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Fidèle à Gérard de Nerval, Hölderlin ou Virgile, Christopher Gérard a choisi la forme du roman initiatique pour développer les veines des traditions de la Grèce antique. Avec le héros, François d’Aygremont, le lecteur entre en poésie et en méditation pour, d’aventure en aventure, approcher les voies héroïques.

Si l’intrigue et l’action du roman entraînent le lecteur, Christopher Gérard sèment au fil des pages les traces des formes anciennes de la Tradition comme autant d’appels à retrouver les fondements de notre culture initiatique. Des points essentiels pour tous les opératifs sont également indiqués avec discrétion.
Trois figures féminines, trois aspects de la déesse, viennent manifester trois nœuds initiatiques auxquels se confronte tout véritable questeur, le destin, l’art et l’amour. De très beaux dialogues servent ces rencontres symboliques :

- « Les Puissances sont les gardiennes de l’ordre du monde. Dépourvues de visage, indifférentes, elles doivent être invoquées par les mortels pour prendre pleinement conscience de notre existence. Quand les hommes se taisent…
- Les Dieux se retirent, poursuivit Maugis.
- Le responsable, c’est bien l’homme, l’homme de l’Age sombre, livré au règne sans partage de la matière – et donc de la funeste Discorde. L’homme qui a négligé les antiques disciplines de résistance aux assauts des forces du néant, celles-là mêmes que tu viens d’affronter, Maugis.
- Si l’homme n’est que le « chaos de fermentation » dont parle Hölderlin, alors seuls l’art et la prière peuvent le purifier.
- Voilà en quoi consiste ta mission, Maugis : à ceux qui peuvent entendre, rappeler les vérités éternelles, et surtout leur nature divine. Combattre l’oubli de l’homme.
- Exalter l’honneur des Dieux. Ecrire afin d’incarner les Toujours Vivants. Les faire descendre sur terre et, par mon chant, m’élever jusqu’à eux. Tu sais, Ganieda, Hölderlin a aussi dit : « Ceux-là seuls croient au divin, Qui sont eux-mêmes divins. »
- Un Voyant solitaire, perdu dans la nuit.
- Son sort me hante, comme celui de Nerval, tous deux prétendus fous par leurs contemporains. Mais tu as raison, Ganieda : ils n’étaient qu’affreusement seuls.
- Toi, tu n’es pas seul. (…)
- Comme l’enseigne les Druides, reprit-elle, la Poésie est fille de Réflexion, la Réflexion fille de Méditation, et la Méditation fille de Science. Elle est nécessité cosmique. Comprends-tu ce que cela signifie ?
- Si l’ordre du monde n’est plus chanté, si les Dieux ne sont plus invoqués…
- Pareil silence est le prélude à l’anéantissement. »

Ce livre insiste sur la fonction initiatique et libératrice de la poésie. Aujourd’hui, seuls les poètes peuvent manifester une magie suffisamment puissante pour ouvrir les portes du Réel. Ce n’est donc pas seulement l’Ancienne Religion que défend Christopher Gérard, ce sont, hors-temps, les voies du Réel.