La mystique du sang : quand vampirisme et nazisme se rencontrent chez Furio Jesi

Giorgio Galli (1928-2020), Ioan Culianu (1950-1991) et Furio Jesi (1941–1980) sont trois chercheurs qui ont mis en lumière comment les mythes anciens, les pratiques magiques ont pu être instrumentalisés, dénaturés afin de servir des intérêts politiques. Toujours très sombres et particulièrement autoritaires. Cette « machination mythologique » devenant un paravent destiné à subjuguer inconsciemment les foules.

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A travers le dernier ouvrage de Furio Jesi, paru en 1979, L’ultima notte (« La dernière nuit » en français, titre prémonitoire puisque Jesi allait décéder l’année suivante) Piero Latino revient sur les liens qui unissent la mystique du sang, l'érotisme sacré, la pureté et le sacrifice expiatoire.

Colloque Politica Hermetica décembre 2023Piero Latino Politica Hermetica Baglis TV

Un axe de recherche certes déjà évoqué par Julius Evola en 1931 dans « La mystique du sang dans le nouveau nationalisme allemand », soit deux années avant l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir… 

Tenter de conjuguer les intérêts individuels et collectifs, cela s’appelle la politique. Justement dans ses dimensions triplement « méta » : métaphorique, métahistorique (Jesi se réfère aussi aux égyptiens, aux phéniciens etc.) et métapolitique, Furio Jesi nous donne à méditer sur les thèmes de l'exil, de la mémoire, de la lutte politique, et de la condition humaine dans un monde marqué par la violence.

Furio Jesi et l'ultima notte BAGLIS TV

Une vision inédite mêlant tradition et anarchisme ?

Comme le formule Piero Latino dans sa conclusion : puisse cette « ultima notte » être la prémisse d’une aube nouvelle, où les travaux de Furio Jesi seront plus diffusés, et appréciés. Et ainsi, peut-être, apporter un éclairage nouveau sur ces pans occultés de notre histoire.

Exposé enregistré lors de la 39ème Journée Politica Hermetica (« Ésotérisme, littérature et politique ») que nous remercions. 

Extrait de la vidéo

Je commence tout de suite, l'ultima note, la dernière nuit, c'est le titre d'un roman imprégné d'une forte dimension ésotérique que j'ai choisi pour ce colloque de Politica Hermetica. L'ultima note fut écrite par un auteur peut-être plus connu au-delà des confins italiens, Furio Iesi, l'un des intellectuels les plus aigus du panorama universitaire italien. Il fut professeur de littérature allemande à l'université de Palerme du Genne, même s'il n'a jamais obtenu son doctorat, ni sa maîtrise, ni même son baccalauréat.

En effet, il abandonna, à l'âge de 16 ans, ses études lycéens. Son génie précoce et son caractère rebelle à toute forme de conformisme culturel ne s'adaptaient pas au système de l'instruction publique, tant au niveau secondaire qu'universitaire. Et ainsi, à l'âge de 16 ans, Furio Iesi commence à écrire des articles sur différents domaines de recherche, l'égyptologie, l'archéologie, le culte mystérique, l'ésotérisme, la mythologie et surtout la survivance des mythes anciens dans la littérature allemande des 19e et 20e siècles, ainsi que sur les rapports entre mythes, littérature et culture moderne.

Il traduit en italien les ouvrages d'Elias Canetti, Georges Dumézil, Carlos Castenada et Thomas Mann. Il était en contact avec Gershom Scholem et fut disciple du mythologue hongrois Karoly Kereny. Pardonnez-moi pour la prononciation si quelquefois je prononce bien les noms. Avec Kereny, il y eut un intense échange intellectuel, mais le rapport entre les deux fut interrompu pour des divergences de nature politique et Furio Iesi a donné une contribution importante aussi pour ce qui concerne les relations entre littérature et ésotérisme chez des auteurs comme Ezra Pound, Novalis, Hoffman, Arthur Rimbaud et surtout sur Rilke.

