat de Martinès de Pasqually et aucun ne fut enveloppé d'autant de mystère que lui. La naissance du fondateur des élus coëns demeure une énigme ainsi que ses derniers instants et une aura légendaire recouvre toute son existence. Ses origines sont discutées et on ne sait à peu près rien de ce que furent sa jeunesse et sa formation…
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Avant 1750 qui marqua les débuts de sa vie publique, même ses disciples les plus proches tels que Louis-Claude de Saint Martin, Jean-Baptiste Willermoz et l’abbé Fournié restent forts discrets sur sa biographie, voire silencieux..

Une chose est sûre, après avoir visité plusieurs villes françaises, en 1762, Martinès de Pasqually s'installe officiellement à Bordeaux pendant dix ans. Depuis cette ville, son influence rayonnera sur toute l'Europe.

Qui était donc cet homme original et mystérieux? Pour quelle raison sait-on aussi peu choses sur lui? Dans cet exposé, Michelle Nahon va nous apporter de nouveaux éléments biographiques. Grâce à une structure en trois parties : l'état civil, l’installation à Bordeaux et le départ de cette ville, elle revient sur les moments forts de la vie de Martinès de Pasqually: sa naissance, sa carrière militaire, ses débuts maçonniques, l'hostilité des autres loges maçonniques à son égard, ses protecteurs, ses difficultés financières ainsi que le fameux « héritage »… en essayant de faire la part des choses entre mythe et réalité.
Un exposé de trente minutes illustré de nombreuses images, et fac-similés, enregistré lors du colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, organisé par l'Institut Eléazar et la revue Renaissance Traditionnelle, à Marseille, en septembre 2010.
Extrait de la vidéo
Mes premiers mots seront pour remercier chaleureusement tous ceux qui ont participé à la réalisation de ce colloque, ils sont nombreux, avec une mention particulière pour Serge Cayet qui a lancé ce projet et qui a réussi à le mener à bien malgré les difficultés. Mes remerciements très chaleureux à tous. Mes remerciements vont aussi aux adhérents de la société Martinez de Pasqually qui se sont inscrits nombreux à ce colloque et qui encouragent nos travaux en nous envoyant des informations, en participant par des articles et en signalant notre existence sur la toile.
Comme par exemple Xavier Cuvelier-Rouat, 2010 est aussi un anniversaire pour nous, société Martinez de Pasqually. Le premier bulletin est sorti en 1990 et nous avons voulu que le bulletin de 2010, le bulletin 20 du 20e anniversaire soit prêt pour le colloque, il est là. Quelques mots sur notre société de recherche historique. Être un lieu d'échange pour une connaissance plus approfondie de la vie, de l'oeuvre et du rayonnement de Martinez de Pasqually.
Nous nous sommes orientés essentiellement sur la vie de Martinez compte tenu des difficultés rencontrées pour passer du théurge inconnu au théurge à la biographie connue. Il reste encore beaucoup de travail. Premier président a été donc Joël Couturat qui a souhaité créer une société avec les différents chercheurs bordelais qui travaillaient alors isolément les uns des autres. Ce qui a été réalisé en 1989, c'est une société très stable, très persévérante puisque les trois quarts des membres fondateurs sont présents ici aujourd'hui et qui collaborent toujours au bulletin.
Je citerai seulement Jean-Claude Rouin qui a assuré la présidence à la disparition de Joël Couturat en 1995, Maurice Priot avec qui j'ai passé de très nombreuses heures de recherche dans les archives départementales et municipales et Christian Marcelles qui présentera un exposé cet après-midi. Je ne peux qu'approuver Serge Cayet d'avoir choisi l'âge donné par la patente pour fêter le tricentenaire de la naissance de Martinez.
Ce choix nous permet d'être réunis aujourd'hui même si l'accord n'est pas unanime sur cette date et nous sommes ici pour échanger, collaborer, coopérer. Si je reprends l'affiche que j'aime particulièrement dans sa composition, mes félicitations au concepteur, c'est que ce portrait énigmatique a le mérite de présenter un homme jeune. Il introduit fort bien la question choisie comme thème du colloque qui était Martinez de Pasquali.
