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C’est en 1998 que You Feng réédita ce livre précieux, alors introuvable. L’auteur, Raphael Petrucci, décédé en 1917, fut formé par le grand sinologue, Edouard Chavanne.

Traité de peinture et d’art, l’ouvrage présente également une dimension philosophique considérable. L’artiste, le créateur de l’Extrême Orient, veut traverser les voiles successifs qui se surimposent au Réel, il veut toucher et exprimer l’âme des choses. L’artiste est toujours un artiste du Tao, quelle que soit la technique, quel que soit le support. L’art de l’Extrême Orient est voie d’éveil. Il exige une capacité au silence et au vide afin que l’essence puisse apparaître.
Ce traité met en lien les arts et les philosophies traditionnelles, bouddhisme, taoïsme, confucianisme. L’auteur montre comment on ne saurait séparer les choses et, au contraire, comment l’artiste doit identifier et exprimer les liens subtils qu’exprime le jeu du Vide et du Plein.
« L’art de l’Asie orientale est le reflet de cette évolution unitaire et parfaite ; il n’est point coupé, comme le nôtre, en plusieurs tronçons par des changements brusques et plusieurs révolutions de l’esprit. Il poursuit son destin avec ce calme, cette grandeur des fleuves asiatiques qui traversent de leurs flots innombrables l’immensité d’un continent. Il rejoint notre époque troublée avec cette même pensée sûre et profonde, cette même adoration de la nature connues dès les origines ; malgré ce travail séculaire, il ne paraît pas avoir épuisé encore les ressources qu’il porte dans l’étendue de sa culture. Plus étroitement que le nôtre, il tient à l’ensemble des idées et des conceptions édifiées par la sagesse asiatique sur la philosophie de la nature et, comme il a pénétré l’essence réelle des choses, il leur doit la fécondité inépuisable et l’inépuisable variété de la vie. »
Ce n’est certes pas un hasard si le livre de Raphaël Petrucci demeure un livre de chevet pour François Cheng :
« Plus qu’un ouvrage de connaissance pratique, il propose, tout au long de son développement, une haute réflexion sur les sujets les plus essentiels : les différentes conceptions de la place de l’homme au sein de l’univers proposées par les grandes cultures ; le sens profond et la fonction de la création artistique ; les ressorts secrets de l’art extrême-oriental et la manière adéquate d’apprécier les œuvres particulières. L’auteur nous entraîne toujours plus loin que ce que prévoit notre curiosité. Il nous invite à un vrai « dépaysement » où prime non le simple savoir objectif, mais cette sorte de jouissance que procure seul un échange authentique. »

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net