Des miroirs de lames
Le Tarot de Marseille est sans âge. Compagnon de fortune des hommes un peu partout à travers l'histoire, il n'en est pas moins très moderne. Dans le cadre de ce film réalisé par Thomas Coispel, le Tarot accompagne la vie de Joseph, le héros de son histoire: il est son guide, sa voie. Parfois il lui parle directement, parfois il est aidé de Marianne Costa, tarologue.
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Plus Joseph médite sur les lames, plus il a l'impression de reconnaître des vérités intérieures qui lui rappelle qui il est et où il va.... Les symboles des arcanes s'animent, prennent vie et orientent ses décisions de musicien. 

Comme un artiste bohème, Joseph se perd sur les routes qui mènent à soi. Chaque lame lui renvoie une image, une partie de lui, qu'il doit apprendre à décoder pour enfin se connaître.

Un film de fiction "à caractère ontologique" d'une durée de 45 minutes réalisé par Thomas Coispel.
Extrait de la vidéo
Alors, qu'est-ce que tu veux ? Donc, ma question me pose beaucoup de questions en ce moment. Comme tu le sais, le tarot m'accompagne depuis longtemps, m'aide à créer. Pour moi, la musique, il me semble que si je dois créer quelque chose dans ce monde, c'est au travers de la musique.
En revanche, j'ai des doutes quant à la direction que je dois donner à cette musique, à qui je dois m'adresser comment, et comment je dois gérer, guider le groupe qui m'accompagne, les personnes qui jouent avec moi. C'est en premier lieu à qui elle s'adresse quasiment d'un point de vue presque mystique. Ça se projetait plus un petit peu dans l'infini, dans ce que doit être la musique, c'est-à-dire quelque chose qui, à un moment, s'exprime, sort de nous, et qui peut résonner pendant très longtemps.
Mais moi, la question que je me pose pour pouvoir te lire le tarot et être utile, c'est où est-ce que ça bloque ? Il me semble manquer d'autorité. Je n'ai pas envie d'avoir de l'autorité. J'aimerais ne pas avoir à l'imposer.
J'aimerais pouvoir suggérer un ordre qui n'a pas besoin de pouvoir pour exister. Utilise-moi comme un outil de précision. Oui, j'aimerais savoir pourquoi j'ai tant de scrupules à vouloir… En fait, j'ai peur de commander. Oui.
J'ai peur de manipuler. J'ai peur que si j'assume ce rôle de leader, de devenir quelque chose qui me fait peur, que je n'aime pas. Donc, la question que tu te demandes, c'est comment trouver une forme d'autorité, de leadership, mais qui soit juste par rapport à ma sensibilité artistique ? Oui.
On mélange les cartes et on parle là-dessus ? Allez. Mélange. Combien ?
Trois. Je vais ranger ça pour te permettre d'étaler les arcs-en-yeux, qui vont nous permettre de préciser ce qu'en racontent les arcs-en-yeux majeurs. Donc, à chaque arc-en-yeux majeur, on va correspondre à un arc-en-yeux mineur. L'action concrète dans le monde, elle se pose.
Tu ne la dis pas, parce que ça, c'est un set de deniers. Le set de deniers, c'est l'action dans le monde. Et le denier, c'est très matériel. Dans le plan un peu plus spirituel, etc., il y a vraiment une question d'une énergie qui n'a pas de destination.
C'est le but qui fait que le chemin a été le but. Et donc, ça, c'est le math du tarot. Et donc, à force de ne pas te donner un but, l'énergie du math, elle ne sait pas où elle va. Or, en réalité, tu es un artiste et un artiste, c'est quelqu'un qui est obligé de se battre pour faire entrer ce qu'il fait dans le monde.
Tu te reconnais dans ça ou pas ? Oui, oui, oui. Effectivement. Et puis en plus, même la façon dont le math est positionné par rapport au set de deniers, on dirait qu'il ne les regarde pas.
Il a envie d'aller sur son chemin. Oui, il marche dessus. Oui, je m'appuie sur mon action dans le monde et j'y vais. Tu vois ?
Pour moi, voilà, ce sont toutes ces questions qui font partie... Le denier, pour moi, c'est mon interprétation, mais ça fait partie de toutes ces notions de pouvoir. Et peut-être, c'est mon côté romantique, lunatique, féminin qui aimerait que l'ordre n'ait pas besoin du pouvoir pour être respecté. Émergence d'un nouvel idéal.
Le pape, comme tu le sais, ça fait partie des figures paternelles et c'est quelqu'un qui est là et il a ses deux acolytes en dessous. Moi, j'y vois une figure de toi avec ton groupe. C'est-à-dire, ce qu'on disait, c'est-à-dire, celui qui a la vision, c'est moi. Les gens qui jouent avec moi ou le public qui m'écoute va se fonder sur ma vision pour aller là où moi, je veux aller.
Donc, première étape, reconnaître que cet idéal, c'est le tien. Tu vois ? Avec, symétriquement, un huit de coupe et le huit de coupe, c'est une plénitude du cœur. Donc, pourquoi ?
Avec quelle légitimité ? Parce que j'aime. Voilà. Cette musique-là, elle a lieu d'être parce qu'elle remplit mon cœur et qu'à partir de ma coupe pleine, je remplis la coupe des autres.
Il n'y a pas à aller chercher plus loin que ça. Ton idéal, il est fondé sur l'amour de ta musique. C'est la seule légitimité dont tu as besoin. Maintenant, il y a le reste du chemin derrière.
Ça, c'est ce que tu disais tout à l'heure, mon côté lunatique. C'est-à-dire que tu fais rentrer immédiatement cette chose-là qui pourrait être extrêmement claire dans une antériorité qui est très, très, très riche. La lune est extrêmement riche, comme tu le sais, mais très, très floue, beaucoup de flou. Alors, de quoi ça nous parle, ce flou ?
Intéressant parce que là, on a une plénitude du cœur et là, on a un cœur qui se réduit à un potentiel. C'est l'as de coupe. Il est très gros, mais il est fermé. Ici, on pourrait parfaitement partager ses émotions.
Donc, si on reparle de ta musique, tu dis quelle direction dois-je lui donner ? Est-ce que cette direction, ça ne serait pas d'être un peu moins caché dans ta façon d'exprimer, de t'exprimer émotionnellement à travers ta musique et d'y aller carrément ? Et ta tendance, c'est de rentrer dans cette hypersensibilité, dans ce flou, etc., pour réduire cette expression émotionnelle qui pourrait être complètement ouverte à quelque chose d'un peu plus mystérieux, mais qui, au fond, parle de ta vulnérabilité personnelle, de ta peur de déclarer tes émotions.
Total, 8 plus 1, ça fait 9. L'émotionnalité rentre en crise. Ça te parle ? Tout à fait, oui.
C'est rigolo, non ? Alors, est-ce qu'on a une solution ici ? Oui. Très clair, hein ?
Sur le plan masculin, l'idéal est clair. Sur le plan féminin, on se perd dans quelque chose de trop flou. Que fait la force ? Elle ouvre, on va dire qu'elle ouvre ici la gueule du lion, c'est-à-dire qu'elle clarifie son cri.
Qu'est-ce que j'ai à dire ? Ce n'est pas la musique, c'est les paroles qui vont te donner la direction. C'est quoi le monologue ? Si je réduisais mon spectacle à une série de monologues, qu'est-ce que je raconte ?
10 de coupe. Donc là, tu réussis à faire avancer le cycle. Effectivement, lorsque je chante, quand je suis sur scène, je sens que j'ai ces choses dont tu parlais qui sont codées.