Dans ce thème j'ai préféré reprendre seulement quelques éléments de sa biographie pour les approfondir et essayer de cerner un peu l'homme dont Martinez comme l'appellent ses émules dans sa vie quotidienne au-delà ou plutôt en deçà du théurge et du fondateur de l'ordre des chevaliers maçons et loucoïnes de l'univers. Je vais essayer de traiter en premier lieu le sujet le plus délicat, son état civil, puis en deuxième partie Martinez à Bordeaux, puis son départ de Bordeaux.
Je commence par essayer de cerner sa date de naissance. Si on se réfère à la copie de la patente donnée par Lousselle, c'est la date de naissance du fils de don Martinez Pasqualis. Une simple soustraction nous donne 1710. Jusque là c'est simple et tout se complique si l'on rapproche cette patente d'autres données.
Il existe trois archives où l'âge de Martinez est indiqué. Trois documents dont deux à Bordeaux et un à Saint-Domingue. Premier document, le 30 janvier 1770, il témoigne dans une affaire d'agression de sa cuisinière par son propriétaire et dans sa déposition sous serment, j'ai entouré serment, devant un huissier de justice, Martinez déclare avoir 45 ans. Il est net et précis.
Deuxième document, lors de son inscription sur le registre de l'amirauté de Bordeaux pour partir à Saint-Domingue, le 29 avril 1772, il déclare encore 45 ans. Il y a une certaine cohérence dans les déclarations de Martinez à Bordeaux. Certes il y a deux ans d'écart, il y a deux ans d'écart entre les deux dates. Mais là nous nous trouvons devant un autre problème.
Martinez sait qu'il a environ 45 ans. Il n'a pas de certitude sur sa date de naissance. Il n'a pas de certitude, c'est pour ça qu'il répète deux fois 45 ans. Enfin troisième document, le registre parocial de Port-au-Prince où là le registre dit 48 ans.
Pourquoi depuis quelques années la plupart des chercheurs se rallient-ils à l'année 1710 comme année de naissance de Martinez ? Quelle est la raison de cette convergence de position ? Eh bien j'en vois une. C'est la découverte par Christian Marseille des attestations militaires, ce qui a fait penser qu'il ne pouvait pas être né entre 1925 et 1927.
Comme je pense qu'il ne ment pas sur son âge à Bordeaux, je préfère tenir compte de toutes les données et je pose la question sous cette forme. Y a-t-il un impossibilité entre avoir 45 ans à Bordeaux dans les années 1770 et avoir été militaire en 1737-38 ? Si nous étudions l'âge de l'entrée à l'armée au XVIIIe siècle, nous constatons qu'un jeune quitte le milieu familial pour entrer directement dans l'armée, en particulier s'il est destiné par sa famille à une carrière militaire et nous trouvons réellement des enfants militaires.
Je pourrais citer de longues listes de jeunes arrivés entre 10 et 14 ans à l'armée, et même parfois plus jeunes, mais je préfère recourir à une recherche qui permet d'avoir une vue d'ensemble les travaux de Sabrina Loriga. Elle a étudié et analysé les archives très complètes de l'armée piémontaise dans un ouvrage intitulé « Soldats » qui a été publié à Paris en 1991. Sur 195 officiers qui ont servi entre 1713 et 1792, 178 n'ont aucune formation, soit plus de 90%.
Ils sont entrés directement dans l'armée, parfois comme simples soldats. Un histogramme que j'ai réalisé à partir des données publiées dans ce livre donne l'âge d'envolement des officiers d'ordonnance dans l'infanterie. En 1752, 53 sont présents. J'ai rondi les pourcentages.
8 à 10 ans, 1%. 11 à 15 ans, 17%. 16 à 20 ans, 48%. Ce sont donc déjà 66% des officiers qui sont enrôlés entre 8 et 20 ans, donc largement plus de la moitié.
21 à 25 ans, 25%. 26 à 30 ans, 5%. Plus de 30 ans, 64%. Pour Martinez, avec une naissance entre 1725 et 1727, il serait dans l'armée vers 10-13 ans.
Je constate que ce n'est pas invraisemblable, que c'est même fort possible à cette époque. Encore un point important pour bien situer le contexte militaire du 18e siècle. A l'entrée dans l'armée, un surnom est en général attribué, c'est quasiment institué, une sorte de baptême qui marque le passage de l'identité civile à l'identité militaire. Les registres sont même prévus à cet effet, un nom propre, surnom et nom de guerre.
Martinez est connu dans l'armée sous le nom de Jacques de