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Nous avons déjà affirmé le lien étroit entre initiation et littérature. Encore une fois, cet essai montre à quel point la littérature peut être initiatique et l’initiation une littérature fondatrice. Mieux qu’un commentaire qui ne ferait que s’ajouter aux nombreux commentaires que vous avez déjà pu lire dans la presse, voici quelques citations extraites du livre pour vous inciter à étudier cet essai :

« La conversion anti-lyrique est un expérience fondamentale dans le curriculum vitae du romancier ; éloigné de lui-même, il se voit soudain à distance, étonné de ne pas être celui pour qui il se prenait. Après cette expérience, il saura qu’aucun homme n’est celui pour qui il se prend, que ce malentendu est général, élémentaire, et qu’il projette sur les gens (par exemple sur Frédéric planté devant le miroir) la douce lueur du comique. (Cette lueur du comique, soudain découverte, est la récompense, discrète et précieuse, de sa conversion.) »
« Un rideau magique, tissé de légendes, était suspendu devant le monde. Cervantes envoya don Quichotte en voyage et déchira le rideau. Le monde s’ouvrit devant le chevalier errant dans toute la nudité comique de sa prose.
Telle une femme qui se maquille avant de se dépêcher vers son premier-rendez-vous, le monde, quand il accourt vers nous au moment de notre naissance, est déjà maquillé, masqué, préinterprété. Et les conformistes ne seront pas seuls à en être dupes ; les êtres rebelles, avides de s’opposer à tout et à tous, ne se rendent pas compte à quel point eux-mêmes sont obéissants ; ils ne se révolteront que contre ce qui est interprété (préinterprété) comme digne de révolte. (…) Car c’est en déchirant le rideau de la préinterprétation que Cervantes a mis en route cet art nouveau ; son geste destructeur se reflète et se prolonge dans chaque roman digne de ce nom ; c’est le signe d’identité de l’art du roman. »
« La gloire des artistes est la plus monstrueuse de toutes, puisqu’elle implique l’immortalité. Et c’est un piège diabolique, parce que la prétention grotesquement mégalomane de survivre à sa mort est inséparablement liée à la probité de l’artiste. »
« De tous les points de vue, politique, juridique, moral, le déserteur paraît déplaisant, condamnable, apparenté aux lâches et aux traîtres. Le regard du romancier le voit autrement : le déserteur est celui qui refuse d’accorder un sens aux luttes de ses contemporains. Qui refuse de voir une grandeur tragique dans des massacres. Qui répugne à participer comme pitre à la comédie de l’Histoire. Sa vision des choses est souvent lucide, très lucide, mais elle rend sa position difficile à tenir ; elle le désolidarise d’avec les siens ; elle l’éloigne de l’humanité. »