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Ce livre rassemble plus de cinquante chroniques offertes mensuellement au lecteur du magazine Prier durant cinq années. Rythmé par les fêtes chrétiennes, les chroniques relient traditions et modernité dans le quotidien, pour donner sens.

« En janvier, nous tuons le porc. Un quart de porc, alors que le jambon de l’an dernier achève de mûrir dans les cendres de chêne. Merci à Ginette qui donne son savoir-faire, ouvre sa cuisine aux tailleurs de viande, de lard, aux malaxeurs de boudin, aux peseurs d’épices, aux goûteurs de chair à saucisse crue, aux manœuvres sans qualification, comme moi, qui s’émerveillent du savoir des découpeurs connaissant tout des jointures, de l’habileté des nettoyeuses et remplisseuses de boyaux. Tout utiliser de cette bête tuée dans les blancheurs des torchons et des tabliers, c’est peut-être même l’image du profit que l’on peut tirer de l’ordinaire du temps. Le feu, dans la cheminée, brille sous le chaudron.
Le sang, la lumière de la flamme, nous ne sommes pas loin de la liturgie qui épouse si bien les saisons de l’an comme celles de la vie. Elle parle toujours de choses très concrètes, et je ne suis point gênée, en janvier ou février, d’évoquer, à propos du travail du porc, des saints de lumière et des martyrs. Grégoire de Nazianze, le grand poète de la « Lumière sans commencement qui a libéré les ténèbres », Antoine – cent ans de solitude -, chantre de la joie de Dieu, Siméon qui exulte devant l’Enfant, saint Paul, ébloui sur le chemin de Damas. Ne faut-il pas la nuit des temps pour mieux voir la lumière ? En réponse, nous allumons la mince flamme de la chandeleur.
Le sang coule. Celui du porc. Celui des martyrs. Et non des moindres. Sébastien. Agnès la douce. Blaise cardé à mort. Agathe mutilée. Les vingt-six crucifiés de Nagasaki parmi lesquels il y avait deux enfants. Du sang qui est en même temps eau baptismale.
Oui, j’aime ces mois crépusculaires, leur givre, leur actif silence, leur ordinaire où logent si bien tous les mystères. »