Il écrivit en effet l'un des ouvrages que vous pouvez voir dans l'écran le plus complet sur la dimension ésotérique de Rilke, Ésotérisme et langages mythologiques, études sur Rainer Maria Rilke. Je traduis Ésotérisme et langages mythologiques, études sur Rainer Maria Rilke. Il s'agit d'un ouvrage pionnier car les études sur la dimension ésotérique de Rilke sont vraiment rares. Je signale à ce propos une étude relativement récente de Gisely Magnuson, Ésotérisisme and occultism in the works of the Austrian poet Rainer Maria Rilke.

C'est dans Ésotérisme et langages mythologiques chez Rilke que Furio Iesi parle de ce qu'il appelle la mystique du sang qui est au fondement de son roman L'Ultima Notte et qui relie ce que Iesi appelle l'ésotérisme du sang à la mythologie du vampirisme, à la politique au pouvoir, à l'histoire des juifs. Furio Iesi était d'origine juive et au nazisme qui se développa dans la première moitié du XXe siècle.

Iesi fut donc non seulement un spécialiste des études littéraires mais aussi un historien dont les recherches portent sur les relations entre politique, notamment la politique et la culture de droite, et l'ésotérisme. Parmi ses travaux les plus importants, je rappelle Germania Segreta, mythes de la culture tédesca del Novecento, qui est le seul ouvrage de Iesi traduit en langue étrangère, en anglais, où l'auteur explore les relations entre les courants et la pensée ésotérique et l'histoire culturelle et politique de l'Allemagne du XXe siècle.

Après nous avons La Cusa del Sangue, mythologie de l'antisémitisme, j'ai traduit, l'accusation du sang, mythologie de l'antisémitisme, œuvre dans laquelle Iesi se consacre à la mystique du sang, en la reliant à la littérature et à la politique. Iesi trace en effet le scénario ésotérique qui caractérise l'Allemagne du troisième Reich, et reconstruit ce qu'il appelle le phénomène d'altération des mythes.

Et après nous avons l'ouvrage Cultura di Destra, qui a été introduit dans la communication précédente par Radu Dragan. Dans cet ouvrage, Iesi se consacre au rapport entre la culture de droite et la politique, et se consacre surtout à Julius Ébola, Mircea Eliade et à l'ésotérisme naziste. Ce fut cette activité inlassable et extraordinaire qui lui valut, pour ses mérites scientifiques, la chaire de littérature allemande à l'Université de Palerme en 1975 et en 1979 à l'Université du Gênes, sans jamais avoir pris sa maîtrise et son diplôme de baccalauréat.

Malheureusement, à l'âge de 39 ans, Furio Iesi mourra à cause d'un accident domestique le 17 juin 1981, laissant aux générations des chercheurs futurs un riche matériel de recherche qui reste encore à explorer. L'un des pistes de recherche parmi les plus fécondes que Iesi nous a laissées est sans doute celle concernant le vampirisme, dont il a étudié sa dimension ésotérique et initiatique, ce qu'il appelle vampirismo initiatico, dans son essai auto-vampirismo, vampirismo initiatico, que l'on peut traduire auto-vampirisme, vampirisme initiatique, oui, et on sait qu'au XIXe siècle, grâce surtout aux romans des vampires de John Polidori, Carmilla de Sheridan Lefano et surtout Dracula de Bram Stoker, le mythe du vampire moderne devient un produit de la culture de masse par le biais de la littérature.

Au XXe siècle, l'intérêt ne cesse pas d'accroître et dans les années 1960, une contribution importante est donnée par celui qui serait devenu le pionnier des études sur l'ésotérisme occidental, Antoine Fèvre, qui écrit en 1962 Les vampires, essai historique, critique et littéraire, ouvrage qui attira l'attention de Furio Iesi, lequel cite à maintes reprises Antoine Fèvre dans ses ouvrages. Iesi fut l'un des premiers spécialistes italiens à introduire la contribution de Fèvre dans le panorama des recherches universitaires en Italie.

Dans son essai sur le vampirisme, Fèvre se signe Tony Fèvre et met en relation les relations entre l'ésotérisme et la littérature par le biais de la figure du vampire. Il est curieux de noter qu'un autre grand spécialiste des courants ésotériques et explorateur du mythe écrit un roman sur la figure du vampire, Mircea Eliade, dans son roman Mademoiselle Christina, déjà évoqué par Rado Dragane

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